Le sperme de saumon, ça sert à tout quand même !

Saumon
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Le sperme de saumon permettrait de produire du plastique. Chouette alors !

Quand Monsieur Baekeland inventa le « premier plastique » en 1907, [1] je parie qu’il n’avait pas imaginé au moins deux choses :

  • que son invention donnerait naissance à une industrie et une utilisation très décriés en 2022 ;
  • que l’on pourrait faire des plastiques à base de sperme de saumon.

Non non, ce n’est pas un test pour voir si vous êtes bien attentifs : on peut réellement fabriquer du plastique à base de sperme de saumon.

Alors, dans le futur, mes amis, être saumon ne va pas être facile.

Déjà, la nature vous a affublé d’un cycle reproductif parfaitement épuisant. Sérieusement : qui a inventé cette idée de devoir remonter les rivières à contre-courant juste pour aller se reproduire ? Et encore, ça c’est si vous échappez aux ours, avides de chair fraîche. C’est retors quand même. Tout ça pour que vos gosses puissent dévaler gentiment les rivières sans effort (quel dévouement).

Si tout ça n’était déjà pas assez difficile, l’être humain vous enferme dans de gigantesques bassins où on vous gave de nourriture, d’antibiotiques et où vous nagez littéralement dans les petites (ou grosses) commissions de vos congénères.[2] Tout ça pour finir sous vide après avoir visité la Pologne. [3]

Trop chouette.

Mais en plus de tout ça, voilà-t-y pas qu’une équipe de chercheurs chinois invente un plastique à base de sperme de saumon.

C’est carrément de l’acharnement !

Avouez qu’en tant que saumon, il y a de quoi avoir l’écaille inquiète.

Bon, au-delà des gros titres que l’on a pu voir sur le sujet, il nous faut bien révéler le fond des choses : en réalité on n’utilise pas vraiment du sperme de saumon. Le principe est plutôt d’utiliser de l’ADN comme matière première pour fabriquer des matières plastiques. Ce qui permet d’utiliser tout ce qui contient de l’ADN comme matière première : déchets végétaux, bactéries, algues…

Pourquoi les chercheurs ont utilisé du sperme de saumon pour démontrer la chose, je l’ignore (et je ne veux pas savoir).

Est-ce que c’est une bonne idée ? Certes, on met en avant les bénéfices environnementaux de cette « nouvelle » façon de faire du plastique : l’impact est faible (moins de 5 % des émissions de carbone d’un plastique traditionnel) et Il est possible de recycler ce plastique en le plaçant dans l’eau.

Ah bon, cela voudrait-il dire que ça ne résiste pas à l’eau ? Bingo : ça fond au contact d’un liquide comme de l’eau. C’est légèrement problématique. Il faudrait alors trouver une solution. Mettre une couche de plastique traditionnel peut-être ?

Mais ce n’est pas le seul écueil : on va quand même utiliser des matières premières. Forcément, cela doit bien venir de quelque part. Et donc produire ou exploiter une ressource. Ça ne résout donc pas la question principale : consommer a un impact, et réduire cet impact passera forcément par une réflexion sur sa consommation. Les matières miracles n’existent pas.

Car si on doit ajouter une couche imperméable à un plastique « écolo », on n’est pas sorti de l’auberge.

Ce n’est cependant pas nouveau. Un plastique « traditionnel » a le même problème : on doit utiliser de nombreux additifs ou autres matériaux pour que le plastique ait les propriétés attendues. Toute seule, la résine plastique (le polyéthylène par exemple) n’est pas suffisamment « bonne ».

Ce qui compliquera le recyclage du plastique saumoné complique déjà celui du plastique « normal ».

Aucune de ces matières n’est « verte », « durable » ou « éco-responsable ». Tout au plus peut-on limiter l’impact d’un emballage en utilisant d’autres matières.

Mais ça ne remplacera jamais un emballage réutilisable !

 

[1] La fameuse « bakélite ». À lire sur Wikipedia.

[2] La mer c’est dégueulasse, les poissons baisent dedans, disait le poète (in « Dès que le vent soufflera », Renaud, 1983).

[3] Lire le parcours du saumon fumé premier prix sur « Quel poisson choisir pour acheter plus durable ? »

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