Le point sur le tourisme

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Fiches-conseils n°100

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En 2015, le nombre de voyageurs internationaux a atteint le nombre record de 1,186 milliards :

  • 53% voyagent pour des raisons de tourisme ou de vacances
  • 27% pour rendre visite à la famille ou à des amis ou pour des raisons de santé ou de religion 
  • et 15% pour des raisons professionnelles [1].

La croissance expérimentée par ce secteur depuis une vingtaine d'années place le tourisme dans une position privilégiée au sein de l'économie mondiale. Le touriste est devenu un consommateur à qui l'on propose des produits avec des critères standardisés dictés par les opérateurs internationaux. Cette homogénéité de l'offre n'est pas sans conséquences pour le milieu d'accueil et, particulièrement lorsque le développement est mal maîtrisé, il est source d'atteintes écologiques et de problèmes sociaux.

Enjeux environnementaux

Les effets environnementaux négatifs du tourisme de masse sont notamment liés au besoin de modifier l'espace pour la construction d'infrastructures de transport et d'accueil. Le paysage et la topographie du terrain sont altérés et la vie sauvage perturbée. Ainsi, l'érosion du littoral est devenue critique dans de nombreux pays (Tunisie, Inde, Philippines…).

La consommation de ressources, en particulier dans des zones où elles sont parfois déjà rares, est elle aussi problématique. Ainsi, dans les pays du Sud, les touristes utilisent en moyenne 7 à 10 fois plus d'eau que la population locale. A titre d'exemple, aux Philippines, l'eau utilisée pour alimenter un golf permettrait de pourvoir aux besoins quotidiens de 15 000 habitants de Manille ou de 60 000 habitants de zone rurale.

Il faut ajouter à cela la perturbation de la nature : bruit, lumière et fréquentation des espaces sauvages forment un cocktail qui trouble l'équilibre des écosystèmes, allant même jusqu'à la destruction d'espèces vulnérables de la flore et de la faune. Par ailleurs, les destinations souffrent aussi du cumul de comportements individuels destructeurs. Des milliers de touristes qui emportent en souvenir une plante ou un bout de corail finissent par détériorer massivement les écosystèmes.

C'est également un cercle vicieux puisque l'industrie touristique est en même temps contributrice et victime de ces détériorations. Au fur et à mesure que le tourisme s'industrialise dans les zones les plus visitées, ce qui faisait une partie du charme du voyage tend à disparaître. Les touristes se mettent alors à la recherche de destinations plus « authentiques » et « préservées », mais généralement encore moins organisées pour accueillir massivement des voyageurs.

A une échelle globale, c'est le transport qui représente le principal impact environnemental du tourisme. En 2015 et au niveau mondial, 54 % des voyageurs se sont déplacés en avion, 39 % par la route, 5 % en bateau et 2 % en train [1]. Or, ce sont le transport aérien et la voiture qui génèrent le plus d'émissions de gaz à effet de serre par passager et par kilomètre. Les compagnies aériennes ont parfois annoncé que les avions modernes sont plus « écologiques » que les voitures car ils ne consomment que 3 à 3,5 litres de carburant par passager par 100 km. Ces chiffres sont à nuancer. Il s'agit en effet de consommations par siège pour un avion rempli. Or, ceux-ci sont rarement complets. Par ailleurs, les émissions de gaz à effet de serre autres que le CO2 ne sont pas pris en compte, ni d'ailleurs le fait que l'impact du CO2 sur le climat est renforcé avec l'altitude (forçage radiatif). Enfin, pour compléter cette nuance, notons que sur des distances où la voiture entre en compétition avec l'avion, le véhicule est souvent plus rempli que la moyenne. Or, si l'on met plusieurs personnes dans la voiture, on divise d'autant la consommation par passager. La voiture reste néanmoins elle aussi un moyen de transport polluant. Autant de raisons pour privilégier le tourisme local ainsi que le train, le bus, la marche ou le vélo. Après tout, les vacances sont aussi faites pour prendre son temps !

Enjeux sociaux et financiers

Dans les pays du Sud, les impacts sociaux négatifs du développement touristique sont multiples : déplacement des populations pour la construction d'infrastructures, travail forcé, sous-payé ou peu qualifié, marchandisation des cultures, augmentation généralisée des prix, exclusivité donnée aux touristes sur l'accès à divers services, tourisme sexuel…

Le tourisme peut pourtant aussi être un formidable outil de développement économique pour les populations, en créant des emplois et en générant des revenus. Il peut permettre aux pays ayant peu ou pas de ressources agricoles, minières ou industrielles, de se développer à partir de la mise en valeur de richesses naturelles ou patrimoniales.

Mais le fonctionnement du tourisme de masse ne permet pas cela. D'une part parce que les voyageurs proviennent essentiellement d'Europe et d'Amérique du Nord (et dans une moindre mesure d'Asie) et… y restent ! Ces mêmes régions concentrent en effet la grande majorité des « arrivées » et des recettes. Et même pour les séjours dans les pays du Sud, l'ensemble de la chaîne est gérée par des multinationales occidentales qui maîtrisent l'hôtellerie, les transports terrestres, la logistique, la restauration, les loisirs… Le revenu des activités touristiques retourne ainsi en grande partie vers les pays riches et échappe aux populations locales. Selon les formes de tourisme, on estime que seuls 10% (croisière et tourisme « all in ») à 40% (tourisme individuel) du chiffre d'affaires généré par le tourisme revient dans les pays visités.

Voyager autrement

Concilier budget, envie de détente et préservation de l'environnement, est-ce possible ? Des initiatives et de nouvelles pratiques s'organisent en ce sens. On voit se développer des chartes, des codes de conduite, des labels... Mais attention, certains professionnels «opportunistes» risquent d'utiliser ces arguments comme moyen de vente, sans toutefois garantir une gestion responsable. Le tourisme alternatif peut devenir un produit de marketing, ce qui oblige le consommateur à faire preuve de discernement afin d'éviter une certaine forme de greenwashing.

Par ailleurs, on ne trouve pas de label unique, notamment parce que ces initiatives pour un tourisme différent recouvrent des réalités diverses. Voici donc quelques définitions qui aideront à y voir plus clair :

  • Le tourisme social a pour but de permettre l'accès de tous aux vacances, en particulier pour les personnes aux revenus modestes.
  • Le tourisme solidaire repose sur des actions de solidarité, des projets touristiques qui sont en même temps des projets de développement local dont les bénéfices sont reversés en grande partie aux populations locales. Idéalement, ces projets sont gérés par celles-ci.
  • Le tourisme équitable est basé sur les principes du commerce équitable : les producteurs sont rétribués selon un prix juste, ces revenus sont investis dans le développement local de leur région et le projet favorise leur accès à l'autonomie.
  • Le tourisme responsable ou éthique cherche à développer des pratiques socialement et écologiquement plus respectueuses au sein des acteurs traditionnels du tourisme, tour-opérateurs, hôtels, etc.
  • L'écotourisme est axé sur la recherche du contact avec la nature et les cultures traditionnelles. Il cherche à restreindre ses retombées sur l'environnement naturel et socioculturel.
  • Le tourisme rural est un mode d'hébergement « diffus » des populations accueillies en zone rurale. Il est apparu dans les années 70 en réaction à la construction de grandes concentrations touristiques.

Enfin, selon l'OMT, pour garantir le développement durable du tourisme, il faut parvenir au bon équilibre entre les aspects environnemental, économique et socioculturel. « Par conséquent, le tourisme durable doit :

  1. exploiter de façon optimum les ressources de l'environnement qui constituent un élément clé de la mise en valeur touristique, en préservant les processus écologiques essentiels et en aidant à sauvegarder les ressources naturelles et la biodiversité ;
  2. respecter l'authenticité socioculturelle des communautés d'accueil, conserver leurs atouts culturels bâti et vivant et leurs valeurs traditionnelles et contribuer à l'entente et à la tolérance interculturelles ;
  3. assurer une activité économique viable sur le long terme offrant à toutes les parties prenantes des avantages socioéconomiques équitablement répartis, notamment des emplois stables, des possibilités de bénéfices et des services sociaux pour les communautés d'accueil, et contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté.

Le développement durable du tourisme requiert la participation, en connaissance de cause, de tous les acteurs concernés, ainsi qu'une forte direction politique pour assurer une large participation et l'existence d'un consensus. »

Comment organiser vos vacances de façon « durable » ?

Consultez :

  • la fiche-conseil nº101 « Des vacances durables », qui propose des conseils pratiques et présente une sélection de labels.
  • la fiche-conseil n°118 « Tourisme durable : adresses utiles », qui renseigne certains acteurs clés pour approfondir la thématique ou organiser vos vacances.

[1] « Faits saillants du tourisme », OMT, édition 2016, www.e-unwto.org

 

Voir aussi