Une maison pour la vie, une maison durable !
En Europe, durant tout son cycle de vie (construction, transformation, utilisation, déconstruction), le bâtiment est responsable de 50% du total des ressources naturelles exploitées, de 40% des consommations d’énergie (dont 70% en chauffage et climatisation), de 30% des émissions de CO2, de 16% des consommations d’eau (140 litres par personne et par jour) et de 40% des déchets produits (450 millions de tonnes de déchets de construction et de démolition par an).
En Belgique, si l’on construit beaucoup, on va aussi rénover de plus
en plus : le bâti a vieilli et les terrains à construire se font
rares.
Engagé dans un projet d’habitat, nous partons d’abord en quête
d’un terrain (ou d’une maison à rénover), tranquille, pas trop
proche du voisinage, d’une activité économique, du trafic routier...
Puis nous réfléchissons, en famille, et avec notre architecte,
à certaines options du plan de la future maison : implantation de la
maison sur le terrain, nombre de chambres à coucher et de salles de bains,
situation du garage...
Souvent, nous visitons un salon de la construction : notre but est d’affiner
nos choix quant à la couleur des briques de parement, de la peinture
du living... et d’y découvrir la cuisine super équipée
de nos rêves, une chaudière efficace, un système de conditionnement
d’air High Tech, une robinetterie design ... pour construire une maison
"top modèle", digne de l’admiration des futurs visiteurs.
Faute d’information, d’autres choix primordiaux, tant pour les habitants de
la maison que pour la planète, sont encore trop rarement mis en avant.
Voyons comment élargir notre champ de vision au départ de deux
postulats :
1. La maison est un organisme vivant en gestation, puis en évolution
et qui aura une fin de vie.
2. Construire, rénover, habiter a un impact sur le quartier, la ville...
la planète.
Comme tout organisme vivant, la maison a besoin d’être alimentée
en matières premières (pétrole, argile, pierre, sable,
chaux...), en énergie et en eau pendant tout son cycle de vie. Elle
consomme aussi du terrain. Elle rejette des eaux usées, du CO2, des polluants
chimiques, des déchets... En fin de vie, elle produit des déchets
de construction qu’il faudra récupérer, recycler, traiter, éliminer.
La mère nourricière, c’est la Terre, mais ses réserves
ne sont pas inépuisables. Le réceptacle des déchets et
des polluants, c’est elle aussi. Mais elle ne peut les assimiler tous sans risque
pour notre santé : allergies, cancers, baisse de la fertilité
sont autant de maladies liées à un environnement pollué.
Les pourvoyeurs de fonds, c’est nous. Il nous faut travailler pour rembourser
notre emprunt (souvent on en prend pour 20 ans) et pour honorer les factures
d’électricité, d’eau, de réparations, d’entretien de la
maison tout au long de sa durée de vie.
Alors, découragés ? Non !... Mais un maître d’ouvrage averti
en vaut deux !
Quelles sont les autres priorités ?
A l’heure où Kyoto entre enfin en application, s’il est une priorité à laquelle il faut s’attacher, c’est bien celle des économies d’énergie : orientation de la maison pour profiter des apports du soleil en hiver, isolation, énergies renouvelables, équipements basse consommation sont autant de techniques à envisager dès le début du projet. Utiliser l’eau de pluie et des équipements peu gourmands en eau (chasses d’eau économiques...), épurer ses eaux usées font partie des options pour une gestion responsable de l’eau. Prévenir les déchets, c’est éviter d’en produire, en choisissant des matériaux robustes, recyclés... C’est aussi réduire leur nocivité en privilégiant les matériaux sains pour les travaux de peinture, le traitement du bois... Il faut aussi répondre aux besoins des habitants en matière de confort, de santé, d’accès aux transports en commun, d’activités dans la maison... Enfin, il est important de maîtriser le mode d’emploi de la maison (entretien, gestion de l’hygrométrie, de la ventilation...).
Faire l’impasse sur ces préoccupations, c’est risquer de concevoir une habitation inconfortable, malsaine, consommatrice d’énergie et d’eau, productrice de déchets, et, à terme, d’être exposé à des frais de santé et d’assainissement des lieux et, parfois d’être contraint de mettre la clef sous le paillasson !
Elle porte un nom, cette démarche ?
Oui, on la nomme bioconstruction, écoconstruction, maison saine... Derrière ces mots se cache la volonté d’inscrire la construction dans une logique de développement durable, de respect de l’Homme et de l’environnement.
Loin d’être une nouvelle mode, cette démarche est une nécessité
au regard des grands problèmes environnementaux et sociaux d’aujourd’hui,
dont les effets directs et indirects pointent déjà leur nez :
épuisement des matières premières, changements climatiques,
maladies environnementales, augmentation du coût des énergies et
de l’eau, non accès au logement pour les plus défavorisés...
résonnent comme autant des sonnettes d’alarme.
Pour nous, maîtres d’ouvrage, construire durable, c’est, comme pour tout
acte de consommation (acheter une voiture, un frigo, un produit d’entretien...),
prendre nos responsabilités au quotidien. Il s’agit de rester critiques
vis-à-vis des messages publicitaires, de se montrer curieux, créatifs...
acteurs de notre consommation. Posons nos questions aux entrepreneurs et architectes,
manifestons notre savoir, nos exigences, nos priorités, participons au
chantier, bref devenons des maîtres d’ouvrage dignes de ce nom.
Vous avez dit plus (trop) cher ?
Plus nous serons nombreux à nous engager dans cette démarche,
plus le marché se développera et plus les coûts des techniques
et des matériaux sains diminueront.
Ensuite, il y a les options qui permettent de faire des économies d’échelle
: une maison plus petite (ou moins grande selon le point de vue), un carport
plutôt qu’un garage, une douche (qui consommera moins d’eau à l’usage)
à la place d’une baignoire. Les revêtements de sol pourront, dans
certaines pièces, se satisfaire d’un béton lissé à
l’hélicoptère... A chacun de faire ses choix selon son mode
de vie. Pensons aussi à la récupération : la cuisine pourra
s’équiper d’un ancien carrelage en ciment coloré dans la masse
récupéré sur un chantier de rénovation (une bonne
affaire, il vaut une fortune aujourd’hui !), d’un vieil évier en faïence
déniché dans un centre de récupération de matériaux,
de meubles cédés par une veille tante, encore bons pour le service
et rafraîchis à peu de frais... Et puis, il y a encore l’autoconstruction
et ses économies de main d’œuvre : certains matériaux autorisent
le maître d’ouvrage à mettre la main à la pâte : pour
les murs, un enduit en argile est beaucoup plus facile à mettre en œuvre
(après quelques heures de cours pratiques chez un professionnel) que
du plâtre. Pour les cloisons, les planchers, les meubles de cuisine, le
bois est peu exigeant en outillage... On peut aussi jouer le jeu des priorités
: par exemple, les travaux de peinture pourront patienter quelques années.
Et ça laissera du temps aux murs pour sécher complètement.
L’argent ainsi non dépensé pourra être réservé à des travaux et des achats de premier rang : isolation, étanchéité à l’air intérieur, ventilation, chauffe-eau solaire... Tout est question de répartition des dépenses : n’épuisons pas notre budget, par exemple dans un revêtement de sol trop onéreux, mais gardons de la réserve pour investir dans la mise en œuvre correcte d’un isolant sain (flocons de cellulose, liège, chanvre...).
Misons aussi sur les aides des pouvoirs publics pour permettre l’accès pour tous à un logement décent (c’est inscrit dans le contrat d’avenir de la Région wallonne !). Enfin, il y a les économies mesurées sur le plus long terme : une construction saine s’inscrira dans la durée et occasionnera moins de dépenses au quotidien en énergie, en eau, en entretien et moins de frais de soins de santé.
En savoir plus ?
- La Terre est notre maison, Construire, rénover, habiter en respectant l’Homme et l’environnement, Editions Luc Pire et Réseau Eco-consommation, 2002, 208 p.
- Petits chantiers, gros déchets ? Guide de prévention et de réduction des déchets de construction à l’usage des particuliers, Réseau Eco-consommation, 2004.
- Je peux résoudre les problèmes d’humidité dans ma maison !, Je peux éviter d’utiliser des pesticides à la maison, Je peux éviter de polluer l’air de ma maison avec des substances chimiques dangereuses !, Je peux réduire les causes d’allergie dans ma maison, fiches d’information N° 1, 2, 3 et 4, Série La Santé et l’Habitat, Espace Environnement, 2003-2005.
- Portes Ouvertes des jardins habitats nature et fermes biologiques, Nature &Progrès : www.natpro.be
Mots-clés
Posez-nous vos questions au 081/730.730 ou par E-mail.
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons




