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Du conseil à l'action

 

Quel carburant pour ma voiture ?

L’Art d’éco... consommer n°01 - Dossier
(février 2005)

Il y a, actuellement, près d’une voiture pour deux habitants en Belgique. C’est énorme, surtout si l’on met en parallèle la consommation mondiale de pétrole et le développement de pays dits émergents qui risque aussi de provoquer l’augmentation du nombre de véhicules. Outre ce problème de taille, il y a également un problème de pollution de l’air. A ce propos, essence, diesel ou LPG ?

Les carburants automobiles que l’on utilise actuellement polluent tous, mais de manière différente... de sorte qu’il est très difficile de pouvoir établir une hiérarchie objective de la pollution. En tout état de cause, en Belgique et en 1981, la part du diesel dans les immatriculations de voitures neuves était de 17%. En 2003, elle était de 67% ! L’évolution technique des moteurs diesel et la fiscalité plus intéressante ne sont évidemment pas étrangères à cette envolée.

Quels polluants ?

Théoriquement, la combustion d’un carburant issu du pétrole ne devrait produire que du CO2 et de l’eau, soit deux composés « inoffensifs », du moins directement. En pratique, ce n’est pas le cas. CO, CO2, HC, NOX, PM, COV sont les petits noms usuels des principaux polluants qui sortent de nos pots d’échappement. Que peut-on en dire ?

Le CO, ou monoxyde de carbone est aussi appelé « le tueur silencieux  » des chauffe-eau. Il provient de la combustion incomplète du carburant. Son effet est pernicieux : il prend la place de l’oxygène dans le sang, ce qui asphyxie progressivement la personne qui le respire.

On n’a plus besoin de présenter le CO2. Inoffensif tel quel, il est en partie responsable de ce que l’on appelle le réchauffement climatique ou « effet de serre ». A cause de lui, nous vivons de plus en plus sur une Terre qui ressemble à une véranda en plein soleil : la température grimpe, grimpe... sans que nous ayons la possibilité d’ouvrir une fenêtre !

Les HC sont les hydrocarbures imbrûlés, c’est-à-dire du carburant qui ressort « tel quel » du moteur.

NOX est l’appellation générique des oxydes d’azote. Ceux-ci sont actifs dans la production d’ozone, un gaz responsable d’affections respiratoires et participant à l’effet de serre. Ces NOX participent également au phénomène des pluies acides.

Les PM sont les particules, c’est-à-dire des poussières carbonées sur lesquelles peuvent s’accrocher divers polluants. Ces particules s’infiltrent dans les poumons et ont un effet qui va du « simple » problème respiratoire au développement de cancers. Deux grandes familles de particules existent, celles de moins de 10 µm (microns) et celles de moins de 2.5 µm. Ces dernières, extrêmement fines, sont les plus problématiques car elles vont jusqu’aux alvéoles pulmonaires sans être arrêtées par les différents filtres de notre appareil respiratoire.

Enfin, les COV sont des composés organiques volatils. Le benzène est l’un d’entre eux. Ils sont cancérigènes ou suspectés de l’être.

Globalement, tous les moteurs des voitures que nous connaissons actuellement produisent ces différents polluants, mais à des niveaux qui ne sont pas les mêmes. Comparons les trois principaux : l’essence, le diesel et le LPG.

Qui rejette quoi ?

Le moteur à essence bénéficie de l’apport du catalyseur depuis de nombreuses années. Sont effet est très important car il permet de réduire considérablement les polluants émis par ce type de moteur. Suivant les normes actuelles, le moteur à essence est plus polluant en termes de HC et de CO mais relativement « propre  » pour les autres polluants.

Le diesel a deux inconvénients majeurs par rapport à l’essence. Le premier est l’émission d’oxydes d’azote. Leur production importante est propre au fonctionnement du moteur diesel. Il est possible de les réduire au moyen de catalyseurs spéciaux (dits DeNOX), malheureusement encore non commercialisés (mais ils existent !). Le deuxième inconvénient, et peut-être même le premier en importance, est la production de particules. En effet, là où un moteur à essence n’en émet pas ou presque, un moteur diesel en produit, au mieux 25 mg/km (norme Euro 4 et Euro 5, les plus récentes). La solution existe pourtant : elle s’appelle filtre à particules (ou FAP). Ce dispositif permet de capturer la quasi-totalité des particules émises et de ramener les émissions à celle d’un moteur à essence, c’est-à-dire peu de choses. Malheureusement, il est très difficile de trouver un modèle équipé de ce filtre ! En Belgique, seules quelques marques en équipent certains de leurs haut de gamme. Ce qui, en définitive, ne nous laisse pas beaucoup de choix, sans parler du prix ! D’autres marchés, plus sensibles à l’argument écologique, sont mieux fournis. La Suisse en fait partie. La liste de tous les modèles équipé d’un FAP est disponible ici : http://www.energieetikette.ch Les modèles de cette liste pourraient être vendus en Belgique. Malheureusement, il n’y a pas d’incitants financiers, peu d’intérêt de la part des automobilistes (et les plus motivés doivent faire face à un manque cruel d’information) et la capacité de production de ces filtres est encore limitée.

Enfin, le LPG est le carburant le plus propre des trois. Cela vient essentiellement du fait de sa simplicité, qui améliore sa combustion et permet également de rejeter moins « d’impuretés ». Seul point négatif, il génère une production de CO2 un peu plus élevée que les autres carburants. Malheureusement, le LPG est de moins en moins soutenu par les constructeurs et les autorités publiques (disparition de la prime à l’installation). Certes le carburant est très bon marché (dans les 36 centimes au litre), mais comparé à la consommation d’un diesel, même à plus de 80 centimes le litre, l’avantage financier est moins évident qu’auparavant. La technique est pourtant au point : les constructeurs proposent des alternatives LPG de leurs principaux modèles dans les pays où ce carburant est populaire. Comme le filtre à particules, en somme.

Alors, qui pollue le plus ?

Il n’y a pas vraiment de solution idéale. Il faudrait en effet une voiture hybride qui aurait la consommation d’un moteur diesel (moteur économe) et la pollution d’un modèle LPG (moteur «  propre »).

Actuellement il existe cependant trois possibilités d’acheter plus propre :

  • acheter un diesel muni d’un FAP et de préférence d’un catalyseur DeNOX ;
  • acheter un véhicule au LPG ;
  • acheter un véhicule hybride.

Acheter une voiture propre !

Le gouvernement fédéral a instauré depuis le premier janvier de cette année la possibilité de déduire fiscalement une partie du prix d’achat d’une voiture produisant moins de 115 g de CO2/km. Concrètement, vous pouvez déduire 15% du prix d’achat de vos impôts si la voiture produit moins de 105 g de CO2/km et 3% si elle produit entre 105 et 115g de CO2 par kilomètre parcouru (avec un maximum de 3280 euros déductibles).

Ces modèles « propres » (les guillemets sont importants  !) sont actuellement au nombre de sept pour les « moins de 105 » et de 27 pour les « 105-115 ». Evidemment, plus des trois quarts de ces modèles sont des diesels... puisque l’on privilégie la production de CO2, donc la moindre consommation. C’est bien là le paradoxe de cette nouvelle promotion « verte » : si elle favorise l’achat de véhicules économes en carburant, elle favorise de fait l’achat d’une voiture diesel qui, comme on l’a vu, produit au mieux six fois plus de particules fines qu’un moteur à essence. Une prime à l’installation d’un filtre à particules ou une déduction fiscale étendue à certains modèles essence, certes un peu plus gourmands mais autrement moins « poussiéreux », serait plus équitable. Etablir des critères spécifiques en fonction du carburant, c’est d’ailleurs déjà ce qui est fait pour le classement en classes de consommation. Une voiture de consommation « A » essence produit moins de 100g de CO2/km, alors qu’un modèle diesel doit être en-dessous de 85 pour obtenir le même classement. Pourquoi dès lors ne pas différencier essence et diesel aussi pour les déductions fiscales ?

Les autres solutions

Des carburants alternatifs ou des véhicules plus économes existent déjà. Il y a le biodiesel (produit à partir de végétaux), l’hydrogène (pollution nulle à l’émission), le méthanol... Le dernier numéro du REactif, la revue de l’administration wallonne de l’énergie, consacre son dossier aux biocarburants. Ce numéro est disponible ici : http://energie.wallonie.be. Cela dit, les seuls véhicules réellement alternatifs effectivement commercialisés restent la Toyota Prius deuxième du nom et la Honda IMA. La Prius est d’ailleurs la seule voiture à essence répertoriée en-dessous de 105g/km dans le guide fédéral sur le CO2. Malheureusement, ce rêve automobile est vendu 27.000 euros.

Le seul truc qui marche : laisser la voiture au garage

Et oui, tout comme le meilleur déchet est celui qui n’existe pas, la meilleure voiture est celle qui reste au garage ! Ce qui ne signifie pas nécessairement se passer de voiture, même si cela reste envisageable notamment en ville, mais bien l’utiliser de manière plus rarement voire de la partager (car-sharing). Car même si nous avions une solution « propre », il resterait la question de l’épuisement des ressources naturelles qui reste un problème très préoccupant.

Allez, roulez jeunesse ! *

* mais à vélo, de préférence ! ;-)

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