La compensation volontaire des émissions de CO2

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Fiches-conseils n°148

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En Belgique chaque habitant émet l’équivalent 10,4 tonnes de CO2 par an. Le CO2 représente 80% des gaz à effet de serre (GES) émis par les activités humaines. L'équivalent CO2 (éqCO2) est utilisé comme unité pour quantifier l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre couverts par le protocole de Kyoto, sur base de leur pouvoir réchauffant à 100 ans.

Il est possible de poser des choix et d'adopter des comportements qui diminuent ces émissions de CO2 : se déplacer le moins possible en voiture, mieux utiliser le système de chauffage, améliorer l'isolation du logement, choisir des produits locaux et de saison, prendre moins l'avion …
Voir fiche n°29 : " Agir contre le réchauffement climatique ! "

Compenser les emissions ?

Pour les émissions que l'on n'a pas pu ou pas voulu éviter, la compensation des émissions de CO2 peut-être une manière d'atténuer l'impact de chacun sur le climat. Cela consiste à payer un montant donné pour financer des projets permettant d'économiser une quantité de CO2 équivalente au CO2 émis.
Ces projets visent soit

  • à capter le CO2 (plantation d'arbres essentiellement) soit
  • à diminuer les émissions de CO2 à la source (meilleure efficacité énergétique, utilisation d'énergies renouvelables en lieu et place d'énergies fossiles).

Mais attention, la compensation constitue tout au plus un moyen d'atténuer les effets d'un certain mode de vie. Il ne s'agit pas de consommer de manière effrénée en imaginant que quelques dizaines d'euros suffiront pour gommer les excès !

Avion et compensation

Il est possible de compenser les émissions du logement, des déplacements en voiture ou en avions et des activités de bureau, il suffit pour cela de pouvoir quantifier ces émissions.

Pour les voyages en avion, la compensation est particulièrement intéressante car, dès que l'on monte dans un avion, la facture en gaz à effet de serre (GES) est salée:

  • un A/R Bruxelles-New York provoque l'émission de 1000 kg de CO2 par passager. Lorsque l'on prend en compte l'ensemble des émissions de l'avion, les traînées de condensation, la formation d'ozone ... l’effet sur l’atmosphère est équivalent à celui de 2900 kg CO2 par passager… soit autant que le chauffage d'une maison pendant toute une année !
  • le transport aérien est responsable de 3 % des émissions des gaz à effet de serre dans l'Union européenne (chiffre à multiplier par 2 ou 3 pour tenir compte des autres émissions des avions). La majorité des émissions sont dues aux vols internationaux, qui ne sont pas soumis à des objectifs au titre du Protocole de Kyoto.
  • contrairement aux carburants automobiles, le kérosène des avions n’est pas taxé.

Ne faut-il plus prendre l'avion pour autant ? Disons plutôt qu'il faut utiliser l'avion à bon escient, ce qui n'est pas tout à fait dans l'air du temps quand on voit le succès des compagnies low cost !
Voir la fiche 102 “Le transport aérien

L'offre de compensation

Pour le calcul des émissions de CO2 dues au transport aérien, un site de référence est http://www.atmosfair.com (en allemand et en anglais). Dans l'exemple ci-dessous, un Vol A/R Bruxelles/New York provoque l'émission de 1012 kg de CO2 par passager. Mais en tenant compte des traînées de condensation, de la formation d'ozone et d'autres effets, l'impact global sur le climat est équivalent à celui de 2942 kg CO2. Compenser cela coûte 68€ soit 23€/tonne de CO2,ce qui est peu par rapport au coût du billet d'avion (disons 5 à 10%).

En Belgique http://www.greentripper.org/fr créé par CO2logic et Naturalogic propose un label "CO2 Neutral" validé par Vinçotte. Il permet de compenser uniquement les voyages en avion. Pour compenser les émissions de votre logement, de votre voiture ou de votre entreprise rendez-vous sur http://www.co2logic.be/fr/services/calculateur-co2

Comment ça fonctionne ?

La démarche de compensation comporte trois étapes :

  1. le calcul des émissions de GES du demandeur. Idéalement, des recommandations pour réduire autant que possible ces émissions sont proposées à ce stade.
  2. la conversion en coût de compensation et la proposition d'un projet de réduction de GES à soutenir,
  3. le suivi et le contrôle du projet, car le client doit avoir la garantie de la réalité du "gain de CO2" obtenu grâce à son financement

Selon l’ADEME, pour être valable, le mécanisme de compensation doit répondre à quatre exigences:

  1. additionalité des projets : les réductions d'émission générées par les projets n'auraient pas eu lieu autrement;
  2. validation de l'unicité des projets : ces réductions d'émissions ne sont vendues qu'une fois;
  3. pérennité des projets dans le temps et validation (ou certification) de la réalité des gains en CO2;
  4. vérification et traçabilité des financements des particuliers, des entreprises et des institutions aux opérateurs de compensation.

Quels critères de choix ?

Il y a une grande disparité dans l'offre des opérateurs de compensation. Voici quelques éléments pour vous guider dans votre choix.

La certification des projets

Le Protocole de Kyoto ne pose pas de limitations d’émissions de gaz à effet de serre pour les pays en développement. Or les émissions de ces pays sont en croissance, surtout dans le cas des pays à forte population tels que la Chine et l’Inde qui connaissent une rapide expansion de leur production industrielle.
Etant donné que le réchauffement est un phénomène planétaire, le Protocole inclut des dispositions pour soutenir des réductions dans les pays non tenus par des objectifs de limitation des émissions. Le Mécanisme de Développement Propre (MDP) permet aux pays industrialisés de financer des projets de réduction des émissions dans les pays en développement et d’obtenir en contrepartie des crédits de réduction d'émissions certifiées (CER). Pour être certifiés, les projets MDP doivent respecter ces critères et être approuvés par l'instance nationale du pays proposant le projet et par le bureau exécutif du MDP.
La procédure de certification des projets MDP est longue, complexe et onéreuse (les coûts associés à cette démarche d’enregistrement dépassent parfois le coût du projet), elle n’est donc pas adaptée aux petits projets, même s’il existe des simplifications possibles.
La plupart des petits acteurs sur le marché ont donc choisi leurs propres standards suivant leurs propres critères, ils donnent lieu à des réductions d’émissions vérifiées (VER).

Les réductions peuvent donc être de type CER ou VER, sans que cela influe sur leur qualité. Par contre, ce qui importe c’est la manière dont les projets sont sélectionnés et dont les réductions sont vérifiées, d’où l’importance des standards.
Les opérateurs de compensation peuvent utiliser leurs propres standards pour choisir et vérifier leurs projets ou faire appel à des standards reconnus. Certains utilisent des méthodologies de type MDP pour leurs projets d’émissions vérifiées.

La référence à l'heure actuelle est le Gold Standard (http://www.cdmgoldstandard.org/) qui a été initié par des ONG internationales dont le WWF.
Dans le Gold Standard, seuls les projets d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique sont recevables (les projets de reboisement sont exclus).
Le développement durable est pris en compte dans le Gold Standard : des procédures de consultations des parties prenantes sont mises en place dès la phase de préparation du projet et des indicateurs garantissent l’impact positif du projet.

Les calculs des émissions

Un calcul des émissions de CO2 sur différents sites pour un même voyage donne des résultats très variables ! Cela est dû aux hypothèses utilisées. Pour les voyages en avion, certains sites ne prennent en compte que les émissions de CO2 tandis que d'autres appliquent un facteur de multiplication pour tenir compte des autres émissions.

Les types de projet

Les projets qui visent à réduire les émissions de CO2 à la source sont à préférer aux projets "puits de carbone" comme des plantations d'arbres.
En effet, la séquestration de carbone par les arbres n'est que temporaire : le CO2 est restitué à l'atmosphère lorsque l'arbre se décompose ou est brûlé. D’autre part la quantité de CO2 séquestrée dépend du type d'arbre, du sol et les réductions d'émissions sont souvent plus difficiles à évaluer par rapport à une situation ou le projet n'aurait pas eu lieu.

Localisation des projets

Il est préférable de soutenir des projets dans des pays en voie de développement.
Ce sont les habitants des pays les plus riches qui émettent le plus de CO2 et qui prennent le plus l'avion. Mais les nuisances sont planétaires et les projets de compensation peuvent être un moyen de redistribution des richesses vers des populations moins favorisées, même si ce n’est pas le meilleur.

La transparence

Compenser un A/R Bruxelles-New York coûte plus ou moins cher suivant l’opérateur choisi (écart dû aux différences de calcul des émissions mais aussi du prix de la tonne de CO2).
Faut-il choisir le prix le plus élevé pour avoir des projets de meilleure qualité ?
Pas nécessairement : ce qui compte c’est de savoir comment les organismes de compensation utilisent les fonds reçus (part consacrée aux projets de réduction et part couvrant les frais administratifs), quels standards sont utilisés, qui effectue les vérifications (l’opérateur lui-même ou un organisme spécialisé externe), quelles sont les réductions de CO2 effectives...
Ces données devraient être disponibles dans des rapports annuels et sur les sites Internet des opérateurs de compensation mais ce n’est pas toujours le cas.

Voir aussi 

http://www.info-compensation-carbone.com un site soutenu par l'ADEME et qui publie chaque année l'état de la compensation en France.

Voir aussi