Bien choisir ses vêtements de sport de plein air

Randonnée
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Dossiers n°116

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Guillemette Lauters

Les vêtements de sport et de plein air sont devenus de plus en plus diversifiés, techniques et performants. Le secteur toucherait 70 millions de personnes ! Il véhicule, à travers ses produits et son marketing, des valeurs proches de la nature, de la santé et de la solidarité. Et en effet, 71 % des consommateurs considèrent que les marques de sport doivent jouer un rôle dans la protection de l'environnement. Pas facile pour une industrie qui utilise des matériaux et textiles certes innovants mais également très polluants. Les leaders du marché témoignent d'une certaine volonté de transparence et de recherche d'alternatives.

Des vêtements polluants ?

Les vêtements de sports de plein air se doivent d'être non seulement confortables mais aussi d'assurer la sécurité du consommateur dans des pratiques ou des conditions parfois extrêmes. Que ce soit à pied, à cheval, en bateau ou à vélo, il semble loin le temps du triptyque t-shirt en coton - pull en laine – K-way. La mode, les nouveaux textiles et les nouvelles technologies ont envahi les vêtements de sport. Offrant protection contre les intempéries, imperméabilité, respirabilité et évacuation de l'humidité, résistance à l’abrasion et aux rayons UV, légèreté et compressibilité, traitements anti-odeur et  protections anti-insectes, le choix de vêtements techniques est gigantesque. Ce marché ne s'adresse plus seulement aux sportifs, mais également aux citadins. Ce développement de la Techware inquiète Greenpeace, qui pointe depuis plusieurs années la pollution liée à la production de ces vêtements et la toxicité des produits utilisés.

Les textiles synthétiques

Les textiles techniques synthétiques sont composés de fibres de polyester pour évacuer l'humidité, de polyamide (Nylon), de l’élasthanne pour les vêtements près du corps, d’acrylique pour éviter le repassage, de polypropylène pour son imperméabilité... Toutes ces matières issue de la pétrochimie nécessitent une grande quantité d'eau, d'énergie, et l'utilisation ou la production de produits dangereux et persistants dans l'environnement (métaux lourds, formaldéhyde,...). Les teintures utilisées peuvent contenir des produits hautement toxiques, qui se retrouvent  dans les cours d'eau des pays de fabrication. L'utilisation des nanoparticules d'argent dans les vêtements anti-odeur n'est pas non plus sans poser question. Enfin, après chaque lavage en machine, les fibres synthétiques des vêtements se retrouvent dans les océans.

Schéma GoretexLes textiles imperméables et déperlants

Les fibres « structurant » le vêtement ne sont pas les seules mises en cause. Ce sont surtout les matériaux synthétiques imperméables qui sont pointés du doigt. Qu'il s'agisse d'une membrane imperméable collée (laminé) ou d'un enduit polymère déperlant de longue durée (Durable Water Repellent, DWR) l'imperméabilisation est généralement obtenue avec des fluoroplastiques (PFC comme le PFOA et ses alternatives présents dans les revêtements en Teflon) pour leur propriétés imperméables, leur déperlance, leur résistance à la chaleur, leur capacité à repousser la poussière,... Seulement, les PFC sont toxiques (impliqués dans des cancers, des problèmes thyroïdiens, l'obésité,..) et très persistants dans l'environnement où ils contaminent l'eau, l'air et la chaîne alimentaire. On les retrouve même dans les tissus animaux et humains.

En 2012, dans le cadre de sa campagne Detox, Greenpeace alerte le secteur et le grand public sur ce sujet : les vêtements de sports contiennent beaucoup trop de produits dangereux pour l'environnement et la santé. Des produits Gore tex, Teflon, Scotchgard, Stainmaster, Polartec contiennent des PFC et peuvent se retrouver dans des produits de marques comme Patagonia, North Face, Adidas, Columbia, Jack Wolfskin, Nike, Puma, Burberry, Disney...

Conscientes des enjeux certaines des marques interpellées se sont engagées dans la recherche d'alternatives et l'élimination de ces substances au plus tôt d'ici 2017 ou 2020. Selon elles, il est impossible avec les techniques actuelles de « fabriquer des vêtements outdoor durablement performants et anti-intempéries sans utiliser de produits chimiques tels que les PFC ».

En mai 2015 à Madrid, 200 scientifiques appellent la communauté internationale à l'élimination des produits contenant du PFC, textiles compris. Pour eux, la situation est comparable à celle ayant menée à l'élimination des chlorofluorocarbones (CFC) responsables de la destruction de la couche d'ozone. L’abandon des produits chimiques fluorés et le développement de substances alternatives constituent donc à la fois une urgence et un défi scientifique qui nécessite la collaboration de tous les acteurs.

Leur conseil aux consommateurs : Chaque fois que c'est possible, éviter les produits contenant des PFC et questionner l'utilisation de ces substances dans des produits de consommation courante.

« Let's detox the great outdoors »

Quelques alternatives existent et ne sont pas toujours si peu performantes que cela. L'utilisation de matières naturelles, recyclées (polyester ou polypropylène recyclé) ou hybrides (coton-polyester) se développe. L'industrie utilise également des enduits déperlants sans PFC, à base de polyuréthane (qui n'est pas des plus écologiques). Le marché voit aussi revenir des techniques de grande qualité de tissage et d'imperméabilisation traditionnelles en coton (tissage de type oxford, coton enduit ou ciré,...), exempt de PFC, mais onéreux.

De bonnes nouvelles qui ont aussi leur revers : la culture de coton est l'une des plus gourmande en eau et pesticides (mais garde un impact inférieur à celui des textiles synthétiques), la laine mérinos a fait un grand retour remarqué et le duvet ou le cuir restent des valeurs sûres, mais les conditions d'exploitation des moutons (pratique du mulesing notamment en Australie, gros producteur de laine Mérinos) et des canards et des oies (même problématique que le gavage) sont pointés du doigts par les associations de protection animale... En réponse, certaines marques ont adopté ou développé des normes et labels de traçabilité pour leur matière première...

  • Les labels Bio, Gots et commerce équitable pour le textile. Le label Oeko tex est assez exigeant et limite les PFOS  et PFOA depuis 2009. Par contre, il autorise les nanotechnologies à base d'argent.
  • La mention PFC-Free peut indiquer simplement que le déperlant utilisé ne contient pas de PFC (en général, du polyuréthane)
  • Duvet 100 % traçable, provenant d'oiseaux qui n'ont été ni plumés à vif, ni gavés. Traceable Down pour Patagonia, NSF Global Traceable Down Certification Standard,  Responsible Down Standard développé par The North Face, DOWN CODEX® pour la marque Montain.
  • Le label Bluesign  est une démarche volontaire de l'industrie textile de respect de la sécurité du consommateur, des émissions polluantes dans l'air et l'eau. Chaque matière première reçoit une note basée sur la toxicité et l'impact sur l'environnement afin de permettre un meilleur choix pour les industriels. De nombreuses marques participent au processus d'accréditation mais le logo apparaît sur peu de produit. Marques concernées : Patagonia, The North Face, VAUDE Sport, Helly Hansen, Haglöfs Scandinavia, R.E.I. Recreational Equipment, Deuter Sport.

On le voit le vêtement outdoor parfait n'existe pas encore (voir aussi le tableau ci-dessous) et, globalement, le secteur a encore de nombreux efforts à faire pour éliminer les substances toxiques de ces produits. De leur côté, les consommateurs ont un rôle à jouer en choisissant les alternatives quand c'est possible (sans sacrifier à la sécurité), en les entretenant bien et, surtout, en se demandant si réellement ils ont besoin d'une veste et de chaussures de montagne pour affronter l'hiver urbain et faire des balades en forêt ou si les enfants doivent  porter des vêtements techniques pour jouer dehors ? Pour aller plus loin, le Club Alpin Belge propose un guide complet sur le sport de plein air éco-responsable tandis que les Mountains Riders proposent un guide pour choisir les marques les plus responsables.

Textiles

Caractéristiques

Coton, chanvre, flanelle, bambou...

Outre les sous-vêtements, t-shirt, chemise, short, pantalon, chaussettes on trouve également des maillots de bain, des tricots, des vestes légères. Le coton reste très confortable et est idéal par temps chaud et sec. Il sèche assez lentement et maintient une certaine fraîcheur au  niveau de la peau. Lors de très forte chaleur, il peut être humidifié dans ce but. Par contre c'est un inconvénient par temps froid. Les fibres synthétiques sèchent plus vite, mais ne supportent pas l'exposition au feu).  Le coton est facile d'entretien et peut bouillir. Préférez des textiles issus de l'agriculture biologique et/ou du commerce équitable.

Laine (et laine Mérinos)

Il existe des sous-vêtements en laine, des pulls, des polaires, des chaussettes... Naturellement fongicide, bactéricide et anti-odeur (tout l'inverse des textiles techniques), la laine tient chaud même mouillée et évacue la transpiration plus rapidement que le coton. La laine mérinos est si fine qu'elle ne gratte pas et est plus légère qu'une polaire. Elle se lave à 30°C, sèche assez rapidement (plus lentement que le synthétique), et est ignifuge. Malgré son prix élevé, cela en fait un concurrent direct et d'origine naturelle aux textiles techniques. Cependant le traitement de la laine peut employer des produits toxiques. Certaines marques développent par ailleurs des textiles hybrides :  mérinos -synthétique.  Choisissez des vêtements en laine provenant de détaillants qui se sont engagés à ne pas se fournir en laine auprès de producteurs pratiquant le mulesing. (Devold, Woolpower, Bergans of Norway, Patagonia, Quechua et Icebreaker. Certaines marques confectionnent leurs produits en Europe : Woolpower (Suède) et Devold (Lithuanie)...

Synthétique

Les sous-vêtements, vêtements chauds, gilets, vestes, doudounes, pantalons en fibres synthétiques (la plupart du temps du polyester), sont hydrophobes, légers. Ils isolent bien même mouillés. Ils sont moins respirants et sèchent moins vites que la polaire. Ils sont propices au développement bactérien et dégagent assez vite de mauvaises odeurs liées à la transpiration. Certains fabricants proposent des textiles traités anti-odeur, dont l'efficacité ne résiste pas à des utilisations intensives. Ils sont également moins confortables que le coton, moins efficaces que le duvet ou la laine. Ils sont sensibles au feu. En général, les performances des vêtements synthétiques diminuent dans le temps mais ils sont très bon marché et faciles d'entretien.

Polaires

Les polaires sont fabriquées à base de fibres de polyester, PET (polyéthylène téréphtalate) et autres fibres synthétiques. Elles sont parfois issues du recyclage. Elles sont polyvalentes, chaudes, légères, très respirantes, bon marché, mais encombrantes et sensibles au feu. Elles isolent moins que la laine ou le duvet mais elles sèchent rapidement et tiennent chaud même humide. Facile d'entretien.

Duvet

Le duvet provient d’oies ou de canards. C'est toujours le meilleur rapport chaleur/poids du marché, peu encombrant et durable. Par contre il perd ses propriétés isolantes s'il est mouillé, sèche lentement, est cher et difficile d'entretien. Idéal pour se tenir chaud après l'effort : doudounes, gants, pantalons, sac de couchage...  Choisissiez des marques qui se sont engagées pour du duvet 100 % traçable. Les doudounes et sacs de couchage synthétique qui imitent le duvet sont composés d'ouate de polyester.

Textiles imperméables.

Les matières imperméables sont difficiles à éviter dans les vêtements de pluie, les chaussures, les sacs, les tentes, le matériel de couchage... 

Dans la plupart des cas, lorsqu'il faut se protéger du vent ou d'une averse, le K-Way (généralement en polyamide) suffit et pour des pluies plus importantes, il y a la cape de pluie ou le poncho (polyamide et enduction de polyurethane). Des coupes adaptées permettent l'évacuation partielle de la transpiration.

De nombreux vêtements sont aujourd'hui recouvert d'une membrane ou enduits d'un produit imperméable à l'eau et perméable à la vapeur d'eau, ce qui les rend respirantes (goretex, sympatex,...). Malheureusement ils contiennent généralement des PFC. Certaines marques proposent des produits PFC-free, en général en polyester, polyester recyclé, polycoton (un mélange de polyester et de coton) éventuellement traité avec une émulsion de polyuréthane qui pose moins de problèmes que les PFC. Entretenir ses vêtements imperméables est indispensables pour augmenter leur durée de vie. Ils se lavent à 40° puis se repassent sous un linge humide. La déperlance doit être renouvelée régulièrement (parfois sur une même randonnée) avec des produits spéciaux. Il s'agit d'un coût financier et écologique supplémentaire à tenir en compte pour les vêtements imperméables.

Le coton enduit, huilé ou ciré est une alternative. Il peut être recouvert d'un enduit à base de paraffine et de cire d'abeille, d’émulsion de polyuréthane ou de DRW pouvant tout de même contenir des PFC. Les vêtements de chasse ou d'équitation sont souvent fabriqués dans ces matériaux et certains puristes ne jurent que par eux. Silencieux, résistants, étanches, réparables, coupe-vent, respirants... ils sont aussi lourds et encombrants. Bien entretenus ce sont des vêtements qui peuvent durer 20 ans. On peut (ré-)enduire soi-même ses vêtements, en tout ou en partie (capuche, épaule, coudes, genoux, bas de pantalon...), à l'aide d'une cire ou de produits vendus dans les magasins spécialisés

Le coton technique est tissé de telle manière que le textile est naturellement imperméable : Etaproof , Ventile, Pedaled.

 

En savoir plus :

Sources :

Voir aussi