Des alternatives aux tampons et serviettes jetables

Des alternatives aux tampons et serviettes jetables
Des alternatives aux tampons et serviettes jetables

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Dossiers n°126

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Utiliser des tampons et serviettes jetables pendant ses règles ? De plus en plus de femmes font d'autres choix. Des alternatives existent : la coupe menstruelle ou la serviette lavable, version moderne. Les protections hygiéniques jetables se transforment rapidement en déchets, leur composition reste sujet à controverse et des tests récents ont révélé la présence de substances toxiques. Chaque femme en utilise pendant une quarantaine d'années, cela vaut donc la peine de se pencher sur le sujet.

La coupe menstruelle

La "cup" ou coupe menstruelle est tout simplement une petite... coupe, en général en latex ou en silicone souple, qu'on utilise à l'intérieur du corps comme un tampon. La différence, c'est que la coupe n'absorbe pas le sang, elle le récolte.

Son utilisation est simple : on la plie en deux, on l'insère et quelques heures après on la vide, la rince et la réutilise. La coupe est parfaitement confortable si elle est bien positionnée. Le changement demande un temps d'adaptation mais, ensuite, les utilisatrices se montrent souvent ravies, pour ne pas dire inconditionnelles.

Caoutchouc, silicone ou TPE ?

Coupe menstruelle.Aujourd'hui, on trouve des coupes en latex, en silicone ou en "TPE" (élastomère thermoplastique) :

  • Le latex est une substance naturelle et les coupes qui en sont composées ont une durée de vie d’environ 10 ans. Le latex peut cependant provoquer des allergies.

  • Les coupes en silicone peuvent être utilisées 3 à 5 ans. Elles sont en général fabriquées en silicone de qualité médicale, une matière biocompatible et qui ne relargue ni phtalates, ni BPA. Il est préférable d'acheter une coupe de qualité, d'une marque qui peut offrir des garanties que la coupe réponde aux normes. Notons que la FDA (administration américaine) conseille de remplacer une coupe en silicone après 3 ans.
  • Le TPE (élastomère thermoplastique) est un ensemble de matières plutôt qu'une seule matière bien déterminée. Ici également il est essentiel de rechercher un produit certifié de qualité médicale.

Les coupes en silicone ou TPE sont aussi proposées en version couleur. Il est vrai que le silicone incolore vire au jaune au bout d'un moment. Les couleurs rendent la coupe plus sympa à utiliser pour certaines d'entre nous. Ceci dit, ajouter un pigment signifie ajouter encore une substance dont l'innocuité doit être prouvée et les informations fournies sur les sites des fabricants sont plutôt sommaires. Par précaution, l'utilisation d'une coupe non colorée semble plus sensée. Après tout, on la portera à l'intérieur de soi pendant un bon bout de temps.

Les serviettes lavables, le retour

Serviettes hygieniques lavables.

Parmi les alternatives au jetable on trouve aussi des serviettes lavables. C'est sûr, les bouts de linge d'autrefois qu'on attachait avec élastiques, ceintures ou épingles, on préfère qu'ils restent au musée.

Mais les protections lavables d'aujourd'hui sont fines, douces, colorées, confortables, faciles à laver en machine. Elles s'attachent simplement à la culotte avec un bouton de pression ou un tout petit bout de scratch. L'étanchéité est assurée par une couche synthétique, par exemple du nylon ou du polyester respirant.

Ces protections sont si fines qu'elles ne prennent pas beaucoup de place dans la machine et la consommation d'eau supplémentaire est assez négligeable. Bien entretenues, elles durent facilement 5 ans ou plus. La procédure est simple : tremper une ou deux heures si nécessaire, rincer, laver, sécher à l'air libre. Le coton conventionnel étant une culture abondamment arrosée de pesticides, les serviettes en coton biologique ou en chanvre sont préférables.

Pourquoi chercher des alternatives aux protections jetables ?

Qui se demande, en jetant nonchalamment une boîte de tampons ou serviettes dans le caddy, quelle en est la composition précise ? Inutile de scruter la boîte, les rares listes d'ingrédients ne sont jamais complètes. Téléphoner au fabricant alors ? Il faut être tenace pour obtenir quelques infos supplémentaires.

Mélanie Doerflinger lance, en 2015, une pétition sur change.org, pour inciter les producteurs de tampons et autres protections à révéler systématiquement la composition complète de leurs produits. Elle appelle à plus de transparence et à un changement de réglementation pour l'étiquetage. Sans réponse, malgré plus de 250 000 signatures. Aux États-Unis, un projet de législation sur la sécurité et l'étiquetage des produits d'hygiène menstruelle a déjà été classé sans suite cinq fois d'affilée. On se demande pourquoi.

Un voile de discrétion sur la composition

L'association française 60 Millions de Consommateurs a également interrogé les fabricants et obtenu quelques réponses qui permettent de faire une dissection des protections.

Globalement, les matières utilisées sont :

  • le coton ou la viscose et des fibres synthétiques (pour les tampons) ;
  • la cellulose, la viscose et des polymères superabsorbants pour le noyau des serviettes et protège-slips ;
  • un plastique comme le polyéthylène pour la couche d'étanchéité au contact avec la lingerie ;
  • une matière synthétique comme le polyester, le polyéthylène, le polypropylène ou autre pour le voile de contact, porté contre le corps ;
  • de la colle synthétique ou alimentaire ;
  • le polyéthylène pour la pochette.

Les marques classiques utilisent des parfums et autres additifs pour leurs produits. Voici la liste de ce qu'on trouve dans un des protège-slip :

"Petrolatum, Behenyl alcohol, Zinc oxide, Silica Dimethicone Silylate, Isononyl Isononanoate, Serica (fibres de soie), Glycine Soja Oil, Polydroxystearic Acid, BHT, Tocopherol, Chamomilla Recutita Flower Extract, Bisabolol"

La présence du BHT est plutôt inquiétante : cette substance est utilisée pour conserver les huiles dans la lotion. Sur son site "La vérité sur les cosmétiques", Rita Stiens cite les chercheurs du magazine allemand Ökotest, selon lesquels le BHT est un allergène connu. La substance peut perturber le système immunitaire, la formule sanguine, la thyroïde et le foie. Elle se fixe dans les tissus et se retrouve dans le fœtus.

Cette vidéo montre une expérience menée par Andrea Donsky du site américain "Naturally Savvy" qui confirme que les protections "classiques" et "éco" ne sont pas comparables en termes de composition. La protection classique brûle en dégageant des fumées noires puantes, la protection éco ne dégage qu'une petite quantité de fumée blanche.

Il est possible de trouver, en magasin bio ou via internet, des produits écologiques avec une composition plus saine :

  • noyau en cellulose non blanchie au chlore ;
  • voile de contact en coton certifié biologique ;
  • couche étanche et pochette en bioplastique compostable ;
  • sans parfums.

Présence de substances toxiques

En février 2016, une vague d'inquiétude est causée par le retrait du marché, en France et au Canada, d'un lot de protège-slips qui contiennent des traces de glyphosate, un désherbant chimique. Suite à cet incident, l'association française 60 Millions de Consommateurs analyse quelques-unes des protections vendues dans le commerce. L'association veut répondre à plusieurs questions. Les protections contiennent-elles des substances nocives pour la santé ? Quelle est la composition exacte ? Pourquoi n'est-elle pas indiquée de manière systématique et complète sur l'emballage ?

Le bilan de l'enquête est peu réjouissant.

  • Les chercheurs trouvent des traces de dioxines (O.B.), de dérivés halogénés (Tampax), de pesticides organochlorés et d'un insecticide à base de pyréthrinoïdes (Always). Ces derniers résidus se trouvent dans un produit en viscose et cellulose… Alors d'où viennent ces traces d'un insecticide habituellement utilisé sur les cultures de coton ?
  • Les chercheurs ont également pu confirmer la présence de glyphosate dans une marque en coton biolologique. D'où vient cette contamination ?

Les polluants détectés sont considérés être cancérigènes probables, perturbateurs endocriniens et toxiques pour la reproduction. Les taux détectés sont-ils élevés ? Non. Ce qui ne veut pas dire que le risque est zéro. En effet, la paroi du vagin est une muqueuse, plus perméable que la peau et laisse passer plus facilement certaines substances. De plus, on n'étudie généralement dans les labos que l'effet d'une seule substance, et non de ses synergies éventuelles avec d'autres molécules, ni l'effet de leur accumulation dans nos corps.

Le rapport "Chem Fatale", publié en 2013 aux Etats-Unis par l'association Women's Voices, arrive aux mêmes conclusions.

Déchets dans l'océan

Pour terminer cette liste de doléances, mentionnons la montagne de déchets difficilement dégradables que constituent les protections menstruelles. Ces déchets se retrouvent dans les poubelles mais aussi dans les égouts, les stations d'épuration, les rivières et les océans. Y inclus les applicateurs en plastique et les sachets qui emballent chaque serviette individuellement.

Les protections hygièniques jetables créent beaucoup de déchets. Quand on sait que chaque femme utilise, entre ses 12 et 50 ans, entre 11 000 et 15 000 tampons ou serviettes, on peut dire qu'il s'agit d'un problème non négligeable.

Si l'on ajoute à cela le coût de ces protections, on comprend d'autant plus l'intérêt d'alternatives réutilisables. Le prix moyen d'une seule protection est de 15 cents (version classique) à 25 cents (version éco), ce qui donne une somme de quelque 2000 euros sur une vie de femme. Sachant qu'une coupe coûte entre 15 et 50 euros selon le modèle et dure entre 3 et 10 ans, l'économie est évidente. Le calcul est un peu moins facile pour les serviettes où tout dépend de la quantité achetée et de la qualité choisie, mais des serviettes lavables de bonne qualité, bien entretenues, seront certainement moins chères.

Des voix s'élèvent par ailleurs pour exiger que la TVA sur les serviettes et tampons passe de 21% à 6% et que ces articles d'hygiène indispensables ne soient plus considérés comme un confort, mais comme un produit de première nécessité.

Le choix appartient à chaque femme : coupe, protection lavable ou protection jetable. Mais elle doit pouvoir choisir en connaissance de cause et en sachant qu'elle utilise, au plus intime de son corps, un produit sain et sûr.

On teste ?

Vous avez des questions, êtes à la recherche d'un mode d'emploi ou d'un point de vente ? Coupes et serviettes pour menstruations sont disponibles dans certains magasins bio, certaines pharmacies, via des fournisseurs d'articles écologiques pour mamans et bébés ou via internet. Une liste de bonnes adresses est disponible au service-conseil d'écoconso (081 730 730 ou info@ecoconso.be).

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Les langes lavables actuels sont bien plus pratiques que ceux de nos grands-mères! Photo par Brittany sur flickr - https://www.flickr.com/photos/59525029@N03/6761417163/
Les langes lavables actuels sont bien plus pratiques que ceux de nos grands-mères! Photo par Brittany sur flickr - https://www.flickr.com/photos/59525029@N03/6761417163/
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