Qui veut des OGM ?

[ceci n'est pas un OGM] Il existe une multitude de variétés traditionnelles de maïs
[ceci n'est pas un OGM] Il existe une multitude de variétés traditionnelles de maïs

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Dossiers n°119

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Auteurs : 

Jonas Moerman

Les Américains et les Canadiens consomment des OGM depuis 20 ans. La majorité des cultures de maïs, soja, colza, betterave sucrière sont des plantes génétiquement modifiées (PGM). Les Européens, par contre, font de la résistance et il est pratiquement impossible de trouver un produit étiqueté "contient des OGM" dans les magasins. Cependant les OGM arrivent dans les assiettes via l'alimentation des animaux.

Les nouvelles législations européennes (concernant la mise en culture, l'importation et la commercialisation d'OGM) et les négociations autour du TTIP remettent les OGM sur le devant de la scène.  L'occasion de faire le point de nous poser cette question : au fait, à quoi servent les OGM, ne peut-on pas s'en passer ?

Qu’est-ce qu’un OGM ? 

Un OGM peut être défini comme un "organisme, à l'exception des êtres humains, dont le matériel génétique a été modifié d'une manière qui ne s'effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle"  (Directive 2001/18/CE)

Concrètement fabriquer un OGM consiste à prendre un ou plusieurs gènes dans un organisme (bactérie, plante, animal ...) et à l'insérer dans un autre organisme de manière à ce qu'il exprime un caractère ou produise une protéine. 

Nous pouvons distinguer trois domaines où des OGM sont utilisés :

  • la recherche fondamentale, dans des espaces confinés comme des laboratoires
  • la médecine, pour la production de médicaments (par exemple : production depuis 30 ans d'insuline humaine par des bactéries) 
  • l'agroalimentaire

C'est à cette dernière application que nous nous intéressons dans ce dossier car elle est la plus problématique et que son utilité reste encore à démontrer. 

Les plantes génétiquement modifiées (PGM) à la conquête du monde

L'amélioration génétique a toujours été au coeur de l'agriculture. Depuis la nuit des temps les hommes sélectionnent les variétés les plus adaptées à chaque région, selon un phénomène naturel, au sein d'organismes qui peuvent se reproduire entre eux.

À l'inverse, l'histoire des plantes génétiquement modifiées (PGM) est très récente et n'a, par définition, rien de naturel. Cela fait seulement 20 ans que les PGM ont commencé à être semés en Amérique du Nord, avant de se répandre en Amérique du Sud, en Océanie en Asie et, plus récemment, en Afrique. Les PGM couvrent 179,7 millions d'hectares (chiffre 2015), ce qui représente pratiquement 13% des surfaces cultivées dans le monde. Cinq pays se partagent 90% des surfaces cultivées en PGM : les États-Unis (39%), le Brésil (25%), l'Argentine (14%), l'Inde (6%) et le Canada (6%). 

Superficies mondiales des cultures OGM
Source : www.isaaa.org/


Source : www.ogm.gouv.qc.ca

En Europe un seul OGM est autorisé,le maïs Bt MON810 et seulement cinq pays en cultivent (116 870 ha, représentant moins de 0,1% des surfaces cultivées). L'Espagne a elle seule a cultivé 92% de cette suface (107.750 ha). Le solde se répartit entre le Portugal, la  République Tchèque, la Roumanie et la Slovaquie. 

On peut donc dire que l'Europe fait de la résistance ! Depuis mars 2015, l'Union Européenne autorise la culture d'OGM tout en laissant aux États-membres (et même aux gouvernements décentralisés, comme l'Écosse) la possibilité d'interdire les OGM sur leur territoire pour des raisons autres que la santé et l’environnement.

En Belgique, la Wallonie s'est d'ores et déjà déclarée "territoire sans OGM" tandis que la Flandre, où des plantations de peupliers, des pommes de terre et de maïs transgéniques ont déjà été testées est plutôt favorable aux. 

Après six mois de consultation, 19 États/28 (dont la Belgique mais uniquement en Wallonie) se sont prononcés contre la culture d'OGM sur leur territoire.

En ce qui concerne la commercialisation des PGM, la Commission a proposé d'adopter un mécanisme semblable (autoriser mais permettre aux États-membres de s'y opposer). Mais tout récemment, le Parlement européen s'est prononcé contre cette possibilité en posant la question de la libre circulation des marchandises.

La plupart des PGM accumulent des pesticides

Actuellement, 99% des PGM cultivées sont résistants aux herbicides (en particulier au Roundup, l'herbicide le plus vendu dans le monde) et/ou produisent un insecticide (plantes Bt pour Bacillus thuringiensis une bactérie présente dans le sol qui produit naturellement une protéine toxique pour la pyrale, une larve de papillon).

Les plantes résistantes au Roundup (appelées Roundup ready et qui représentent 60% des PGM) accumulent cet herbicide ! Or la substance active du Roundup est le glyphosate, classé comme cancérigène probable en mars 2015 par l'IARC (le Centre international de recherche sur le cancer). L'EFSA (l'Autorité européenne de sécurité des aliments, qui évalue entre autres les PGM avant leur mise en culture) vient de mettre ce caractère cancérigène en doute, relançant une énième bataille d'experts. 

Le professeur Séralini (de l’Université de Caen) a mené une étude pendant deux ans sur 200 rats : certains étaient nourris avec un maïs OGM, d'autres avec ce maïs OGM soumis au Roundup et d'autres encore avec du maïs non OGM traité au Roundup. Les rats ont développé des tumeurs grosses comme des balles de ping-pong, démontrant l'effet du Roundup mais aussi du maïs OGM. L'étude a été fort débattue et critiquée, notamment sur la validité statistique mais elle a surtout soulevé bien des questions, en particulier sur la durée des études (trois mois) auxquels les PGM sont soumis avant leur mise sur le marché. C'était la première fois que les PGM étaient testés pendant une durée "vie entière" du rat. 

En effet, avant leur mise en culture, les PGM sont évaluées comme des de "simples" substances chimiques alors qu'elles devraient être considérées comme des pesticides, ce qui impliquerait notamment des études sur de plus longues durées (deux ans au lieu de trois sur les rats).

Cela est d'autant plus nécessaire que dans l'étude les tumeurs ne se développaient pas avant trois mois !

Un argument est souvent utilisé pour défendre les OGM  : aux Etats-Unis 200 millions de citoyens consomment des OGM depuis 20 ans sans aucun problème, c'est bien la preuve que les OGM sont sains. C'est tout le drame de notre monde moderne : il y a tellement de facteurs qui peuvent conduire, par exemple, à des cancers, à un diabète ou à des allergies qu'il est pratiquement impossible d'identifier une seule cause. D'autant qu'il y a un des synergies entre effets de diverses sources de contamination. 

Par ailleurs,aux USA les OGM ne doivent pas être étiquetés : impossible donc de savoir qui consomme quoi et en quelle quantité. De ce fait, il n'est pas possible d'établir un lien de cause à effet entre la consommation d'une PGM et d'une maladie précise.

Des OGM dans mon assiette ?

Face à cette problématique tant éthique que de santé, le consommateur est en droit de se demander si son assiette est déjà ou sera bientôt remplie d’OGM. 

En Europe, si les OGM entrent pour plus de 0,9% dans la composition d'un aliment ils doivent être indiqués sur l'étiquette. En pratique il est peu probable de trouver un produit avec la mention "contient de l'OGM" car peu d'OGM sont autorisés à la commercialisation (maïs, soja, tournesol, colza, ...) et les grandes surfaces évitent de distribuer des produits contenant des OGM vu la grande méfiance des consommateurs. 

La majorité des PGM qui entrent en Europe servent en fait pour l'alimentation des animaux. Par exemple, sur les 36 millions de tonnes de soja données chaque année aux animaux, seuls 1,4 millions (moins de 5%) est non OGM et produite en Europe. 95% du soja est importé et provient de pays où le soja OGM dépasse les 90% !

 


Source : Parlement européen

Le seuil de 0,9% est également valable pour les produits issus de l'agriculture biologique, seuls les labels Demeter, Nature & Progrès et Bio Cohérence excluent totalement les produits génétiquement modifiés.

Conclusion : lorsque vous mangez de la viande, des produits laitiers, des oeufs, non issus de l'agriculture biologique, cela provient probablement d'animaux nourris avec des PGM.

Plus d'informations dans la brochure "Des OGM dans mon assiette" d'Inf'OGM avec une petite nuance : en Belgique il n'existe pas d'étiquette "sans OGM" légal, comme c'est le cas en France. Cependant Nature & Progrès Belgique mène campagne pour qu'un tel étiquetage soit possible (actuellement l'AFSCA l'interdit).

Des animaux OGM

Les OGM dans l'agro-industrie ne s'arrêtent pas aux plantes et des animaux OGM attendent le feu vert pour être mis en production. Deux exemples : le saumon OGM, disposant d'un gène de résistance au froid et d'un gène de croissance lui permettant de grossir plus vite et pendant toute l'année. Résultat : un poisson deux fois plus gros que la normale et qui arrive à maturité plus rapidement.

Même recette pour le porc : un animal qui grossit plus vite, qui devient plus gros et qui mange moins ! Remarquons que le Blanc Bleu Belge n'est pas un OGM, il est le fruit d'une sélection génétique classique.

L'élevage intensif actuel est déjà monstrueux, comment imaginer que des animaux transformés, au rendement exacerbé puissent apporter une solution?

Alors, notre avenir, avec ou sans PGM ?

Les OGM prétendent être la solution mais la question fondamentale est : la solution à quel problème ? Dans l'état actuel les OGM ont pour seule raison d'être le marché, permettant à quelques uns de s'enrichir et apportant des problèmes aux autres. C'est un domaine où le "génie humain" mérite une vision globale, citoyenne et ne doit pas laisser place à un aveuglement technocratique.

Comme le dit Philippe Baret (professeur d'Agroécologie et par ailleurs généticien à l'UCL), dans une interview de Nature & Progrès  : "pourquoi avoir autorisé des millions d'hectares de cultures qui ne servent à rien, si ce n'est à rendre les gens plus pauvres ?" 

A l'heure où l'on parle de "smart-agriculture", toujours plus de technique pour toujours plus de dépendance, il est bon de se rappeler que les mécanismes low tech, basés sur une bonne connaissance des sols, des interactions entre les cultures et leurs ravageurs, la diversité génétique ... peuvent apporter une solution qui est beaucoup plus profitable pour l'ensemble de la population.

Comme le souligne un rapport présenté à l'assemblée générale de l'ONU (août 2015) : "il est nécessaire d’encourager un déplacement majeur de l’agriculture industrielle actuelle à des activités de transformation telles qu’une agriculture de conservation (agroécologie) qui soutient le mouvement alimentaire local, protège les petits agriculteurs, autonomise les femmes, respecte la démocratie alimentaire, maintient la durabilité de l’environnement et facilite un régime sain".


Pour aller plus loin

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