Insecticides utilisés dans la maison : attention danger

L’Art d’éco... consommer n°015 - Dossier
(mai 2006)

On a recours très facilement à des produits pour nous débarrasser des insectes qui pénètrent dans nos habitations. Cela concerne aussi les parasites pour chiens et chats.

Ces insecticides doivent à la fois lutter contre les insectes nuisibles et être inoffensifs à l’égard de l’homme. Mais en fait, ces exigences sont-elles conciliables ? Malheureusement elles ne le sont pas. Il a été démontré que l’utilisation d’insecticides dans la maison est particulièrement dangereuses et peut être à l’origine de maladies graves. De plus, à l’intérieur, ces insecticides se dégradent très lentement et imprègnent pour longtemps les sols, les tapis, le mobilier, les tentures, la poussière... prolongeant notre exposition à ces substances toxiques.

L’utilisation d’insecticides à l’intérieur est encore facilitée par le fait que de nombreux fabricants leur attribuent des slogans tels que « parfaitement inoffensif », « naturel  » ou « respectueux de l’environnement ». Mais quelles sont les substances contenues dans ces nouveaux insecticides ? Se limitent-elles à attaquer les insectes nuisibles et sont-elles vraiment inoffensives pour nous ?

Nouvelle tendance

Il y a quelques années encore, les insecticides contenaient des substances qui sans nul doute étaient dangereuses pour l’homme (par exemple : Dichlorvos, Chlorpyrifos, Propoxur, Lindane). Aujourd’hui ils sont pour la plupart à base de pyrèthre, un produit d’origine végétale et de pyréthrinoïdes synthétiques de la même famille. Ces substances sont sensiblement moins dangereuses, mais pas dénuées de risques comme on le verra par la suite.

Les anciens Perses et Chinois savaient déjà, du moins de façon indirecte, que le pyrèthre agit contre les insectes  : ils broyaient les pétales d’une certaine espèce de chrysanthème contenant du pyrèthre pour produire une poudre anti-puces. Aujourd’hui on obtient le pyrèthre en l’extrayant des fleurs. Ce pyrèthre naturel se dégrade très vite, son effet anti-insectes ne persiste pas très longtemps. C’est pour compenser cette caractéristique que l’industrie chimique a créé des substances analogues, les pyréthrinoïdes synthétiques à toxicité variable. Les pyréthrinoïdes, tout comme le pyrèthre, agissent sur le système nerveux.

Origine naturelle mais pas inoffensif !

Bien que la plupart des insecticides « intérieurs  » qui sont aujourd’hui commercialisés soient à base de substances qui sont moins toxiques, l’amélioration n’est donc pas suffisante. Des risques pour la santé et l’environnement persistent. Les enfants en font souvent les frais, ainsi que les asthmatiques et les allergiques. Au-delà, les intoxications sont souvent dues à des mauvais usages (il ne faut pas oublier de lire la notice !).

Les extraits de pyrèthre peuvent contenir des impuretés de la plante, notamment des pollens, susceptibles de déclencher des allergies. De plus, les insecticides à base de pyrèthre naturel contiennent souvent des adjuvants pour en améliorer l’efficacité, adjuvants qui s’avèrent dangereux pour la santé.

En fait, pour prolonger la durée de vie des pyrèthres naturels (rapidement dégradés par la lumière) et de certains pyréthrinoïdes de synthèse, on ajoute une substance appelée Piperonyl Butoxyde (PBO). Le problème est qu’elle inhibe la désintoxication qui s’opère dans notre organisme en cas d’absorption de pesticides, ce qui est négatif du point de vue toxicologique. Son absorption pourrait donc augmenter la toxicité d’autres pesticides auxquels l’homme serait exposé.

En ce qui concerne les pyréthrinoïdes de synthèse, ils peuvent occasionner de graves problèmes de santé en cas d’exposition prolongée : désordres cérébraux et de la locomotion, diminution de l’immunité après intoxication aiguë ; certains sont classés cancérigènes possible pour l’homme selon l’Agence de Protection de l’Environnement américaine (EPA) et/ou perturbent le système hormonal chez l’animal de laboratoire et au niveau de la faune sauvage...

(http://www.pan-belgium.be/2_approfondir/proprietes_pesticides_1.htm)

En outre, ils peuvent être à l’origine de fourmillements intenses en cas de contact direct et prolongé avec le corps. Les produits insecticides qui en contiennent (diffuseurs, moustiquaires imprégnées...) peuvent aussi occasionner des irritations de la peau et des yeux, à cause des solvants organiques utilisés pour dissoudre les substances actives.

Facilité d’utilisation et efficacité, à quel prix ?

On constate que l’efficacité et la facilité d’utilisation dans la lutte contre les insectes va en général de pair avec une toxicité accrue pour l’homme.

Par exemple, les évaporateurs électriques contiennent des pyréthrinoïdes volatils qui s’évaporent dans l’air ambiant tant que l’appareil est branché. L’exposition à ces substances est donc continue !

De même, le conditionnement en spray (bombe aérosol) est dépassé ! Du point de vue écologique, il est déraisonnable puisqu’on emploie un grand emballage pour peu de contenu. Contrairement aux vaporisateurs, les sprays ne peuvent pas être rechargés. En tant qu’insecticides, ils sont plus toxiques, parce qu’ils produisent une brume très fine qui atteigne les poumons et, en outre, ils présentent un risque d’explosion à cause du gaz propulseur (butane ou propane).

Si vous êtes néanmoins amenés à utiliser des insecticides en spray, pensez à quelques consignes de sécurité  :

  • Utilisez un spray uniquement dans les pièces vides de tout occupant et aérez après.
  • Une application précise signifie qu’il faut vaporiser là où les insectes se cachent (fissures, derrière les armoires...) et pas en excès !
  • Dépoussiérer les pièces avant de vaporiser le produit. Les substances actives se logent dans les poussières qui pourront ensuite être inhalées.
  • Il faut signaler que ces substances sont hautement toxiques pour les poissons  ; penser à protéger l’aquarium lors de vaporisation de produits en contenant.

Le premier réflexe : la prévention

Les insectes sont certes très importuns, voire nuisibles s’ils s’installent dans nos réserves alimentaires. Mais il ne faut pas pour autant recourir immédiatement aux biocides. Quelques alternatives :

1. Les aliments secs (céréales, légumes secs, sucre, etc.) doivent être correctement stockés en un lieu qui n’est ni trop froid ni trop humide et dans des récipients étanches.

2. Il y a moyen de prévenir l’entrée des moustiques dans la maison :

  • Les toiles d’araignées sur les châssis des fenêtres constituent une excellente moustiquaire naturelle. Lorsqu’il y a trop de moustiques, le placement d’une moustiquaire adaptée à la fenêtre est la plus efficace des armes préventives (aussi valable pour les mouches).
  • Mettez des pots avec des plants de tomates sur le rebord de la fenêtre. Les moustiques n’apprécient pas du tout l’odeur dégagée par les feuilles. Ils n’apprécient pas non plus : la citronnelle, la lavande (mettez de l’essence de lavande dans un gobelet), l’eucalyptus (l’huile et les feuilles), les pelures d’oignon, le vinaigre.
  • Les pièges ultraviolets n’ont pas recours à la chimie, mais ils ne sont pas recommandés. Ils attirent bien d’autres insectes (utiles, un tout cas d’un point de vue humain) qui sont aussi éliminés.

3. Les fourmis marquent leur chemin par des traces d’odeurs, elles ne peuvent plus s’orienter si celles-ci manquent. On peut les chasser par un bon nettoyage (à l’aide d’un nettoyant universel). Mais on pourra aussi les déranger en plaçant des feuilles de fougère ou de tomate , quelques gouttes d’huile de lavande ou de citron sur leur trajet.

Avons-nous peur de la nature ?

Notre besoin de nature prend des airs grotesques lorsque nous attaquons cette même nature avec d’importants moyens chimiques dès qu’elle nous touche de trop près. Pensons toujours aux méthodes de prévention. Certes, cela demande un peu plus de temps ou de ressources pour changer notre mode de vie, mais l’effort vaut la peine. La santé n’a pas de prix !

Article rédigé par Edurne Gil sur base des articles suivants :

  • Dossier « Antiparasites, insecticides : Des poisons pour notre santé ? », 60 Millions de Consommateurs n°396 juillet-août 2005
  • « Les Insecticides », Union Luxembourgeoise des Consommateurs n°10 1996

Bibliographie & pour en savoir plus

Découvrir, approfondir et connaître des méthodes de prévention :

www.pan-belgium.be (Pesticides Action Network Belgium)

« Je peux éviter d’utiliser des pesticides à la maison » - fiche d’information n°2 sur la santé et l’habitat, www.ecoconso.be

Principes actifs et santé :

www.pesticides.be

www.pesticideinfo.org (en anglais)

Plantes d’intérieur et jardin :

« Insecticides chimiques pour plantes - Mieux vaut prévenir », Test-Achats n°497 avril 2006

« Herbicides, pas un choix innocent », Test-Achats n°485 mars 2005

www.natpro.be (Nature & Progrès Belgique : jardiner sans pesticides)


Version imprimable Version imprimable



Mots-clés

pollution intérieure pesticides l’Art d’éco... consommer

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition
sous un contrat Creative Commons