Dettol Healthy Touch… pas si sain !

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Le gel Dettol Healthy Touch à l’Aloe Vera et protéine de lait propose de laver les mains, d’en éliminer les bactéries et de les hydrater, le tout en seulement deux pressions sur le flacon à pompe. Vrai et utile ou trop beau pour y croire ?

Photo dettol

À l’avant de la bouteille, l’épée étincelante du logo, aligné sur le slogan « élimine 99,9% des bactéries », suggère l’efficacité du produit. Elle s’affiche sur un rond vert et côtoie une belle image d’Aloe Vera estampillé « Healthy Touch » et la mention « hydratant » en grand. Ça c’est pour le côté naturel, sain et doux.

À l’arrière du flacon, l’étiquette rappelle : « Se laver les mains est l’une des règles d’hygiène les plus efficaces pour se protéger des infections. Avec son parfum frais, le Gel Lavant Antibactérien Dettol Healthy Touch respecte votre peau tout en éliminant 99,9% des bactéries en 30 secondes ». La composition se résume à citer l’ingrédient actif, à savoir du Benzalkonium Chloride (0,13g pour 100g).

Alors, « healthy », plein d’ingrédients naturels et utile pour notre santé ce produit ?

Pas vraiment… Ce « gel lavant » n’est pas un inoffensif savon : il est répertorié par le SPF Santé publique comme « produit biocide ».

Par ailleurs, de nombreuses instances médicales déclarent qu’au quotidien, un lavage régulier des mains à l’eau et au savon suffit largement. Pas besoin de désinfectant  ! De toute façon, les bactéries sont partout… et reviennent bien vite sur nos mains, même une fois « désinfectées ». Après l’épidémie de grippe A H1N1, qui a accentué la phobie des microbes et offert une belle visibilité à tous ces désinfectants du quotidien, plusieurs études ont montré qu’on ne constate pas de réduction des infections de façon plus significative qu’avec un simple lavage savonneux.

Ce gel lavant serait donc inutile. Mais pourquoi ne pas tout de même en utiliser « au cas où » ? D’une part, parce que le Benzalkonium Chloride peut se révéler irritant pour la peau et les muqueuses et provoquer des allergies cutanées chez les personnes sensibles (par ex. souffrant d’eczéma). D’autre part, ce produit « healthy » incite à l’excès de désinfection par son utilisation quotidienne. Or, « l’hygiénisme » est mis en cause dans l’augmentation actuelle du nombre d’allergies (en particulier chez les enfants). Pire, en utilisant un désinfectant, le délicat équilibre bactérien s’effondre et laisse la place à des microorganismes très prompts à se développer et souvent plus résistants et pathogènes. Une étude irlandaise a ainsi révélé que le Benzalkonium Chloride favorise une mutation de la bactérie Pseudomonas aeruginosa, qui non seulement la rend résistante au désinfectant mais aussi à son remède antibiotique. Ennuyeux car c’est une bactérie déjà fort surveillée pour son rôle grandissant dans les infections nosocomiales (contractées à l’hôpital). De plus, au rinçage du produit, l’eau amène ces bactéries résistantes à se répandre : aux États-unis, on relève déjà l’augmentation de leur présence dans les cours d’eau.

Enfin, l’effet d’un désinfectant n’est optimal que… sur des mains propres. Or, ce que l’on évite de dire sur l’emballage, c’est que l’effet du Benzalkonium Chloride peut être inhibé par le savon. À propos de savon, on ne connaît pas la composition réelle du produit, à part la quantité de principe actif. Rien sur l’étiquette et pas grand-chose sur le site de la marque. Quelle quantité d’Aloe Vera et de protéine de lait (notez que protéine est d’ailleurs au singulier  !) le produit contient-il ? Quels autres composants permettent l’effet hydratant annoncé ? Que risquent les allergiques ? Impossible à savoir…  Contrairement aux produits cosmétiques, les « biocides à usage cosmétique » ne sont pas soumis à l’obligation d’indiquer la composition complète (INCI) mais uniquement les ingrédients actifs et leur dilution. C’est bien dommage car, dans les deux cas, on s’en tartine les mains  !  

Critères selon lesquels ce produit peut être mis en cause pour greenwashing :

  • utilisation d’allégation trompeuse
  • manque d’information sur la portée exacte de la déclaration
  • utilisation de visuels trompeurs

Plus d’informations sur les biocides et leurs alternatives via notre campagne « On ne se fait pas berner  ! Les pesticides sous la loupe » et sur www.sante-environnement.be

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