La compensation volontaire des émissions de CO2
(2008)Notre mode de vie provoque d’importantes émissions de gaz à effet de serre (GES) : l’équivalent 14,3 tonnes de CO2 par personne et par an en Belgique.
Nous pouvons poser des choix et adopter des comportements qui diminuent ces
émissions de CO2 : nous déplacer le moins possible
en voiture, mieux utiliser le système de chauffage, améliorer
l’isolation du logement, prendre des douches plutôt que des bains, choisir
des produits locaux et de saison, …
Voir fiche n°29 : “Lutter contre l’effet de serre”
En plus de cela, nous pouvons choisir de compenser les émissions de CO2 que nous n’avons pas pu (ou pas eu envie) d’éviter.
Compenser les emissions ?
La compensation des émissions de CO2 consiste à payer un montant
donné pour financer des projets permettant d’éco-nomiser une quantité
de CO2 équivalente au CO2 émis.
Ces projets permettent soit de capter le CO2 (plantation d’arbres essentiellement)
soit de diminuer les émissions de CO2 à la source (meilleure efficacité
énergétique, utilisation d’énergies renouvelables en lieu
et place d’énergies fossiles).
Mais attention, la compensation constitue tout au plus un moyen d’atténuer les effets de notre mode de vie. Il ne s’agit pas de consommer de manière effrénée en imaginant que quelques dizaines d’euros suffiront pour gommer nos excès !
Avion et compensation
Il est possible de compenser les émissions de notre logement, de nos déplacements ou des activités de bureau, il suffit pour cela de pouvoir quantifier ces émissions.
Pour les voyages en avion, la compensation est particulièrement intéressante car, dès que l’on monte dans un avion, la facture en gaz à effet de serre (GES) est salée :
- un A/R Paris-New York provoque l’émission de 1250 kg de CO2 par passager. Lorsque l’on prend en compte l’ensemble des émissions de l’avion, l’effet sur l’atmosphère est équivalent à celui de 3400 kg CO2 par passager… soit autant que le chauffage d’une maison pendant toute une année !
- le transport aérien est responsable de 3 % des émissions des gaz à effet de serre dans l’Union européenne (chiffre à multiplier par 2 ou 3 pour tenir compte des autres émissions des avions). La majorité des émissions sont dues aux vols internationaux, qui ne sont pas soumis à des objectifs au titre du Protocole de Kyoto.
- les émissions de GES produites dans l’Union européenne par l’aviation internationale ont augmenté de 87 % entre 1990 et 2004 et le trafic aérien devrait plus que doubler entre 2005 et 2020.
- contrairement aux carburants automobiles, le kérosène des
avions n’est pas taxé.
Ne faut-il plus prendre l’avion pour autant ? Disons plutôt qu’il faut
utiliser l’avion à bon escient, ce qui n’est pas tout à fait dans
l’air du temps quand on voit le succès des compagnies low cost !
Voir la fiche 102 “Le transport aérien”
L’offre de compensation
De plus en plus de sites proposent de compenser les émissions de CO2. Pour le moment, c’est http://www.atmosfair.de qui est le plus recommandé.
Plusieurs sites belges proposent ce service, notamment http://www.compenco2.be (initative d’Oxfam Wereldwinkels, de Webfabriek et d’Ecolife) et http://ww.co2logic.be.
D’autres sites souvent cités :
- www.myclimate.org (Suisse)
- www.climatecare.org (UK)
- www.CO2solidaire.org (France)
- www.actioncarbone.org (France)
- www.climatmundi.fr (France)
...et il y en a des dizaines d’autres.
Comment ça fonctionne ?
La démarche de compensation comporte trois étapes :
- le calcul des émissions de GES du demandeur. Idéalement, des recom-mandations pour réduire autant que possible ces émissions sont proposées à ce stade
- la conversion en coût de compensation et la proposition d’un projet de réduction de GES à soutenir,
- le suivi et le contrôle du projet, car le client doit avoir la garantie de la réalité du "gain de CO2" obtenu grâce à son financement
Selon l’ADEME, pour être valable, le mécanisme de compensation doit répondre à quatre exigences :
- additionalité des projets : les réductions d’émission générées par les projets n’auraient pas eu lieu autrement ;
- validation de l’unicité des projets : ces réductions d’émissions ne sont vendues qu’une fois ;
- pérennité des projets dans le temps et validation (ou certification) de la réalité des gains en CO2 ;
- vérification et traçabilité des financements des particuliers, des entreprises et des institutions aux opérateurs de compensation.
Quels critères de choix ?
Il y a une grande disparité dans l’offre des opérateurs de compensation. Voici quelques éléments pour vous guider dans votre choix.
La certification des projets
Le Protocole de Kyoto ne pose pas de limitations d’émissions
de gaz à effet de serre pour les pays en développement. Or les
émissions de ces pays sont en croissance, surtout dans le cas des pays
à forte population tels que la Chine et l’Inde qui connaissent
une rapide expansion de leur production industrielle.
Etant donné que le réchauffement est un phénomène
planétaire, le Protocole inclut des dispositions pour soutenir des réductions
dans les pays non tenus par des objectifs de limitation des émissions.
Le Mécanisme de Développement Propre (MDP) permet aux pays industrialisés
de financer des projets de réduction des émissions dans les pays
en développement et d’obtenir en contrepartie des crédits
de réduction d’émissions certifiées (CER). Pour être
certifiés, les projets MDP doivent respecter ces critères et être
approuvés par l’instance nationale du pays proposant le projet et par
le bureau exécutif du MDP.
La procédure de certification des projets MDP est longue, complexe et
onéreuse (les coûts associés à cette démarche
d’enregistrement dépassent parfois le coût du projet), elle
n’est donc pas adaptée aux petits projets, même s’il
existe des simplifications possibles.
La plupart des petits acteurs sur le marché ont donc choisi leurs propres
standards suivant leurs propres critères, ils donnent lieu à des
réductions d’émissions vérifiées (VER).
Les réductions peuvent donc être de type CER ou VER, sans que
cela influe sur leur qualité. Par contre, ce qui importe c’est
la manière dont les projets sont sélectionnés et dont les
réductions sont vérifiées, d’où l’importance
des standards.
Les opérateurs de compensation peuvent utiliser leurs propres standards
pour choisir et vérifier leurs projets ou faire appel à des standards
reconnus. Certains utilisent des méthodologies de type MDP pour leurs
projets d’émissions vérifiées.
La référence à l’heure actuelle est le Gold Standard (http://www.cdmgoldstandard.org/)
qui a été initié par des ONG internationales dont le WWF.
Dans le Gold Standard, seuls les projets d’énergies renouvelables et
d’efficacité énergétique sont recevables (les projets de
reboisement sont exclus).
Le développement durable est pris en compte dans le Gold Standard : des
procédures de consultations des parties prenantes sont mises en place
dès la phase de préparation du projet et des indicateurs garantissent
l’impact positif du projet.
Les calculs des émissions
Un calcul des émissions de CO2 sur différents sites pour un même voyage donne des résultats très variables ! Cela est dû aux hypothèses utilisées. Pour les voyages en avion, certains sites ne prennent en compte que les émissions de CO2 tandis que d’autres appliquent un facteur de multiplication pour tenir compte des autres émissions.
Les types de projet
Les projets qui visent à réduire les émissions de CO2
à la source sont à préférer aux projets "puits
de carbone" comme des plantations d’arbres.
En effet, la séquestration de carbone par les arbres n’est que temporaire
: le CO2 est restitué à l’atmosphère lorsque
l’arbre se décompose ou est brûlé. D’autre part la
quantité de CO2 séquestrée dépend du
type d’arbre, du sol et les réductions d’émissions sont souvent
plus difficiles à évaluer par rapport à une situation ou
le projet n’aurait pas eu lieu.
Localisation des projets
Il est préférable de soutenir des projets dans des pays en voie
de développement.
Ce sont les habitants des pays les plus riches qui émettent le plus de
CO2 et qui prennent le plus l’avion. Mais les nuisances sont planétaires
et les projets de compensation peuvent être un moyen de redistribution
des richesses vers des populations moins favorisées, même si ce
n’est pas le meilleur.
La transparence
Compenser un A/R Paris-New York coûte entre 8 et 80€ suivant l’opérateur
choisi (écart dû aux différences de calcul des émissions
mais aussi du prix de la tonne de CO2).
Faut-il choisir le prix le plus élevé pour avoir
des projets de meilleure qualité ?
Pas nécessairement : ce qui compte c’est de savoir comment les
organismes de compensation utilisent les fonds reçus (part consacrée
aux projets de réduction et part couvrant les frais administratifs),
quels standards sont utilisés, qui effectue les vérifications
(l’opérateur lui-même ou un organisme spécialisé
externe), quelles sont les réductions de CO2 effectives...
Ces données devraient être disponibles dans des rapports annuels
et sur les sites Internet des opérateurs de compensation mais ce n’est
pas toujours le cas.
Pour aller plus loin :
- Les prestataires de la compensation volontaire de gaz à effet de serre, état des lieux, ADEME, nov 2006
- Etude comparative des programmes de compensation volontaire de CO2 en Belgique, André Heughebaert, pour IEW, 2008.
- http://www.compensationco2.fr (France)

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