C’est quoi le problème avec les fleurs ?

Production de fleurs équitables. Photo : Fairtradebelgium.be
Production de fleurs équitables. Photo : Fairtradebelgium.be

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La production des fleurs ne respecte pas toujours l’environnement et les droits des travailleurs.

Derrière un joli bouquet se cache souvent une autre vérité. La culture conventionnelle des fleurs est très polluante : utilisation de pesticides, consommation d’énergie, transport… Dans les pays lointains, on profite en plus d’une main d’œuvre bon marché. Mais les cultures européennes ont aussi des impacts négatifs sur l’environnement.

1. La consommation d’énergie

La production d’un bouquet de fleurs demande beaucoup d’énergie. C’est l’énergie grise, nécessaire de sa production à sa vente : fonctionnement des machines, chauffage de la serre, livraison par avion… L’impact environnemental des fleurs dépend beaucoup du mode de culture et du transport.

Les fleurs européennes

Les pays européens représentent près de 28% des cultures horticoles mondiales.[1] La Belgique n’est pas en reste. Elle destine 5 400 hectares aux cultures de fleurs et plantes ornementales, pour une production valant 773 millions d’euros en 2015.[2]

Chez nous, on produit des fleurs en plein air ou sous serres. Sans surprise, ll’environnement trinque si on cultive les fleurs sous serre chauffée : cela nécessite 10 fois plus d’énergie qu’en plein air.

Finalement, cultiver des fleurs dans des serres chauffées aux Pays-Bas consomme autant d’énergie et génère autant de CO2 que de les importer du Kenya.[3]

Après la récolte, les plantes sont fragiles. Il faut les réfrigérer et donc encore utiliser de l’énergie pour faire fonctionner les frigos.

Il vaut donc toujours mieux privilégier des fleurs locales et de saison, cultivées en plein air.

Les fleurs importées du sud

Si la Belgique exporte des plantes, elle importe ses fleurs coupées : plus de 126 millions de roses en 2015.[4] Et celles-ci proviennent en majorité des Pays-Bas et du Kenya. Ça ne signifie pas que les Pays-Bas produisent toutes ces fleurs : nos voisins en importaient quelques 3 milliards du Kenya en 2010, dans le but de les exporter dans le reste de l’Europe.[5] Le Kenya est donc un gros producteur, il assure plus d’un tiers de la production mondiale de roses.[6]

D’autres pays du sud produisent aussi de grandes quantités de fleurs pour nous : l’Éthiopie, le Costa Rica, la Colombie et l’Équateur. Leur climat est propice aux cultures : beaucoup de soleil, des températures clémentes et un taux d’humidité idéal.

Mais cela pose des problèmes d’approvisionnement en eau à certains endroits. Des drames écologiques et humains ont lieu quand les cultivateurs assèchent et polluent les lacs pour cultiver les fleurs.[7]

Après leur production, il faut encore transporter les fleurs jusqu’aux distributeurs. Près de 95 % des fleurs à destination de l’Europe voyagent en avion.[8] Un vol de 72 heures pour les roses du Kenya.[9] Ces transports quotidiens émettent beaucoup de gaz à effet de serre et contribuent aux changements climatiques. L’idéal est de privilégier le transport par bateau depuis les pays lointains.

2. Les produits nocifs

Les producteurs de fleurs utilisent beaucoup de produits chimiques : herbicides, insecticides, engrais synthétiques... Et puisque les fleurs ne sont pas destinées à l’alimentation, ils ont souvent la main lourde. On utilise environ deux fois plus de pesticides dans une serre de fleurs que de légumes[10].

La situation est encore plus grave dans le sud :

  • Les pays du sud autorisent encore certains pesticides interdits en Europe, comme le DDT. Cet insecticide organochloré persiste très longtemps dans l’environnement et s’accumule dans les tissus animaux et humains.
  • La culture à ciel ouvert favorise la propagation des maladies. Les traitements sont alors plus nombreux que sous une serre non chauffée. En plein air, les polluants se dispersent bien plus facilement.
  • Ces produits impactent la santé des travailleurs qui ignorent le danger, manquent de formations et de matériel adéquat. Ils présentent des éruptions cutanées, des essoufflements, des troubles de la fertilité…
  • L’eau, déjà rare, ainsi que l’air et les sols sont contaminés par les résidus chimiques.

3. Les conditions de travail

Dans les pays en voie de développement concernés, la culture des fleurs est vitale pour l’économie. Mais cette croissance se fait souvent au détriment des travailleurs :

  • Les travailleurs manquent d’accès à l’éducation. Leur scolarité s’arrête souvent à l’enseignement primaire.
  • Les salaires sont faibles.
  • 75 % des travailleurs sont sans emploi fixe. On les engage sur base temporaire, ce qui génère instabilité, précarité et impacte leurs droits : pas d’assurance, ni de vacances ou de congé maternité.
  • La majorité des travailleurs du secteur sont des femmes âgées de 18 à 35 ans. Les employeurs les recherchent pour leur délicatesse. Mais elles se retrouvent alors exposées aux produits chimiques lors de leurs grossesses. Et subissent souvent des intimidations sexuelles en échange d’un jour de congé ou d’un CDI.


Les fleurs étrangères permettent aux travailleurs d’obtenir un salaire et d’espérer un futur meilleur. Mais on choisit alors des fleurs équitables et écologiques, porteuses d’un label.

Ne sont-elles pas encore plus belles si les travailleurs qui les produisent bénéficient d’une rémunération juste, de conditions de travail correctes et voient leurs droits fondamentaux respectés ?
 

Sources


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[1] Ce chiffre comprend arbres, arbustes et buissons vivants et les autres produits fournis habituellement par les horticulteurs, les pépiniéristes ou les fleuristes. Source : http://ec.europa.eu (pdf)

[5] Source : befair.be

[7] Source : Le Monde

[8] Source: florinews.com

Voir aussi