Les principaux perturbateurs endocriniens

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Dossiers n°85

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Sylvie Wallez


Les parabènes : conservateurs d'une large gamme de produits, notamment des cosmétiques. Suspectés par l'UE d'être des PE : methylparaben, ethylparaben, butylparaben, propylparaben.

Le bisphénol A (BPA) : considéré comme un perturbateur endocrinien majeur, il est un des composés chimiques les plus utilisés dans le monde. Inventé il y a plus d'un siècle, on en produit annuellement 3,8 millions de tonnes. Le BPA est utilisé dans la synthèse des matières plastiques et des résines époxydes. Celles-ci revêtent l'intérieur des boîtes de conserve et des cannettes métalliques pour éviter l'oxydation du métal. Le BPA intervient aussi dans les contenants alimentaires et la vaisselle en polycarbonate (plastique dur), les amalgames dentaires ou comme un révélateur dans les papiers thermiques (tickets de caisse, papier fax).

La migration du BPA vers les aliments est d'autant plus forte que les aliments en contact avec le plastique sont chauds ou acides. Les impacts sanitaires sur l'humain sont avérés. Selon le Réseau Environnement Santé, 95% des études menées chez l'homme et l'animal mettent en évidence des effets du BPA, notamment à des doses inférieures à la dose journalière admissible (DJA) définie par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) : incidences sur le développement et le fonctionnement du système reproducteur masculin, le fonctionnement de la thyroïde, sur le développement et le fonctionnement du système nerveux central, sur le système immunitaire. Des corrélations sont établies avec le développement de maladies comme le cancer de la prostate et du sein, des problèmes d'obésité, etc. C'est un oestrogène mimétique dont l'exposition in utero à faible dose provoque des modifications de l'appareil uro-génital mâle laissant présager un risque de cancers accrus chez l'adulte. L'exposition du foetus et du jeune enfant doit être évitée.(1) Les biberons contenant du BPA sont interdits en Europe mais cela reste insuffisant.

Les phtalates : interviennent dans la fabrication et la composition d'un grand nombre de matériaux et produits en plastique souple de type PVC et PET (jouets, éléments de décoration et de mobilier, ustensiles de cuisine, revêtements de sol vinyliques, matériels électriques,  emballages alimentaires, etc.) mais aussi, pour leurs qualités amollissantes dans les peintures industrielles, adhésifs et colles, encres, huiles lubrifiantes, produits d'entretien et d'hygiène, produits pharmaceutiques et cosmétiques, etc. Ils ont la faculté de porter les molécules parfumantes et d'en prolonger les effets, d'où leur usage dans les produits d'hygiène, d'entretien et les cosmétiques. La consommation de phtalates en Europe est d'environ un million de tonnes par an(2). Très répandus dans l'environnement, on les trouve également dans les aliments, après leur migration à partir d'emballages. Les plus dangereux sont le DEHP, le DBP, le DIPB et le BBP. Certains d'entre eux ont une action anti-androgénique et peuvent altérer l'appareil reproducteur mâle. Toxiques pour le foetus, ils sont la cause d'une augmentation de la mortalité intra-utérine et d'une baisse de la survie post-natale. Le lien entre phtalates et puberté précoce chez les filles a été établi. Contrairement à ce que l'on a longtemps cru, le plastique n'est pas une matière biologiquement inactive.

Les Polluants organiques persistants (POPs) : plusieurs dizaines de familles de molécules organiques complexes sont considérées comme POPs. Contrairement aux autres polluants atmosphériques, ce n'est pas leur nature chimique qui les définit mais leurs 4 propriétés suivantes : toxicité sur la santé humaine, persistance dans l'environnement, bioaccumulation (hautes concentrations dans la chaîne alimentaire) et transport longue distance, c'est-à-dire loin du lieu d'émission, des milieux chauds vers les milieux froids, notamment l'Arctique.(3) En général, les POPs sont issus de combustions incomplètes, provenant notamment de certains procédés industriels comportant une étape de combustion (incinération de déchets, métallurgie, combustion,... ). S'ajoutent à ces émetteurs industriels des sources diffuses mais sans doute majeures : incinération de déchets par les particuliers, combustion résidentielle, incendies, etc. Les plus célèbres POPs sont sans doute les PCB, dioxines, furannes et les HAP.

  • Les PCB, dioxines, furanes : les PCB appartiennent à la famille des organo-chlorés polycycliques. Bon nombre d'entre eux ont le même mécanisme de toxicité que les dioxines et les furanes.  Utilisés jadis comme isolants thermiques, les PCB  sont interdits depuis plus de 25 ans mais, très persistants, ils se sont accumulés dans la chaîne alimentaire, et il en subsiste dans d'anciens appareils. La pollution par les PCB des eaux, des sols et de l'air est généralisée. Lipophiles, on les trouve dans les poissons gras, en particulier ceux qui se trouvent en haut de la chaîne alimentaire. L'exposition est essentiellement alimentaire, allaitement compris. Les effets délétères des PCB, dioxines et autres furanes sur le développement des foetus, le système nerveux, la reproduction, les systèmes cardio-vasculaire, immunitaire,  gastro-intestinal sont confirmés. L'exposition pré-natale a une forte incidence sur les troubles du comportement et de la reproduction. Un lien a également été établi avec le diabète et la cancérogénèse. Les PCB sont également neurotoxiques.
  • Les HAP, hydrocarbures aromatiques polycycliques, sont générés par une combustion incomplète de matières organiques comme les carburants du chauffage ou du transport. En très haute concentration dans les régions urbanisées et industrialisées, ils contaminent les populations via l'air, sous forme de particules, qui se déposent également dans diverses niches environnementales qu'elles polluent à leur tour.

Perfluorés (PFC) : utilisés comme anti-tache, hydrofuges, imperméabilisants, anti-graisse dans les tissus d'ameublement, les vêtements, emballages de fast-food, ils influent notamment sur le taux de cholestérol, d'hormones thyroïdiennes. Ce sont les fameux revêtements en Téflon® des ustensiles de cuisine, les traitements Scotchguard™ de nos canapés, les revêtement anti-pluie Goretex®.

Polybromés (PBDE) : ce sont des retardeurs de flamme très courants dans les tissus d'ameublement, les coussins en polyuréthane mais aussi les appareils électriques et électroniques, avec un relargage dans l'air ambiant et une fixation sur la poussière. Une corrélation entre PBDE et obésité ou encore PBDE et fonctionnement de la thyroïde est établie.

Alkylphénols (AP) et alkylphénols éthoxylates (APE) : on trouve les AP principalement dans les eaux usées d'établissements hospitaliers, de structures industrielles mais les compartiments de l'environnement ne sont pas étanches, de sorte qu'on les retrouve aussi dans l'air intérieur de nos maisons. Ils semblent en partie responsables du syndrome métabolique (régulation de l'action des glucocorticoïdes) et de troubles du comportement sexuel. Les alkylphénols éthoxylates (APE) sont produits à raison de 390000 tonnes par an dans le monde. On les retrouve principalement dans des produits ménagers et ... des spermicides. Rejetés dans les eaux usées, dégradés biologiquement dans les centrales de traitement, les APE forment des molécules dérivées à très forte action oestrogénique, dont le nonylphénol. Ce dernier est aussi un composant des plastiques eux-mêmes, avec un relargage dans les eaux, et un constituant de certains détergents. Son action oestrogénique est prouvée, même à très faible dose, avec pour conséquences des atteintes de la fertilité, de la reproduction et du développement. Une augmentation du cancer du sein est également suspectée.

Les pesticides : si certains insecticides, nématocides, fongicides et herbicides ont été interdits en Europe, certaines molécules subsistent longuement dans notre environnement. Des effets, comme une baisse de la fertilité, ont été constatés sur des ouvriers agricoles. des effets, comme une baisse de la fertilité, ont été constatés sur des ouvriers agricoles. Des études sur des rattes ont établi des effets in utero sur les foetus mais aussi sur les générations suivantes qui, elles, n'ont pas été exposées. Les enjeux de ce secteur sont énormes : le marché annuel des pesticides est de 25 milliards d'euros. En Europe, quelque 400 molécules sont autorisées et 140000 tonnes sont pulvérisées chaque année.
Des traces de pesticides persistent dans les aliments. En juin 2009 sort un 1er rapport de l'EFSA sur les résidus de pesticides. 75000 aliments ont été prélevés dans les 27 pays du l'UE. 354 pesticides ont été détectés dans les fruits et légumes et 72 sur les céréales. 25% présentaient des résidus d'au moins 2 pesticides. Ce n'est sans doute pas suffisant pour une intoxication aiguë mais quid du risque à long terme de développer des maladies liées à « l'effet cocktail » ? Il peut en effet y avoir interaction de ces résidus entre eux, avec d'autres polluants de notre alimentation, des ustensiles que nous utilisons, l'air que nous respirons, des produits d'hygiène, d'entretien et autres cosmétiques que nous utilisons au quotidien.

(2) Saillenfait AM, Laudet-Lesbert A. Phtalates. EMC-Toxicologie-Pathologie, Elsevier Paris, France 2005 ; 2 : 1-13.

Voir aussi