Réemploi et recyclage : aussi en construction !

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Dossiers n°101

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Marjan Van de Maele
Jean-François Rixen

En construction comme en rénovation, les chantiers consomment beaucoup de ressources et d’énergie. Ils sont aussi source de nombreux déchets (1). Pourtant, il existe aujourd’hui de plus en plus de filières de revalorisation des matériaux de construction. On peut ainsi choisir des produits recyclés, construire avec des éléments de seconde main, récupérer ou revendre les matériaux d’une maison que l’on retape… De la conception jusqu’à la déconstruction, il y a des possibilités et des responsabilités pour chaque intervenant du chantier. Petit tour d’horizon…

Réduire les quantités de déchets, revaloriser les matières

Bois, briques, blocs, gravats, encombrants, le plus souvent en mélange : les quantités de déchets générés par le secteur de la construction sont colossales. En 2010, près 400 000 tonnes de déchets de construction ont été collectées dans les parcs à conteneurs et lors de la collecte des ordures ménagères en Région wallonne, soit 113 kg par habitant (2) ! Dans certains cas, ces déchets sont simplement enfouis en CET (Centre d’enfouissement technique, autrement dit en décharge). D’autres peuvent suivre une filière de valorisation énergétique, notamment le bois et certains de ses dérivés.

On comprend aisément l’intérêt de mieux utiliser les ressources et les matières disponibles dans le secteur de la construction, notamment par « la récup ». Le potentiel d’économie pour l’environnement est important : réutilisation sur site, utilisation de matériaux recyclables et recyclés, réduction des quantités de déchets produits, tri sur chantier, déconstruction.

Réemploi ou recyclage ?

Le réemploi consiste à réutiliser les matériaux de construction en tant que tels. Il s'agit par exemple de briques, tuiles, châssis, portes, baignoires... récupérés lors des travaux de rénovation ou de déconstruction. Selon les estimations, environ 33% des déchets de construction seraient réutilisables. Pourtant, en 2010, seulement 0,7% de ces déchets ont été intégrés dans de nouveaux projets de construction ou de rénovation (3).

Si le réemploi n'est pas possible, l'utilisation de matériaux de construction recyclés permet aussi de réduire les déchets et d'utiliser moins de matières premières. De nombreux matériaux sont actuellement disponibles sur le marché. L'exemple le plus connu est probablement l'isolant en ouate de cellulose, fabriqué en grande partie à partir de journaux recyclés. Il existe également des isolants thermiques et acoustiques produits à partir de textiles en coton non réutilisables, classiquement voués à l'incinération.

Granulés d'isolation en liège recyclé
www.devlaspit.be

Plus résistants à l'humidité, il y a aussi les isolants fabriqués à partir de 60% de verre recyclé ou les granulés de liège. Les granulés sont produits à partir de bouchons de liège broyés. Ces bouchons sont collectés via un large réseau de près de 700 centres de récolte.

Contrairement au réemploi, le recyclage des matériaux nécessite une transformation qui, selon le procédé utilisé, demande d'autres ressources, notamment de l’eau ou de l’énergie.

La déconstruction sélective : incontournable !

Afin de permettre le réemploi ou le recyclage des matériaux de construction, la première condition est que la démolition se fasse de façon à pouvoir récupérer les matériaux. On ne parle plus dans ce cas de démolition, mais de déconstruction et de démolition sélective. La déconstruction consiste à retirer les éléments un à un en vue de les réutiliser. On vise à préserver au mieux leur état. Lors de la démolition sélective, chaque fraction est séparée pour permettre le recyclage. Le tri se fait donc directement sur chantier, et pas a posteriori dans un centre de regroupement.

Dans la pratique, ces deux approches sont souvent combinées sur chantier : on déconstruit dans un premier temps tout ce qui peut être réutilisé. Ensuite, on démantèle les éléments destinés à être recyclés et on les oriente vers les bonnes filières. Idéalement, dès qu'on met en œuvre un matériau, on devrait déjà penser à sa réutilisation et son recyclage. Les matériaux composés ou hybrides sont à éviter car difficilement recyclables, voire pas du tout.

Il existe un label qui prend en compte les possibilités de réutilisation des matières : Cradle to Cradle. Ce label contient cinq niveaux : de basic à platinum. Pour atteindre le niveau platinum, il faut que le matériau ait un score de 100% pour le critère de réutilisation des matières, autrement dit qu'il soit à 100% recyclable ou biodégradable et/ou produit à partir de matières premières recyclées ou facilement renouvelables. Actuellement, 98 matériaux de construction sont certifiés, mais aucun matériau n'a obtenu le standard platinum. La plupart sont certifiés « Argent » (Silver) avec un score de réutilisation des matières de 50%.

Label Cradle to Cradle

Source : www.c2ccertified.org/

En pratique : préparer et organiser son chantier

Construire ou rénover avec des matériaux de récupération est aujourd’hui innovant, mais pas forcément plus compliqué qu'avec des matériaux neufs. Cela demande surtout de changer ses habitudes et de mettre en œuvre sa créativité pour surmonter certains obstacles.

Il est important d'intégrer la notion de réemploi dès les premières étapes du projet. Il devient ainsi un élément de choix prépondérant lors de la sélection d'un architecte et/ou d’un entrepreneur. Il est intéressant de sonder leurs propositions concrètes en faveur du réemploi, des matériaux recyclés et/ou durables, de la gestion des déchets sur chantier, etc.

Dans le cas d'une rénovation, une première étape consiste à estimer le potentiel de réemploi des matériaux et des équipements présents sur le site. Ces matériaux pourront soit être réutilisés sur place, soit sur d'autres chantiers. Il faut également relever les risques liés à la présence d'amiante ou de polluants qui nécessitent une gestion spécifique (4)

Dans le cas où des matériaux de réemploi provenant d'autres rénovations/déconstructions sont utilisés, il faudra s'investir davantage pour la recherche des matériaux. Contrairement aux produits neufs, les matériaux de construction de réemploi ne disposent généralement pas d'une garantie attestant leurs performances. Vous devrez alors prendre vos responsabilités avec les intervenants, en particulier s’il s’agit de matériaux structurels. Il peut s'avérer également plus difficile de trouver un entrepreneur qualifié et motivé pour mettre les matériaux en œuvre, suite à l'absence des manuels ou des fiches techniques (5).

Exemple (source : « Guide pratique. Réemploi/réutilisation des matériaux de construction » (6)): Maison 3 façades à Ottignies. Une annexe sur deux niveaux et un ancien four à pain ont été démontés :
Une exigence du maître d'ouvrage vis-à-vis de l'entrepreneur était le tri des déchets sur place et la preuve du transport dans un centre agréé de ce qui était à évacuer. Certains éléments ont été conservés par le maître d'ouvrage dans le but de les réutiliser sur place : anciens carrelages réintégrés dans la nouvelle cuisine, briques pour rehausser certains murs, bois pour une cabane de jardin... Une autre partie des matériaux démontés a été donnée à des particuliers ou revendue à des entreprises de récupération de matériaux.

Anciens carrelages réintégrés dans une nouvelle cuisine
L’ancien carrelage de la salle à manger intégré dans la cuisine

Déconstruction sélective et réemploi de briques
Les briques nettoyées et prêtes à être réutilisées.

 

Où trouver des matériaux de réemploi ?

 

Pour trouver des matériaux de réemploi, divers canaux existent : revendeurs professionnels, entreprises d'économie sociale, sites de petites annonces, chantiers en cours à proximité... Il faut un peu fouiller pour trouver les bons tuyaux. Attention, la chasse aux trésors se révèle passionnante et nombreux sont ceux qui se retrouvent privés de sommeil pour consulter les petites annonces en ligne !

Les revendeurs professionnels et associations

Au sein des revendeurs professionnels, la diversité est grande. Chaque revendeur à son propre panel d'activités et de matériaux disponibles, mais aussi sa manière de fonctionner. Certains revendeurs font partie de la filière associative (entreprises d'économie sociale, Entreprises de Formation par le Travail, ASBL...), d'autres émanent du secteur purement privé.

En raison des coûts élevés de démantèlement, de remise en état et de stockage, les revendeurs professionnels privés se concentrent de plus en plus sur des matériaux à haute valeur ajoutée. On y retrouve des matériaux remarquables du point de vue de leur âge ou de leur manufacture : pierres bleues, dalles de carrelage en céramique, pavés... Les matériaux plus « standards », tels que les portes, châssis et sanitaires se raréfient chez les revendeurs professionnels (7) et se retrouvent plutôt chez les associations et sur les sites de petites annonces et de seconde main.

Portes de seconde main chez un revendeur professionnel
Source : www.aremat.be

Le site www.opalis.be est un outil précieux pour s'y retrouver. Il propose notamment une cartographie des revendeurs professionnels, permettant une recherche sur base géographique ou en fonction des matériaux recherchés.

Les sites de petites annonces

La plupart des sites connus du grand public s'accordent sur le fait que les matériaux de construction d'occasion ont le vent en poupe (8). Sur le site www.2ememain.be, la rubrique « Construction » a connu une augmentation de popularité de 16% l'année passée et constitue actuellement la 4e catégorie la plus visitée (9) . Les mêmes tendances se dessinent pour www.ebay.be. L'offre la plus abondante se situe au niveau des poêles (à bois, gaz ou mazout), suivie par l'électricité (gaines, coffrets...), les châssis et fenêtres et le sanitaire (WC, lavabo, baignoire...) (10) .

Les chantiers en cours à proximité

Des chantiers en cours près de chez soi peuvent également libérer des matériaux intéressants. Il est parfois possible de trouver un arrangement avec l'entrepreneur qui, lui, ne devra plus s'occuper de leur évacuation et de leur stockage.

Quels matériaux et à quel prix ?

Les matériaux minéraux de réemploi sont assez abondants sur le marché. On trouve très facilement des pierres bleues et d'autres pierres naturelles. Les briques, carrelages, pavés,  bordures, klinkers, tuiles et couvre-murs sont également disponibles en grandes quantités. D'autres matériaux qu'on retrouve facilement sont les antiquités architecturales (encadrements de portes, vitraux ou boiseries précieuses, cheminées…), les châssis de fenêtre, les portes, les chauffages en fonte et les poutres en chêne de moins de 5 mètres. Les composants électriques et les sanitaires se retrouvent plus rarement chez les revendeurs mais sont assez abondants sur les sites de petites annonces.

Parmi les matériaux plus difficiles à trouver, on peut citer les poutres en chêne de plus de 5 mètres, tout comme le bois de construction en général. Les planchers et parquets anciens sont également relativement rares. Les matériaux de construction métalliques, les matériaux d'aménagement de bureaux, les isolants, les revêtements de finition sont, eux, quasi absents du marché (11).

Le prix des matériaux de réemploi est extrêmement variable. Le prix d'une porte peut par exemple varier entre 30 et 300 euros, selon qu'il s'agisse d'une antiquité architecturale ou non, en fonction de sa rareté, de sa période de production et de sa préciosité. Les politiques de prix varient d'un matériau à l'autre et d'un revendeur à l'autre (12).

Voici quelques éléments d'attention à l'achat d'un matériau de réemploi (13) :

  • L'état du matériau : certains lots de matériaux sont vendus prêts à l'emploi, c'est à dire triés, nettoyés, conditionnés, et d'autres non.
  • Le stock disponible : si le matériau doit être disponible à un moment précis en quantités précises, il est important de s'assurer de sa disponibilité au moment voulu. 
  • Récupération ou imitation : certains matériaux de réemploi se font de plus en plus rares, comme certaines briques anciennes, d'où l'arrivée sur le marché de matériaux neufs qui imitent l'aspect des matériaux anciens. Ces produits sont systématiquement vendus moins chers.
  • Activité économique locale ou pas : contrairement à ce que l'on peut croire, le marché du réemploi est bel et bien un marché international. Parmi les produits importés en Belgique, on trouve notamment des poutres en chêne, des briques et de la pierre naturelle provenant majoritairement de France et des klinkers des Pays-Bas.

Il suffit de se renseigner auprès des revendeurs pour connaître l'état, la disponibilité et la provenance des matériaux. Le site www.opalis.be propose également des conseils utiles et des fiches matériaux qui reprennent, par matériau, des informations sur l'état du marché, des points d'attention, une liste de revendeurs possibles et des indications de prix (14).

Comment évacuer ?

Pour évacuer les matériaux et équipements susceptibles d'être réutilisés sur d'autres chantiers,  il est possible de faire appel aux canaux précités. Dans le cas de revente via des revendeurs, les matériaux devront répondre à une série de critères de qualité. Une première prise de contact téléphonique permet de sonder leur intérêt. Les conditions pratiques et le prix sont à négocier et peuvent diverger d'un revendeur à l'autre, notamment en fonction de l'état de leur stock. Pour certains matériaux, notamment les sols en carrelages, les revendeurs préfèrent démanteler eux-mêmes afin de limiter les dégâts (15). Cette démarche peut s’avérer rentable en réduisant le coût d’évacuation des déchets de démolition par conteneur.

Ici encore,  le site www.opalis.be propose des conseils pratiques.

Pour rêver un peu !

Casa pouBelle (16). Maison d'ouvrier du 19e siècle à Gand. Rénovée avec des déchets, des chutes et des éléments récupérés.
La maison est isolée avec 1,2 million de bouchons en liège, récupérés auprès de restaurants, de cafés et d’amis. Les revêtements des murs de la terrasse sont constitués de coquillages de Bretagne et de vieilles ardoises. Les briques du salon et les carrelages du rez-de-chaussée sont tous issus du réemploi. À voir sur www.casapoubelle.be


Intégration de matériaux de réemploi dans le jardin

Réintégration de carrelages issus du réemploi

Casa pouBelle, maison d'habitation de Stefaan Onghena - architecte d’intérieur (www.casapoubelle.be).
Copyright photos: Freddy Willems

Cabanon en châssis de récup

Construction en palettes

Cabanon en châssis de récup
Source : relaxshacks.blogspot.be

Construction en palettes
Source : www.trendir.com

 

D’autres idées pour des murs, cloisons, maisons de récup’ avec du verre, des palettes, briques, pneus, cartons, châssis… Essayez avec les termes « recycled house » sur google image !

Pour aller plus loin ?

  • www.opalis.be:
    • cartographie des revendeurs professionnels, permettant une recherche sur base géographique ou en fonction des matériaux recherchés
    • fiches matériaux qui reprennent, par matériau, des informations sur l'état du marché, des points d'attention, une liste de revendeurs possibles et des indications de prix.
    • clauses techniques pour permettre de demander à son entrepreneur d’utiliser certains matériaux de construction issu du réemploi pour les pavés, bordures et klinkers, pour le bois de construction et pour les briques.
  • Guide pratique. Réemploi/réutilisation des matériaux de construction, Cifful, Ressources, CCW & CCBC (2013) pp.10-15.
  • Faites/Fête de la récup' du 3 au 11 mai 2014 ! Découvrez ces entreprises qui pratiquent l'économie circulaire, la créativité de l'upcycling à travers de nombreuses activités qui seront organisées pendant une semaine : ventes exceptionnelles, ateliers créatifs, concours du «juste prix », animations diverses... Suivez l'actualité du projet sur facebook.com/larecup
  • Pour des conseils et des adresses d'entreprises de démantèlement et de revente :
    • Le site de RESSOURCES, la fédération des entreprises d'économie sociale actives dans la réduction des déchets par la récupération, la réutilisation et la valorisation des ressources. Contact direct : Benoît Janssens, 081 390 710, b.janssens@res-sources.be
    • Moteur de recherche sur le site de SAW-B (Fédération pluraliste d'entreprises sociales et d'économie sociale.
    • Pour la province du Hainaut : Progress (Agence conseil en économie sociale). Contact direct : France Lhoir, France.Lhoir@agenceprogress.be.

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  • (1)   Le secteur européen de la construction représente, à lui seul, près de 50 % de la consommation des ressources naturelles et près de 40 % de la production des déchets sur l’ensemble du territoire européen. Source : Bruxelles Environnement (2014). Cifful, Ressources, CCW & CCBC (2013). Guide pratique. Réemploi/réutilisation des matériaux de construction, Préface.
  • (2)   Service Public de Wallonie (2012). Avenant à la préparation du volet réutilisation des déchets ménagers et assimilés du futur plan wallon des déchets, p.27.
  • (3)   Ibid
  • (4)   Cifful, Ressources, CCW & CCBC (2013). Guide pratique. Réemploi/réutilisation des matériaux de construction, pp.10-15.
  • (5)   Tu bâtis, je rénove (janvier 2014), 32e année, n° 295. La récup', un bon plan ?, pp. 50-52.
  • (6)   Cifful, Ressources, CCW & CCBC (2013). Guide pratique. Réemploi/réutilisation des matériaux de construction, p.34.
  • (7)   Ibid.
  • (8)   Ibid.
  • (9)   Bond Beter Leefmilieu, Ecobouwers Opendeur magazine (Novembre 2013). Oud wordt nieuw. Interieurarchitect Stefaan Onghena renoveert met afbraakmaterialen, p. 27.
  • (10)   2ememain.be - www.2ememain.be/construction/
  • (11)   Rotor asbl (2014). Opaliswww.opalis.be/fr/materiaux
  • (12)   Ibid.
  • (13)   Ibid.
  • (14)   Ibid.
  • (15)   Ibid.
  • (16)   Bond Beter Leefmilieu, Ecobouwers Opendeur magazine (Novembre 2013). Oud wordt nieuw. Interieurarchitect Stefaan Onghena renoveert met afbraakmaterialen, pp. 26-27 et www.casapoubelle.be.

Voir aussi