La mode bio et équitable

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Dossiers n°19

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Nos vêtements ont parcouru tout un chemin avant d'arriver dans nos garde-robes. Et ils ont un impact environnemental et social : pollutions, intoxications, salaires de misère, travail des enfants et autres réalités peu réjouissantes se cachent derrière notre jeans dernier cri. Comment réduire l'impact catastrophique des textiles qu'on achète, tout en soignant son look ?

On (en)file un mauvais coton

Pas drôle d'être un petit cultivateur de coton aujourd'hui: le prix du matériel agricole est en constante augmentation alors que le cours du coton diminue chaque année. En cause: les subventions reçues par les grands cultivateurs américains, chinois et européens qui inondent le marché à bas prix. En même temps, la production - et donc l'offre - ne cesse d'augmenter, ce qui fait encore plonger les prix vers le bas. Deuxième tuile : la fin des quotas d'exportation qui protégeaient les plus petits producteurs. Les grandes multinationales du vêtement peuvent désormais faire leur marché chez les gros producteurs qui proposent les prix les plus bas.
Et comme si tout cela ne suffisait pas, les conditions de travail dans le secteur du textile sont déplorables : travail des enfants, travail à bas salaire, absence de droits fondamentaux et autres dérives ont déjà maintes fois été décriées par la campagne «Vêtements propres».

Environnement pollué, paysans intoxiqués

Le bilan écologique du coton produit industriellement est extrêmement lourd :

  • Les cultures de coton conventionnelles utilisent à elles seules respectivement 10% et 22.5 % des pesticides et insecticides chimiques employés en agriculture ! Les champs sont traités jusqu'à 30 fois par cycle de production : pesticides, engrais, herbicides et défoliants hautement toxiques sont répandus. On trouve, parmi les produits utilisés, des organochlorés interdits en Europe comme le DDT ou le lindane. On estime que ces produits contaminent des millions de personnes et sont fatals à des milliers d'entre eux (22.000 morts par an, selon l'OMS).
  • Le coton est le troisième consommateur d'eau d'irrigation de la planète. De l'eau qui ne peut pas être utilisée pour les besoins des habitants (notamment pour les cultures vivrières).
  • Le coton transgénique gagne du terrain : avec 7,2 millions d'hectares, il représente déjà 21% des surfaces mondiales totales de coton.
  • Pour leur transformation en vêtement ou linge de maison, les fibres subissent plusieurs traitements : blanchiment, teinture, application d'apprêts... Chaque étape amène son lot de polluants comme le chlore, le formaldéhyde et/ou les métaux lourds. De plus, les multiples traitements augmentent le risque d'allergies et d'irritations. Lors d'une récente campagne, Greenpeace a révélé la présence de multiples substances dangereuses pour la santé dans... des pyjamas pour enfants de la marque Disney.

Le naturel revient au galop

Qu'en est-il des autres fibres naturelles ? Deux d'entre elles regagnent rapidement en popularité : le lin et le chanvre. Pour la culture conventionnelle du lin, on utilise relativement peu d'engrais et de pesticides; les traitements de la fibre (blanchiment, teinture...) sont également moins nombreux que pour le coton. Autre avantage du lin : il peut être cultivé sous nos latitudes, ce qui limite les transports.

Le chanvre est une plante peu exigeante, qui s'adapte partout et prospère sans pesticides ni engrais. Grâce aux progrès techniques, le chanvre est devenu très agréable à porter. Malheureusement, à cause de réticences non justifiées (les variétés transformées en textile ne contiennent pas des taux de substances psychotropes suffisants pour nous faire de l'effet), sa culture reste marginale dans notre pays alors qu'elle est en plein essor dans d'autres pays comme l'Allemagne.

Vêtements et linge bio et éthique : ça vient...

Si vous voulez être sûr d'enfiler un vêtement qui respecte l'homme et l'environnement, allez faire un tour du côté du textile labellisé :

Labels avec garantie bio. Eko, KbA : ce sont des labels avec des critères sévères, offrant la garantie de la culture biologique, mais également du respect de l'environnement lors de la transformation ou de l'emballage. De même, plusieurs conditions sociales sont exigées pour l'attribution du label. Déméter : ce label se trouve sur des textiles (laine, coton) issus de l'agriculture biodynamique.

Labels sans garantie bio. Label écologique européen : reprend des critères de "qualité" du produit, liés à l'environnement ou non (même si l'aspect environnemental est particulièrement développé). Le label n'est pas restrictif quant aux matières employées : une chemise 100% synthétique peut très bien recevoir l'écolabel, ce qui n'est bien entendu pas le cas d'un textile bio. Ökotex ("Confiance textiles") : label privé issu de l'industrie du textile. Garantit entre autres l'absence de certaines substances (colorants cancérigènes, biocides, chlore,...) ou le respect des taux précisés par la législation pour d'autres substances indésirables.

Labels commerce équitable/ sociaux. Label social : existe en Belgique depuis avril 2003. Ce label pourra être apposé sur tout produit respectant un minimum de standards sociaux. Malheureusement, il n'existe pas encore de produits textile certifiés à l'heure actuelle.
Max Havelaar : le label bien connu du commerce équitable. Il offre aux paysans un prix minimum garanti qui leur permet d'avoir des conditions de vie correctes. Grâce à une prime de développement, leurs organisations peuvent financer des projets. La protection de l'environnement est améliorée et des conditions de travail saines sont garanties. Ce label garantit donc les droits des paysans producteurs, mais pas (encore) le respect des travailleurs pendant la transformation (filature, tissage) et la confection des vêtements.

Choisir du durable, entretenir comme un pro et réutiliser !

Les vêtements labellisés ne sont pas encore omniprésents... Mais en choisissant votre garde-robe, vous pouvez toujours en priorité investir dans des vêtements et chaussures de qualité et réparables.
Et n'oubliez pas : malgré toutes les pollutions émises lors de la fabrication ou l'élimination des textiles, l'étape la plus polluante reste l'utilisation, avec ses consommations d'énergie, d'eau et de détergents. Pensez donc aux lessives concentrées (pour réduire la quantité d'emballages) et aux lessives plus écologiques. Evitez le nettoyage à sec qui nécessite l'utilisation de produits nocifs.

Dernier conseil : pour éviter que vos vêtements se retrouvent à la décharge ou l'incinérateur avant d'être usés, ayez le réflexe « fripe ».

  • Donnez des vêtements en bon état à des entreprises d'économie sociale telles que Terre, Les Petits Riens, Oxfam-Solidarité etc. Le label "Solid'R" vous garantit que votre don servira à soutenir un objectif social.
  • N'oubliez pas que les vêtements que vous mettez dans le sac ou la guérite sont destinés à être portés par quelqu'un d'autre. A peine 10% des vêtements récoltés peuvent effectivement être revendus tels quels, les autres étant en trop mauvais état.

Où trouver du textile écologique et/ou éthique ?

  • Greenpeace offre un beau choix de vêtements et de linge en coton bio ; une partie de la gamme est également certifiée Max Havelaar.
  • Oxfam-Magasins du monde vend également plusieurs vêtements en coton bio et équitable.
  • D'autres produits labellisés Max Havelaar sont entre autres disponibles chez Delhaize, Cora, La Redoute, Cassis, Celio...
  • Une liste de marques et de points de vente de textile bio et/ou équitable est en cours de rédaction et bientôt disponible à notre permanence téléphonique.
  • Vous pouvez d'ores et déjà obtenir une liste d'associations et d'entreprises d'économie sociale actives dans la récupération et la vente de vêtements de seconde main.

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