Alimentation : bio et réfléchie

Image : www.sxc.hu
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Dossiers n°80

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Lise Frendo

Aujourd'hui le mot « bio » est passé dans le langage courant. On use, voire abuse, largement de ce terme.
Mais est-on vraiment sûr de savoir ce qu'il signifie ? Quelles garanties nous offrent les  labels ?
Comment est né le bio ? Pour répondre à quels enjeux et préoccupations ?
Et comment ce mouvement militant est-il devenu, pour certains, mode ou argument marketing ?

Le bio en réponse à l'impasse agricole et alimentaire actuelle

Dans les années 50-60, la volonté d'augmenter les rendements agricoles a radicalement transformé les pratiques. La mécanisation, la spécialisation des exploitations et la production intensive, aidées de la chimie, ont alors imposé une certaine image de l'agriculture moderne.
Cette conception a aujourd'hui montré ses limites et le modèle alimentaire actuel n'est plus tenable tant au niveau social qu'économique.
En bout de chaîne, c'est évidemment la qualité de notre environnement et de notre assiette qui en pâtit.

Le bio, solution face aux défis environnementaux et de santé publique

« Le bio », entendez l'agriculture biologique, constitue aujourd'hui une alternative réelle, crédible face à l'agriculture intensive. Il est indissociable d'une alimentation respectueuse de l'Homme et de l'environnement.
Cultiver en bio signifie entre autres, préserver un sol vivant ! Non seulement parce que c'est le sol qui nourrit les plantes mais aussi pour limiter l'érosion, les inondations ou les sécheresses.
La richesse du sol et sa capacité à retenir l'eau, sont entre autres, liées à la présence de vers de terre qui travaillent à la formation de l'humus et à l'aération du sol via leurs galeries.
On trouvera, pour la même surface de terre, 3 tonnes de vers si elle est cultivée en bio, contre quelques centaines de kg seulement, voire beaucoup moins, pour une terre agricole conventionnelle.

Quelles sont les motivations des consommateurs bio en Belgique ?

La santé est très souvent mise en avant par les acheteurs de produits biologiques. Et ils ont raison !
Cependant, la prise en compte des empreintes sociale et écologique apparaissent peu dans les motivations de ces consommateurs. Or, le label « bio » n'est pas à lui seul toujours suffisant pour garantir des modes de production qui respectent l'ensemble des valeurs environnementales, sociales ou économiques. On peut par exemple, acheter des produits bio sur-emballés, hors-saison, et ayant parcouru des milliers de kilomètres.
Qui ne s'est pas trouvé un jour désemparé devant ce dilemme de premier ordre : des carottes bio du Pérou ou des carottes du Brabant wallon sans le cachet d'un organisme de contrôle ?

En Belgique, 60% des ventes de l'alimentation bio se fait via la grande distribution.
Les magasins spécialisés représentent 30% des ventes, la vente directe et les marchés, respectivement 3,3 et 4,6% (Bioforum).

En effet, l'industrie agro-alimentaire s'est emparée du créneau avec le nouveau credo : «  le bio à des prix défiant toute concurrence, c'est possible ! ».
On peut se demander alors, où sont passées les valeurs du bio ?

Retour aux fondements : petite histoire du bio

Dans les années 60 en Europe, ce sont des associations qui parlent de l'agriculture biologique en premier (Soil Association, Nature & Progrès... ). Elles établissent les premiers cahiers des charges privés et contribuent à la création d'une charte aux objectifs à la fois écologiques, sociaux et humanistes.
Cette charte adoptée en 1972, lors de la création de la Fédération internationale des mouvements d'agriculture biologique (IFOAM), repose sur :

  • la solidarité et la coopération entre tous les membres de la filière
  • l'information sur les conditions de production et de transformation
  • la transparence dans les pratiques et les contrôles.

Elle prévoit aussi que les exploitations demeurent à échelle humaine et que les prix soient équitables et résultent d'une concertation entre producteurs et acheteurs.
Enfin, cette charte entend privilégier la distribution de proximité.

Aujourd'hui, sous un même label peuvent être certifiées des démarches totalement différentes : petits paysans bio et bio industriel, par exemple.
Le bio industriel est entendu ici comme l'ensemble des opérateurs dont l'outil de production est une usine non liée au sol, se contentant simplement de transformer des matières premières à l'aide de machines pour en faire un produit standardisé. (François de Gaultier, Nature & Progrès Belgique)
Comment peuvent cohabiter au sein d'une même appellation « bio » des pratiques agricoles de plus en plus éloignées les unes des autres ?

« L'agriculture biologique » aujourd'hui, des termes déposés

Voulant réglementer l'agriculture biologique, l'UE s'est donc retrouvée face à plusieurs cahiers des charges privés, de sensibilités différentes, avec la volonté de les fondre en un seul.
Le dénominateur commun trouvé est alors purement technique. Exit les critères sur les emplois, l'évolution des fermes, les modes de distribution ou la solidarité entre acteurs...  

Le règlement, est le premier coup porté à l'identité du bio dans ce qu'il avait de plus militant. Le règlement européen permet ainsi ce que François de Gaultier appelle la « solubilisation du bio dans le capitalisme ».

« L'agriculture biologique » est désormais un terme protégé défini par un règlement européen spécifique depuis 1991. Cela signifie que toute entreprise mettant sur le marché un produit alimentaire portant la mention « bio » est obligée de se soumettre à ce règlement et de se faire contrôler par un organisme de contrôle indépendant accrédité par le ministère compétent.

Biogarantie, qui avait dès sa fondation dans les années 80 joué un rôle précurseur dans le développement des normes bio, a aujourd'hui un cahier des charges basé sur ce règlement (base légale obligatoire mention bio protégée).
Le règlement interdit aux états membres d'imposer des règles plus strictes au niveau national.
Conscients de ce problème, les opérateurs belges réunis au sein de Bioforum ont, depuis janvier 2011, intégré une charte d'engagement pour les opérateurs adhérents. Cette charte permet de formaliser certains principes repris au règlement européen. En signant cette charte, les opérateurs s'engagent à réduire leur consommation en eau et en énergie, à limiter leurs déchets et dans le cas d'exploitation agricole, à développer la biodiversité.

En revanche,  il subsiste des cahiers des charges privés plus exigeants comme Nature & Progrès ou Demeter qui prennent en compte des aspects sociaux (ex: entreprise familiale), écologiques globaux (ex: consommation énergétique de l'entreprise) et préconisent des circuits courts.

« Le bio », bien plus qu'une technique agricole

Le règlement UE définit « l'agriculture biologique » ainsi : « méthode de production agricole basée sur le respect du vivant et des cycles naturels, qui gère de façon globale la production en favorisant l'agrosystème mais aussi la biodiversité, les activités biologiques des sols et les cycles biologiques. Pour atteindre ces objectifs, les agriculteurs biologiques doivent respecter le règlement européen qui exclut notamment l'usage d'engrais chimiques et pesticides de synthèse, ainsi que les organismes génétiquement modifiés. »

Aujourd'hui, les grandes firmes agro-alimentaires tentent de cantonner le bio à cette définition très technique. Rien d'étonnant donc à ce que  70% des biscuits trouvés en réseau bio contiennent de l'huile de palme bio produite en Colombie dans des conditions sociales déplorables (Ph. Baqué).

Reste aux citoyens que nous sommes, en plus de choisir le bio, à faire preuve de discernement en nous posant les bonnes questions et en lisant les étiquettes : mode de production, origine du produit, saisonnalité, conditions de production, qualités nutritionnelles...

Prêts ?

Sommes-nous réellement prêts pour le vrai bio ?

Remplacer la tranche de jambon de nos tartines par son équivalent bio, mmh quelle bonne idée ! Si ça se trouve vous le faites déjà.
Si c'est le cas le jambon bio que vous achetez est sans doute rose. Or, un jambon bio selon le règlement de 1991 pouvait avoir une couleur un peu moins appétissante, simplement la couleur du porc cuit au bouillon ou au four, soit beige à peine rosé. Pas très vendeur pour les consommateurs que nous sommes, habitués au rose flashy du jambon cuit.
Or, c'est un nitrite autorisé dans la nouvelle réglementation en très petite quantité (0,6%), qui donne cette couleur rosée. Même si en Belgique les opérateurs n'en font pas usage, la grande distribution met à notre disposition beaucoup de produits d'importation.
Correctement informés sur la couleur réelle du jambon par exemple, nous pourrions choisir en connaissance de cause.
Alors, prêt à réellement changer d'attitude pour manger mieux ?

Quelques pistes pour adopter la Bio attitude sans béatitude

Haut les coeurs, les bio lovers ! Des fiefs de résistance existent à l'échelle individuelle ou collective.

Retrouver une alimentation bio paysanne
Il s'agit de consommer des produits bio, locaux, de saison, peu transformés, achetés en circuit court (avec le moins d'intermédiaires possible).
Pensons aux conditions de vie des producteurs et achetons au prix juste. Par exemple, acheter du lait ou du fromage bio en Belgique, c'est garantir un prix d'achat au producteur 50% plus élevé que pour le lait non bio.

Se rapprocher des producteurs
Le marché économique mondialisé met à mal l'environnement et ne garantit pas la sécurité alimentaire des pays.
Les producteurs bio sont pris dans le même étau que leurs collègues cultivant en conventionnel, à savoir des prix de vente qui stagnent ou diminuent. Comme les autres, ils sont poussés à se spécialiser, à se mécaniser, à s'agrandir et à s'endetter. Un label ne peut rien ou presque contre cette logique.
C'est pour cela qu'il est intéressant de privilégier un approvisionnement via des systèmes de commercialisation en vente directe comme les marchés de producteurs, GASAP (Groupe d'Achat Solidaire de l'Agriculture Paysanne) , fermes participatives ou autres, qui permettent au producteur de fixer le prix qu'il croit juste, parfois en concertation avec le consommateur.

Faire connaître nos choix et revendications
Même dans les magasins bio, on trouve des tomates en hiver. L'argument avancé est toujours que le client le demande. Alors, posons-nous la question : est-ce cohérent de vouloir préserver l'environnement et notre santé en mangeant bio et d'acheter ce genre de produits ? et posons-la au gérant de notre magasin !
Demandons des produits de qualité, goûteux qui donnent les minéraux et vitamines dont nous avons besoin en fonction des saisons. Nous n'avons pas besoin de l'eau de la tomate en hiver !

Connaître la réalité du terrain des agriculteurs bio
L'association Nature & Progrès privilégie les systèmes de garantie participatifs qui mettent en relation producteurs et consommateurs pour un contrôle des pratiques.
Cette coopération entre producteurs et consommateurs lors du contrôle  permet au producteur de faire évoluer ses pratiques en toute transparence et au consommateur de se rendre compte des conditions de travail et de vie des paysans.
C'est aussi ce qui s'observe au sein des GASAP, par exemple.

Soutenir l'installation de producteurs bio
Des systèmes de paniers avec paiement à l'avance sont des outils pouvant soutenir un producteur dans sa démarche d'installation, sur la durée, par la promesse de débouchés.
Il est aussi possible de permettre l'installation de jeunes agriculteurs en bio via l'association « Terre en Vue ». Celle-ci facilite l'accès à la terre (qu'elle considère comme un bien commun dont nous sommes tous responsables), la question du foncier étant cruciale pour une installation agricole.

Une consommation bio... et autonome, économe, et solidaire

On assiste aujourd'hui à une deuxième percée des valeurs du bio grâce à la coopération entre producteurs et consommateurs. En d'autres termes grâce à l'association de citoyens pour des intérêts généraux.
L'esprit du bio est bien vivant ! Il apporte des solutions ! Mais le bio est aussi menacé de dérives. En tant que consommateurs, nous devons être vigilants et le soutenir quand il va dans la bonne direction.

 Ensemble des activités industrielles qui transforment des matières premières issues de l'agriculture, de l'élevage ou de la pêche en produits alimentaires destinés essentiellement à la consommation humaine

 
Titre inspiré du film « bio attitude sans béatitude » d'Olivier Sarrazin

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