Comment concilier achats en ligne et environnement ?

Achat en ligne écologique
Achat en ligne écologique

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Dossiers n°131

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Le shopping en ligne est rapide et facile mais pas toujours très écologique. Alors comment acheter en ligne sans exploser son empreinte environnementale ?

Variété de choix, commande et paiement en trois clics, rapidité de la livraison... Par facilité et gain de temps, de plus en plus de consommateurs optent pour le shopping en ligne. Le chiffre d'affaires de l'e-commerce a augmenté de 42 % en un an en Belgique[1]. Les ventes en ligne devraient encore grimper de 10% cette année par rapport à 2016, d'après Coméos, le porte-parole du commerce en Belgique. 

Le shopping sur Internet peut être plus écologique que le lèche vitrines réel mais à certaines conditions. Alors magasin traditionnel ou boutique en ligne ? 

Quel shopping pollue le plus ?

En général, acheter un produit en ligne est plus écologique que prendre sa voiture pour aller acheter le même produit dans un magasin. Plusieurs études évoquent un impact environnemental deux à trois[2] fois plus faible[3]. Mais toutes les études ne sont pas d'accord entre elles. Une autre, de 2016, indique qu'acheter en ligne a un impact de 7 % supérieur à l'achat en magasin[4].

Mais tout dépend du comportement et du domicile de l'acheteur. Le commerce en ligne sort généralement gagnant de la comparaison. La boutique physique reprend le dessus si :

  • le magasin se trouve sur le chemin du travail (ou d'un autre trajet régulier)
  • on se rend au magasin sans voiture (à vélo, à pied, en transports en commun…)
  • le colis commandé en ligne est renvoyé parce qu'il ne convient pas / parce qu'on a changé d'avis
  • on a choisi une livraison super express pour avoir son colis à temps (cela augmente l'impact du transport)
  • les produits sont commandés de manière étalée, non groupée
  • on achète en ligne des articles du quotidien alors qu'on habite à côté d'un supermarché
  • etc.

En bref, pour un seul objet comparé et sans retour du produit, la vente en ligne est souvent plus intéressante que prendre expressément sa voiture pour aller l'acheter dans un magasin. Mais il vaut mieux aller à plusieurs acheter plusieurs choses dans un magasin traditionnel que commander en ligne trois objets différents par semaine et en retourner deux parce qu’ils ne conviennent pas… L'idée maîtresse : optimiser les achats et les trajets !

Et on n'oublie pas de choisir le sapin de noël le plus local et écologique possible.

Acheter petit ou local, en ligne

Il existe quantité de sites de vente en ligne qui n'appartiennent pas à l'un des géants de l'e-commerce. Certes, le marché est dominé par Amazon, qui est régulièrement accusé d'exploiter ses salariés,[5] de faire pression sur des éditeurs[6], de pratiquer une optimisation fiscale[7] plus que limite ou tout simplement de vouloir devenir incontournable quitte à ne pas faire de bénéfices[8].

Mais Internet permet aussi à des artisans de vendre leurs créations en limitant les frais. Ou à des petits commerces, parfois spécialisés, d'atteindre plus de clients sans multiplier les boutiques. Le consommateur peut donc privilégier des structures locales ou trouver des articles parfois peu répandus sans avoir à parcourir des kilomètres. 

Si le site n'est pas connu, il est judicieux de faire sa petite enquête afin d'éviter les arnaques.[9] Ethical consumer a compilé une liste des alternatives à Amazon. Si la liste est très anglo-saxonne, une recherche rapide permet de trouver de très nombreux sites de vente en ligne belges ou européens pour acheter en ligne à peu près tout ce que l'on veut.

Éviter les « pousse à la conso » en un clic

Commander en ligne est facile. Un site marchand bien fait facilite la commande et le paiement. Certains vont encore plus loin et poussent à la commande en un clic. Plus besoin de faire toute la procédure d'achat, un clic suffit.

Dash bouton de l'e-commerce

Il y a pire. Amazon a lancé récemment un petit appareil (de la taille d'une grosse clé USB) dont le rôle est unique : commander, quand on appuie dessus, un produit de consommation courante préalablement configuré via l'app dédiée. Plus de lessive ? Appuyez sur le DASH bouton – c'est son nom – et il commandera automatiquement le produit de lessive préenregistré (et uniquement ce produit-là ; il faut plusieurs appareils si on veut commander des produits différents !).

Si le système prévoit certes d'annuler une commande passée involontairement, cela pousse à la consommation, et surtout à la consommation « par petits coups », qui plombe justement le bilan environnemental de l'e-commerce. Le site Les Numériques en a fait un test intéressant.

Se méfier des promos et des prix barrés

L'e-commerce est friand de publicités, promos et actions en tout genre. Les pubs sont de plus en plus personnalisées. On fait une recherche pour savoir comment réparer son grille-pain en panne et comme par magie des offres pour des grille-pains tout neufs, moins chers que pas chers, apparaissent dans les mails, en marge des moteurs de recherche, sur le site d'info qu'on consulte ou directement dans son fil Facebook.

À cela s'ajoutent les promos. Le Black Friday – pourtant lié au Thanksgiving typiquement américain – a généré en France en 2016 40 % de trafic en plus et des ventes multipliées par deux par rapport à une période « normale »[10]. C'est similaire à ce qui se passe à Noël ou pendant les soldes d'hiver !

Enfin, de nombreux sites marchands affichent un « prix public » barré et indiquent la réduction dont ils font profiter le consommateur. Ce n'est pas très différent des soldes ou des actions spéciales que tout magasin peut faire… mais avec la facilité de la commande depuis son canapé. Il est toujours intéressant de vérifier à quel prix se vend le produit habituellement (par exemple avec un trackeur de prix ou un comparateur comme idealo.fr, comparer.be, kelkoo…). Comparer avec le tarif habituel évite parfois d'acheter trop vite en pensant profiter d'une super-promo accessible uniquement pendant 48h ! Et si une perceuse en vente flash sera effectivement moins chère qu'au prix plein, elle restera plus chère que « pas de perceuse du tout », surtout si le voisin veut bien prêter la sienne.

Devenir un pro du produit avant de l'acheter

Devoir renvoyer un produit plombe le bilan environnemental d'un achat en ligne. On évite donc de commander plusieurs produits « pour essayer » avant de réexpédier la moitié en profitant du retour gratuit. Comme dans un vrai magasin, il est utile de se demander avant l'achat si on a vraiment besoin du produit, puis de le choisir avec soin.

Comment connaître un produit sur le bout des doigts sans jamais le toucher ?

Pour les vêtements : explorer le guide des tailles

Il est difficile d'acheter un vêtement en se basant simplement sur sa taille « habituelle ». De plus, de nombreux vêtements sont donnés en taille française, allemande, américaine…

Les sites de vente en ligne proposent parfois d'autres infos :

  • Un guide des tailles. Prendre ses mesures (tour de taille, de poitrine, entrejambe, etc.) et les comparer au guide devrait permettre de trouver… chaussure à son pied.
  • Le type de coupe. Pour une même taille, une coupe slim, regular ou relaxed influence le port du vêtement. Ces informations sont parfois données sous forme de « taille grand » ou « près du corps ». Les pantalons sont parfois vendus en plusieurs longueurs de jambes, ou en versions « courtes » ou « longues ».
  • Les mensurations du mannequin portant le vêtement présenté. Si on se rapproche de ses mensurations, cela peut donner une idée du résultat final sur soi.
  • Les dimensions exactes des vêtements. Pratique pour soi mais aussi en cas de cadeau. Quelques mesures sur un vêtement dans l'armoire et on est certain de ne pas commettre d'impair !

Pour les appareils électriques et électroniques : lire les tests des sites spécialisés

Un bon ordinateur est un ordinateur qui répond au besoin de l'utilisateur. Si on écrit souvent de longs textes, on sera attentif à la qualité du clavier. Si on aime regarder des photos ou qu'on utilise beaucoup son ordinateur portable ou sa tablette dehors, on recherchera une bonne qualité d'écran.

D’autres sites critiques utiles :

  • Les Numériques publie des guides d'achat pour les ordinateurs, les smartphones, le petit électro, les gros électroménagers, les télévisions, les appareils photos… Ils permettent de se faire une meilleure idée de ce que l'on projette d'acheter.
  • Notebookcheck.net (version complète en anglais/allemand, mais de nombreux articles sont traduits) propose des tests très poussés d'ordinateurs portables, de tablettes et de smartphones.
  • Camerasize (en anglais) permet de se rendre compte de la taille d'un appareil photo (du compact au reflex) sans avoir besoin d'en voir un « vrai » en magasin.
  • Ifixit (multilingue) donne une idée assez précise de la réparabilité de l'appareil électrique ou électronique convoité.

Pour tout le reste

Dans tous les cas, il est très utile de lire les commentaires des clients sur les sites marchands ou les sites des marques (qui ont souvent le bon goût de laisser les commentaires négatifs). Cela reste une bonne source d'information, même s'il faut toujours veiller à lire tant les bons que les mauvais avis, pour se faire une idée plus juste. Outre d'éventuels faux commentaires, une personne n'est pas l'autre et un même produit peut avoir deux avis différents mais honnêtes et pertinents tous deux.

Commander à temps et grouper ses achats

La tendance actuelle est plutôt de livrer le lendemain un colis commandé la veille, voire de livrer dans les « deux heures un colis commandé avant 17h » ou même encore de « livrer dans l’heure » certains produits spécifiques.

C'est très tentant en tant que client, mais risque de générer plusieurs trajets provenant d'achats impulsifs là où une commande groupée n'en nécessite qu'un. Cela peut aussi entraîner des transports personnalisés ou hors tournées habituelles desservant plusieurs consommateurs sur la journée.

Le géant de la vente en ligne propose aussi un compte « premium » qui offre notamment la livraison gratuite en un jour ouvré sans montant minimum de commande. Un privilège qui coûte 50€ par an, renouvelé automatiquement. Depuis le lancement de ce service, la livraison classique est étrangement devenue plus lente. Une manière de fidéliser les clients... qui incite à la livraison rapide. Il y a de nombreuses critiques sur le Net à propos de cette nouvelle politique[11].

La stratégie réduit encore plus la concurrence. Pourquoi aller acheter ailleurs si on paie déjà un forfait de livraison ?

Préférer un emballage réduit si possible

Des colis suremballés dans l'e-commerce

On a rarement le choix de l'emballage lorsque l'on commande en ligne. Il est parfois possible de demander l'envoi du colis dans l'emballage d'origine du produit (offrant souvent une protection suffisante). Certains sites proposent de donner son avis sur l'emballage utilisé. Si rien n'est précisé, ne pas hésiter à contacter le fabricant et/ou le vendeur pour signaler tout suremballage !

Selon une récente étude2 effectuée sur 621 paquets envoyés en Belgique, le taux de remplissage des boîtes n'est que de 63 % en moyenne. Réduire de 20 % la taille de l'emballage permettrait d'utiliser moins de camions, voire de les remplacer par des véhicules plus petits (et donc moins polluants).

Faire livrer en point relais

Une façon de limiter l'impact environnemental des envois est de se faire livrer en point relais ou dans un lieu où une présence est assurée toute la journée. Faire livrer dans un point de dépôt ou au bureau par exemple évite l'attente du livreur ou un passage supplémentaire (et donc un trajet en plus). Selon le VIL (Vlaamse Instituut voor de logistiek), faire attendre un livreur 5 minutes au lieu de 2 augmente l’impact CO2 d'un paquet de 87 % !

Bien sûr, il est primordial de choisir un point-relais situé sur un chemin que l'on emprunte habituellement, sans devoir faire un grand détour.

Acheter en magasin…

Acheter en ligne est une possibilité parmi d'autres. Le magasin « en dur » garde toute son importance, surtout pour des articles pour lesquels on recherche un conseil personnalisé ou si l'on souhaite pouvoir voir, toucher ou tester un produit. En évitant de pratiquer le showrooming (le fait de se rendre chez un commerçant pour évaluer un produit qu’il achètera en ligne souvent moins cher)[12]!

… ou ne rien acheter, c'est aussi possible !

Certains réflexes permettent d'optimiser les achats et les trajets. Que l'on soit plutôt e-commerce ou plutôt magasins traditionnels, le meilleur conseil pour l'environnement et le portefeuille reste encore de n'acheter que ce dont on a besoin ! Greenpeace estime qu'on achète deux fois plus de vêtements qu'avant, tout en les utilisant… deux fois moins longtemps. Et là il faut bien avouer que la facilité du commerce en ligne peut pousser à consommer plus.

Raison de plus pour prendre le temps de réfléchir. Avant de cliquer sur « acheter », on s'interroge : ai-je vraiment besoin de ceci ?

En cette période de fêtes, l'anticipation est le mot clé. L'achat en ligne ne devrait pas être la solution de dernière minute parce qu'on n'a rien trouvé et qu'on s'y est pris trop tard. Une séance de ciné, des cookies maison, un stage de peinture, deux heures de petits travaux dans la maison, un carnet avec les recettes de cuisine de famille...

Offrir du temps, des services ou des cadeaux faits maison, ça ne demande ni livraison express ni shopping dans la foule la veille de Noël !

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1 Cet article fait un peu le tour des différentes inquiétudes.

2 De kost van lucht van webshop tot bij u thuis – Vlaamse Instituut voor de logistiek

Sources

Voir aussi