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Le transport aérien

L’Art d’éco... consommer n°29 - Dossier
(5 septembre 2007)

Qu’il s’agisse de tourisme, de voyages d’affaires ou de transport de marchandises (fret), le transport aérien connaît une croissance soutenue. Au niveau mondial, le transport des passagers s’accroît ainsi de 5 % par an et le fret de 7%.

Des chiffres éloquents en Wallonie
A l’aéroport de Charleroi, le trafic de voyageurs a pratiquement été multiplié par dix entre 2000 et 2004, dépassant les deux millions de voyageurs. Quant à l’aéroport de Liège, il a vu son trafic augmenter de 300.000 à 400.000 tonnes de fret sur la même période.
Au niveau de l’Europe des 25, ce sont 700 millions de passagers et 11 millions de tonnes de fret qui ont été transportés en 2005.

Les émissions produites par l’aviation représentent actuellement près de 3 % du total des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Union européenne. Ces émissions augmentent fortement (+87 % entre 1990 et 2004) tandis que l’on observe une réduction des émissions globales dans d’autres secteurs. Selon les prévisions, le trafic aérien devrait plus que doubler entre 2005 et 2020.

La majorité des émissions sont dues aux vols internationaux, qui ne sont pas soumis à des objectifs au titre du Protocole de Kyoto, alors que les émissions produites par les vols intérieurs le sont.

C’est le transport aérien qui génère la plus grande quantité d’émissions de CO2 par passager/km (et par tonne/km dans le cas du fret). En moyenne, un passager d’avion émet deux fois plus de CO2 qu’en voiture, 6 fois plus qu’en train, en métro ou en bus. Pour les marchandises, on évalue qu’il produit 6,5 fois plus de CO2 qu’un camion et 80 fois plus qu’un train ou un bateau. Tout ceci, sans parler du bruit dont sont victimes les riverains des aéroports …

Pas que le CO2 !

Lors d’un aller-retour Paris-New York, un avion émet environ 1,25 tonne de CO2 par passager (cela dépend de plusieurs facteurs comme le type de l’avion, le taux de remplissage, la présence de classe affaires...).
En dehors du CO2, un avion émet des oxydes d’azote (Nox), des particules, de la vapeur d’eau et provoque des traînées de condensation qui participent à la formation des Cirrus (nuages de haute altitude). Ces autres émissions s’ajoutent donc au pouvoir de réchauffement (l’effet radiatif) des seules émissions de CO2.

Les traînées de condensation des avions participent à l’effet de serre et à la formation de Cirrus.

Le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) propose de multiplier les émissions de CO2 de l’avion par 2,7 pour tenir compte de l’effet radiatif des autres émissions.
Autrement dit, l’effet du vol Paris-New York est le même que si l’on émettait l’équivalent de 3,4 tonnes de CO2 au sol !

Faire un aller-retour Paris-New York a donc pratiquement autant d’effet sur le climat que de rouler toute une année avec une voiture moyenne ou de chauffer une maison pendant un an.

Les vols court et moyen-courrier émettent proportionnellement plus de gaz à effet de serre car le décollage et l’atterrissage provoquent une surconsommation de carburant.

Un calcul sur www.compenCO2.be donne les résultats suivants pour un aller-retour Paris-Londres (690 km) : 190 kg CO2 par personne en avion, 140 kg en voiture (2 personnes à bord) et à peine 50 kg en TGV et 40 kg en autobus.

Quelles solutions politiques ?

Le rendement énergétique des avions s’est amélioré d’environ 70% au cours de ces 40 dernières années. Malgré cela les émissions de GES des avions continuent à augmenter du fait de l’accroissement du trafic et du tourisme en particulier. Les solutions avancées aujourd’hui sont :

* une taxation du kérosène : celle-ci serait la plus efficace sur la demande mais est très mal acceptée par les compagnies aériennes  ;
* la taxation des émissions : c’est l’application du principe pollueur-payeur
* une meilleure gestion du trafic aérien ;
* idéalement les vols de nuit devraient être évités car l’effet des traînées de condensation des avions est plus important la nuit !
* poursuivre les progrès technologiques afin de diminuer les émissions de CO2 et de NOx ;
* intégrer les transports aériens dans le système communautaire d’échange de droits d’émissions : c’est l’instrument économique qui est privilégié actuellement et qui pourrait entrer en vigueur à l’horizon 2011.

Une attitude de consommateur responsable

De leur côté, les consommateurs peuvent agir individuellement en repensant l’organisation de leurs achats et de leurs vacances :

* N’utilisez l’avion que lorsqu’il n’y a pas d’autre alternative. En tout cas, évitez de prendre l’avion pour des distances inférieures à 700 km, pour lesquelles le train est en général le moyen de transport le moins polluant. Prenez l’avion moins souvent, et allongez vos séjours de vacances. Elles n’en auront que plus de valeur récréative, surtout si vous les préparez avec soin. Evitez en tout cas ces formules bradées de mini-trips, qui fleurissent aujourd’hui sur le marché des loisirs et des voyages ;
* Voyagez léger : un avion peut économiser 34.000 litres de kérosène par an pour chaque kg de moins par siège !
* Utilisez les moyens de transport en commun pour votre voyage vers l’aéroport  ;
* En achetant des produits alimentaires, intéressez-vous à leur provenance, surtout lorsqu’il s’agit de denrées qui sont aussi produites chez nous. Des haricots du Kenya, des carottes bio d’Israël ou des pommes de Nouvelle-Zélande vous sont proposés à des prix défiant toute concurrence parce que le kérosène n’est pas taxé. Les tarifs d’acheminement de ces denrées ne reflètent donc pas le coût effectif du transport.

Le CRIOC donne les chiffres suivants pour les transports des aliments (émissions de CO2 par tonne.kilomètre) :

- Bateau : 15 à 30 g/tonne km ;
- Train : 30 g/tonne km ;
- Voiture : 168 à 186 g/tonne km ;
- Camion : 210 à 1430 g/tonne km ;
- Avion : 570 à 1580 g/tonne km.

Visitez http://avionrouge.blogspot.com et www.observ.be pour en savoir plus.

* Pour les voyages d’affaires, et les réunions d’organisations internationales  : les nouvelles technologies de la communication telles que le courrier électronique, les forums Internet, les conférences téléphoniques et les vidéo-conférences, permettent d’éviter de trop fréquents déplacements en avion, font gagner du temps et épargnent l’environnement comme les finances de chacun ;
* Une autre possibilité qui s’est développée ces dernières années est la compensation volontaire des émissions de CO2.

La compensation volontaire des émissions de CO2

La compensation des émissions de CO2 consiste à payer un montant donné pour financer des projets permettant d’économiser une quantité de CO2 équivalente au CO2 émis, idéalement dans un pays en voie de développement.
Il peut s’agir de projets permettent de stocker du CO2 (plantation d’arbres essentiellement) ou, beaucoup mieux, de diminuer les émissions de CO2 à la source (meilleure efficacité énergétique, utilisation d’énergies renouvelables en lieu et place d’énergies fossiles).

Le principe est séduisant, toutefois la compensation constitue tout au plus un moyen d’atténuer les effets de notre mode de vie. Il ne s’agit pas de consommer de manière effrénée en imaginant que quelques dizaines d’euros suffiront à gommer nos excès !

De plus en plus de sites proposent de compenser les émissions de CO2. Pour le moment, c’est www.atmosfair.de qui est le plus recommandé. Malheureusement, il est disponible uniquement en anglais et allemand.

Depuis peu, un nouveau site belge propose ce service : www.compenCO2.be, créé à l’initiative de Oxfam Wereldwinkels, de Webfabriek et Ecolife. Celui-ci présente en outre de très bons atouts comme des calculs rigoureux des émissions de CO2, des projets uniquement dans le Sud, pas de projets de type « puits de carbone » comme la reforestation, la proposition d’alternatives à l’avion pour les courts trajets ou encore utilisation des critères du Gold Standard (la référence en matière de validation des projets de compensation).


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