Commerce équitable au Nord comme au Sud

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Dossiers n°107

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Els De Geest

Qu’est-ce que le commerce équitable ? Un commerce plus juste ou un mouvement de société qui soutient l'agriculture paysanne ? Le monde occidental achète de plus en plus équitable, mais les communautés locales ressentent-elles un réel bénéfice à long terme ? Et en tant que consommateur, comment reconnaître un produit équitable ? Quels sont les labels et que garantissent-ils? Le commerce équitable ne concerne-t-il que les productions du Sud ? Des questions qui amènent d'autres questions... 

La semaine du commerce équitable semble une bonne occasion pour tenter d'y répondre!

Tout a commencé avec une initiative citoyenne…

Étiquetage de bananes équitables en République Dominicaine

Étiquetage de bananes équitables en République Dominicaine © Eric De Mildt. Source : Max Havelaar

Dans les années 1940, des associations de citoyens se disent qu’au lieu d'aider une communauté en difficulté en envoyant argent ou vivres, ce serait une bonne idée de plutôt acheter à un prix juste ce que cette communauté peut produire : aliments, vêtements, artisanat… Il se créerait ainsi une relation commerciale où chacun serait gagnant dans la durée. Après des premières initiatives, un commerce plus structuré prend vraiment forme dans les années 60.

Aujourd’hui, le commerce équitable se porte plutôt bien. D'après www.befair.be, le chiffre d'affaires des ventes équitables ne cesse de croître. Les bananes sont le produit le plus prisé (25% des achats), suivi du sucre (25%), du chocolat (14%) et du café (15%). La notoriété du commerce équitable augmente également : en 2012, quelque 90% des Belges en ont déjà entendu parler.

Malgré la plus-value qu'ils offrent, les produits du commerce équitable ne seraient pas nécessairement plus chers. Une étude réalisée par Oxfam en 2011 montre que trois produits de la marque sur quatre se trouvent dans la moyenne des prix du commerce conventionnel. Cela s'explique entre autres par le circuit court ou, en d'autres mots, par l'absence d'intermédiaires entre les producteurs et les magasins.

La grande distribution est cependant devenue incontournable dans la distribution des produits équitables. Ainsi, quatre enseignes de supermarchés représentent quelque 70 % des ventes de produits labellisés Fairtrade en Belgique. D'un côté, cela offre à un grand nombre de consommateurs la possibilité d'acheter des produits équitables. D'un autre côté, le commerce équitable devient aussi l'affaire d'acteurs qui n'ont pas la même philosophie que les ONG pionnières, et pour qui le commerce équitable est principalement un outil de marketing.

Chers, les produits équitables ? Une étude révèle que 3 produits Oxfam sur 4 sont dans la moyenne des prix du commerce conventionnel.

Pourquoi un commerce équitable ?

Pourquoi avons-nous besoin d'un commerce équitable ? Les règles du jeu du commerce actuel ne ménagent guère les paysans ou artisans. Face aux petits producteurs, les multinationales du café, du sucre, du cacao ou du textile déterminent les prix, les quantités et le moment de l'achat. Les prix étant imprévisibles et trop bas pour couvrir même les coûts de production, les paysans abandonnent leurs terres. Ils tentent alors de se faire engager dans les plantations de café ou de coton… de ces mêmes entreprises. Ils iront y travailler dans des conditions parfois proches de l'esclavage ou se verront contraints d'émigrer vers la ville.

D'autres facteurs rendent plus précaire encore la situation de ces petits producteurs. Souvent, les paysans ne sont pas propriétaires de leurs terres. S'ils le sont, les surfaces ne suffisent pas toujours. Ils n'ont pas accès à des ressources financières pour devenir propriétaire ou pour investir dans des infrastructures ou du matériel. De plus, l'accès aux semences devient de plus en plus difficile, comme expliqué dans notre dossier "Vive les semences libres".

Par ailleurs, les politiques internationales favorisent l'exportation, les grandes monocultures, les cultures destinées à devenir agrocarburants, l'élevage industriel, la production au prix le plus bas possible, le «just in time», l'exploitation à outrance des ressources naturelles... et non l'agriculture paysanne locale ni le petit artisanat. Ces démarches sont-elles vouées à disparaître ? Est-ce que le commerce équitable peut contribuer à renverser la vapeur ?

Campagne orange Oxfam

Au Brésil, 3 multinationales se partagent le marché du jus et imposent leur loi au détriment du bien commun. Ce sont elles qui fixent les règles du jeu aux petits producteurs. Plus d'infos : www.oxfammagasinsdumonde.be/orange


Pas du commerce, mais un partenariat commercial

On pourrait définir le commerce équitable comme une relation commerciale qui veut mettre en œuvre une alternative économique participative, transparente et plus respectueuse des travailleurs et de l'environnement. Et qui propose des produits de qualité aux consommateurs !

Le commerce équitable :

  • cherche à construire une relation économique durable, offre une rémunération juste, permet des préfinancements et propose des primes au développement ;
  • valorise le savoir-faire des producteurs, favorise une production à échelle humaine avec des conditions de travail humaines, cherche à offrir du travail aussi aux populations fragilisées, exclut le travail des enfants…
  • est basée sur la participation des partenaires locaux, encourage la gestion collective des projets, est une filière contrôlée et certifiée qui se veut transparente ;
  • vise le respect de l'environnement par, entre autres, une réduction des pesticides, une production peu mécanisée, une amélioration de l'accès et du partage de ressources comme l'eau…

Quelles marques, quels labels, quelle certification ?

Pour acheter équitable, on a l'embarras du choix : magasin spécialisé, grande surface, internet… Comment repérer un produit équitable dans les rayons d'un magasin ?

On peut chercher un label :

Labels du commerce équitable

Fairtrade Max Havelaar, Ecocert Equitable, Naturland Fair, Fair for Life - IMO, Tu Simbolo, WFTO, Bio Equitable et Bio Solidaire.

Les labels exigent le respect d'un ensemble de critères ou "standards" économiques, sociaux, environnementaux ou qui concernent des aspects organisationnels.

Ce respect des critères est contrôlé par un organisme de certification tel que FLO-Cert ou IMO Control. Ces organisations de certification ne sont pas toujours tout à fait indépendantes des associations qui décident des critères.

Les critères environnementaux seront par exemple l'interdiction des pesticides les plus nocifs ou des OGM, l'application de méthodes de lutte intégrée ou des mesures pour une meilleure gestion de l'eau. Il est bon de savoir que quelque 50 % des produits labellisés Fairtrade sont également certifiés biologiques. Les produits labellisés Ecocert Equitable, Naturland Fair, Bio Equitable et Bio Solidaire doivent se conformer aux règles de l'agriculture biologique.

Une analyse plus détaillée des critères est à lire dans l’article « Les systèmes de garantie équitables », sur le site d’Oxfam.

50% des produits labellisés Fairtrade sont aussi certifiés bio !

On peut chercher une marque :

Oxfam, Ethiquable, Maya, Chorti, Belvas…

Soit les produits des marques sont labellisés, soit l'organisation qui les commercialise est garantie par une "certification d'association", ce qui signifie que l'association en question travaille bien dans le respect des principes du commerce équitable.

Oxfam en est un exemple. Il faut savoir, cependant, que cette association est l'un des pionniers du commerce équitable : elle ne propose pas seulement une gamme de produits mais mène aussi une action forte de sensibilisation autour de questions de société.

D'autres labels, pas toujours équitables…

Les produits comme le thé, le café, le chocolat ou les bananes peuvent porter d'autres labels comme UTZ Certified (pour le café) ou Rainforest Alliance. Ces labels sont fondamentalement différents. Ils sont tournés vers une agriculture industrielle - et non paysanne - et ont été créés en réaction aux critiques (déforestation, travail des enfants…).

D’après Oxfam, avec ces labels, il n’y a pas de prix minimum garanti, ni de prime de développement ou de préfinancement des commandes. Les mesures permettent surtout d'augmenter la qualité des produits et d'augmenter la productivité des grandes exploitations. Ils imposent peu de contraintes aux acheteurs du Nord, ce qui ouvre la porte aux pressions et dérives (1). Ces labels incluent des critères environnementaux, mais selon des chercheurs du CIRAD , leur respect s'avère impossible à vérifier sur le terrain, ne fût-ce que par manque d'auditeurs. Et de nouveau, de grands clients peuvent exercer de grandes pressions pour revoir ces critères à la baisse.

Le commerce équitable a aussi ses défis

Le commerce équitable permet-il d’améliorer réellement et durablement la vie des producteurs concernés ? Comme évoqué, le paysage du commerce équitable a évolué et son identité est parfois un peu diluée. Tous les acteurs ne partagent pas la même philosophie, tous les labels ne poursuivent pas les mêmes objectifs.

Même ceux qui souhaitent offrir un soutien solide aux producteurs partenaires doivent composer avec les réalités économiques et sociales des pays.

Ethiquable témoigne :

S’il y a une filière pour laquelle on ne peut contester l’impact, c’est bien le café en Amérique latine. Certes les producteurs de café restent des petits producteurs et ils n’ont pas, avec le commerce équitable, acquis un niveau de vie à l’occidentale. Mais l’impact sur le niveau de vie est sans égal.
Les coopératives ont réalisé des investissements, acquis des unités de transformation du café, aidé les producteurs à s’équiper. [...] Elles ont investi dans la formation des femmes et des hommes.
La situation n’est pas pour autant idyllique. Chaque coopérative a ses spécificités, ses échecs et ses réussites. Elles [...] sont immergées dans la société locale et, à ce titre, sont traversées par les conflits et les rapports de force au sein de ces sociétés.
Mais globalement un nouveau modèle social et économique autour de la production de café a vu le jour en Amérique latine au cours de ces 20 dernières années, basé sur une prise en charge des producteurs eux-mêmes, qui ainsi réinventent une nouvelle démocratie locale.[…] L’émergence de ce nouveau modèle s’est appuyée sur le commerce équitable.

Éthique d'ici ou de là-bas ?

Une critique parfois entendue : le commerce équitable serait polluant car les produits viennent de loin. Précisons cependant que plus de 90% des produits équitables arrivent par bateau, mode de transport à l’effet sur l’environnement nettement moindre que l’avion. D'autres facteurs contribuent à réduire l'impact environnemental : fabrication artisanale, culture traditionnelle faiblement mécanisée, absence d'OGM, réduction des pesticides, etc.
La question "faut-il acheter local, bio ou équitable ?" peut cependant causer quelques hésitations face aux rayons du magasin. La fiche-conseil n°157 tente d'offrir quelques balises pour choisir en connaissance de cause. En bref, pour les aliments qu'on peut produire localement, on choisira plutôt du local, issu de l'agriculture biologique de préférence. Pour les denrées plus exotiques, on privilégiera l'équitable.

 

Source : Oxfam (petits-déjeuners 2013). Pour les petits-déjeuners de cette année, voir sur http://www.oxfammagasinsdumonde.be

D'ailleurs, des produits européens commencent à apparaître dans la gamme équitable. En effet, pour les paysans européens qui souhaitent proposer des produits de qualité – en travaillant à échelle humaine – il n'est pas évident de trouver des réseaux de distribution où vendre leurs produits à un juste prix. La pression pour étendre les fermes est énorme et le paysan qui ne peut ou ne veut pas agrandir est forcé d'abandonner. Ainsi, en Belgique, une quarantaine de petites fermes disparaissent chaque semaine (2). Il n'en va pas différemment dans les autres pays européens. C'est pourquoi Ethiquable propose désormais, dans les Magasins du monde-Oxfam, une confiture et un sirop de pommes-poires du pays, ainsi que des tapenades d'olives d'origine grecque.
Concluons qu'un commerce qui favorise une agriculture paysanne et une production artisanale dans des conditions de travail dignes est plus que jamais une nécessité !

 

En savoir plus ?

Brochure : "Comprendre le commerce équitable"
www.oxfammagasinsdumonde.be

Voir aussi