11 idées reçues sur le climat… et comment y répondre !

Idées reçues sur le climat
Idées reçues sur le climat

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Auteurs : 

Jonas Moerman

« Le réchauffement climatique n’existe pas », « Nos efforts ne servent à rien »... Répondez aux mensonges et idées reçues sur le climat.

Vous vous bougez pour le climat ? Et lors des repas en famille, d’un apéro entre amis, autour d’un café au bureau, sur les réseaux sociaux, on vous a déjà posé des questions ou des objections ? Et parfois, ça vous énerve ? Surtout quand ce sont des idées reçues ou des remarques erronées et que vous n’avez pas toutes les cartes en main pour répliquer ? Voici 11 déclarations ou mensonges que l’on entend souvent… et la réponse à apporter.

Sommaire :

  1. Ce sont la Chine, les USA et l'Inde qui émettent le plus de CO2. Si eux ne bougent pas, nos petits efforts ne servent à rien !
     
  2. 70% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont causées par 100 entreprises. Si on les forçait à agir, le problème serait résolu !
     
  3. Il y en a marre de culpabiliser le citoyen, c'est au politique et aux entreprises d'agir ! (Et eux, ils ne font rien...)
     
  4. Être tout seul à bouger, ça n'a aucun impact. Et quand on voit tous ceux qui s'en foutent…
     
  5. C'est facile quand on a les moyens !
     
  6. C’est bien beau d’aller à la marche climat mais si c’est pour venir en voiture aujourd'hui / pour acheter un nouveau smartphone / pour prendre l'avion pour les prochaines vacances… C'est pas très écologique ça...
     
  7. Le climat a toujours varié par cycles. Les scientifiques ne sont d'ailleurs pas tous d'accord sur le réchauffement climatique ni sur le rôle de l'Homme là-dedans.
     
  8. On fait tout un foin pour 2°C. C'est quand même pas grand chose...
     
  9. On parle d’un réchauffement de 2°C en 2100. Ça nous laisse le temps de trouver des solutions, l'homme est ingénieux et les technologies évoluent...
     
  10. Si on arrête le nucléaire, on va exploser nos émissions de CO2 !
     
  11. Le problème du réchauffement, ce n'est pas le CO2, c'est la surpopulation.

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1. Ce sont la Chine, les USA et l'Inde qui émettent le plus de CO2. Si eux ne bougent pas, nos petits efforts ne servent à rien !

Certes, la Belgique, petit pays, ne représente que 0,3% des émissions mondiales de CO2. Elle arrive 41e dans le classement des principaux émetteurs, loin derrière la Chine et les USA. Et les émissions de la Chine sont, sur papier, 100 fois plus importantes que celles de la Belgique.[1].

Mais…

1. La Belgique émet plus de CO2 par habitant que la Chine : on émet 8,8 tonnes de CO2 par Belge et par an contre 7 tonnes par Chinois.

2. Ces chiffres ne tiennent pas compte des émissions importées : une partie de ce que nous achetons est produit en Chine (électronique, vêtements…). Si on comptabilise cela dans notre empreinte carbone et non dans celles des Chinois (puisque c’est produit pour nous), l’écart est bien plus grand encore : l’empreinte carbone d’un Belge monte à 16 tonnes de CO2/an tandis que celle d’un Chinois descend à 5 tonnes par an.

D’ailleurs, la Belgique va tout juste atteindre son objectif 2020 de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (grâce à un tour de passe-passe comptable[2]). Mais cela masque une partie de la délocalisation des émissions. Des usines ferment en Europe mais la consommation ne diminue pas. La fabrication se fait ailleurs, essentiellement en Asie… où l’électricité y est majoritairement produite avec du charbon, ce qui est une catastrophe pour le climat.

Pour des raisons d’emploi et d’environnement, il serait utile de relocaliser la production. Malheureusement, le calcul économique (entre autres avec un faible coût du transport) pousse à la délocalisation vers des pays où la main d’œuvre est moins chère. C’est mauvais pour le climat mais pourtant tout bénéfice pour le calcul des émissions de CO2 de la Belgique…

3. Tout le monde doit s’y mettre. Si on balaie devant sa porte d’abord, on s’aperçoit que la Belgique sort de la trajectoire de réduction pour 2030 pour les secteurs non ETS (essentiellement les bâtiments et les transports, et dans une moindre mesure l’agriculture et les déchets). Ce sont 17 millions de tonnes de gaz à effet de serre qui seront émises en trop, sur un total de 70 millions de tonnes (ou 70 Mt) pour les secteurs non ETS.[3] On devrait arriver à 2,3 tonnes de CO2 par personne et par an en moyenne mondiale, en revoyant tous nos modes de vie et de consommation. On ne peut pas se contenter de prendre un pays (ou même un individu) de manière isolée pour conclure que l’impact est négligeable et qu’il ne faut rien changer.
 

2. 70% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont causées par 100 entreprises. Si on les forçait à agir, le problème serait résolu !

Oui, les 100 entreprises qui exploitent les énergies fossiles (gaz, pétrole et charbon) sont logiquement celles qui émettent le plus de gaz à effet de serre [4], puisque 90% des émissions de CO2 sont directement issues de la combustion des hydrocarbures fossiles.[5]

Mais il ne faut pas oublier que les consommateurs utilisent une partie de ces combustibles fossiles quand ils remplissent le réservoir de leur véhicule, qu’ils se chauffent au gaz ou au mazout ou encore quand ils utilisent de l’électricité dans un pays qui la produit avec du charbon (ce qui n’est pas le cas de la Belgique). Il faut aussi de l’énergie pour fabriquer des objets ou les utiliser. Par exemple, produire un ordinateur portable demande 240 kg de combustibles fossiles ! [6] 

Il est donc un peu facile de rejeter la faute sur ces seules entreprises. Il faut plutôt les encourager à investir plus massivement dans des technologies propres et l’exploitation de ressources renouvelables plutôt que fossiles. Parallèlement, on peut réduire la pression sur ces ressources par une consommation raisonnée et des comportements et des équipements économes en énergie.

D’ailleurs, en Europe, le top 10 des émetteurs est habituellement occupé uniquement par des centrales au charbon. Mais, cette année, Ryanair a rejoint ce triste top 10[7], signe que les habitudes de consommation ont des conséquences considérables.

> Voir la checklist d’actions Climat : arrête d’en faire des tonnes !
 

3. Il y en a marre de culpabiliser le citoyen, c'est au politique et aux entreprises d'agir ! (Et eux, ils ne font rien...)

C’est un petit peu facile de rejeter la responsabilité sur les autres acteurs : si c’est leur faute, pas besoin de se remettre en question et de faire des changements soi-même ;-)

Rappelons l’ampleur du défi : la Belgique doit diviser ses émissions de CO2 par deux d’ici 2030 et les diminuer de 95% d’ici 2050. Autant dire que pour y arriver, il faut la participation active de tous les acteurs : pouvoirs publics, entreprises et citoyens. Il n’est pas question de culpabiliser mais bien de sensibiliser et de responsabiliser chacun sur son rôle pour mettre en œuvre les solutions.  

> Lire aussi : Comment réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50% ?

En tant que citoyen, on a du pouvoir – dont on est souvent trop peu conscient – et des leviers à activer :

  • On choisit ses représentants lors des élections et il ne faut pas hésiter à prendre part aux débats, s’informer des décisions qui sont prises...
     
  • On vote aussi avec son argent. On est des milliards à poser tous les jours une multitude de choix qui entretiennent un système… ou qui contribuent à le remettre en question. On choisit ce qu’on achète (ou ce que l’on n’achète pas) et, dans bien des cas, on peut préférer des produits et des services qui ont moins d’impact sur l’environnement et l’humain. Et même quand on a un peu d’argent et qu’on le laisse « dormir » sur un compte, ce n’est pas anodin. On compte 1kg de CO2 par euro d’épargne. Parce que cet argent, en réalité, il ne dort pas, il finance des activités, plus ou moins polluantes selon la banque.
     
  • Les entreprises visent à faire du profit et pour cela cherchent à fidéliser leurs clients, à être à leur écoute et à susciter de nouvelles envies. Mais si les clients n’accrochent pas, les « mauvaises idées » passent vite à la trappe. Une entreprise ne vaut pas grand-chose si personne n’achète ses produits.
     
  • Le citoyen peut encourager le politique et lui montrer qu’il a envie de changement et est prêt à certains efforts. Par exemple :
    • Les experts estiment qu’une tarification carbone est nécessaire pour accélérer la transition vers une économie bas carbone. Mais dès que l’on parle de « taxe » tout le monde se cabre et le politique préfère éviter une solution impopulaire, en particulier à l’approche des élections. Du coup, on n’écoute même pas les propositions. Pourtant, il est possible de prévoir des mécanismes pour aider les faibles revenus, de communiquer sur l’utilisation qui serait faite des montants récoltés… > En savoir plus sur la tarification carbone.
    • Tant les pouvoirs publics que les entreprises veulent développer l’éolien (terrestre). C’est intéressant pour des raisons économiques et environnementales. Mais les dossiers sont systématiquement freinés par les recours de quelques personnes qui ne veulent pas que leur paysage soit impacté.
       
  • De nombreux citoyens se regroupent aussi pour créer des alternatives, sans attendre le soutien ou l’évolution des autres acteurs. Voir point 4 ci-dessous.

Mais il est certain que si les citoyens sont les seuls à agir, cela ne suffira pas.

Du côté des pouvoirs publics et des entreprises, on a parfois l’impression que rien ne bouge. Pourtant, des actions ont déjà été mises en place :

  • Évolution des normes énergétiques pour favoriser des constructions et des rénovations économes en chauffage (passif, quasi zéro énergie, interdiction du mazout pour les nouvelles constructions…).
  • Fin du tout-à-la-voiture en Région bruxelloise : destruction de viaducs, diminution des bandes de circulation et des places de parking, ajout de parkings de dissuasion à l’entrée de la ville.
  • Innovations techniques dans les matériaux d’isolation, les systèmes de chauffage, l’éclairage.
  • Développement de l’éolien offshore.
  • Directive écodesign, au niveau européen, avec l’étiquette énergie entre autres.
  • Jeudi veggie dans des nombreuses cantines scolaires et restaurants d’entreprise.
  • Intégration de critères environnementaux dans divers marchés publics.
  • Interdiction progressive des pesticides.
  • Mise en œuvre du Plan de Réduction des Gaspillages Alimentaires en Wallonie.
  • Ouverture de dizaines de magasins de vrac.
  • Allongement de la garantie à 1 an sur les biens de seconde main.

Mais il reste beaucoup à faire ! Par exemple :

  • Adopter une loi climat.
  • Mettre en place un vaste plan d’isolation des bâtiments, dont les logements
  • Investir davantage dans les énergies renouvelables.
  • Mettre en place une tarification carbone et une taxe sur les billets d’avion. Utiliser l’argent récolté pour mettre en œuvre des politiques bas carbone.
  • Supprimer l’avantage fiscal des voitures de société et développer le budget mobilité.
  • Améliorer l’offre de transports en communs.
  • Limiter l’étalement urbain.
  • Développer l’étiquetage CO2 des produits.
  • Soutenir l’élevage extensif au lieu d’intensif.
  • Adopter une loi contre l’obsolescence programmée et imposer un indice de réparabilité.

  •  

4. Être tout seul à bouger, ça n'a aucun impact. Et quand on voit tous ceux qui s'en foutent…

Avoir l’impression d’être le seul à faire des efforts n’est pas motivant. Pourtant, des dizaines de milliers de personnes en Belgique se sont mobilisées pour les marches citoyennes de décembre et janvier et lors des grèves des jeunes pour le climat les jeudis.

Et il faut savoir qu’un groupe minoritaire peut faire basculer les normes sociales lorsqu’il atteint une masse critique (autour de 10 à 25% de la population).[8] Cela signifie que même si beaucoup de personnes ne sont a priori pas convaincues par l’urgence climatique, il arrive un point de basculement où cela devient normal d’agir dans son quotidien.

Pour se motiver, rien de tel que de rencontrer d’autres personnes qui se bougent pour le climat et qui adoptent des solutions concrètes :

  • Rejoindre ou créer un groupe en transition. Le Réseau transition regroupe des initiatives de transition lancées par des citoyens en Wallonie et à Bruxelles. Que ce soient des monnaies locales, des potagers collectifs, des givebox, les solutions inspirantes ne manquent pas.
  • Investir dans une éolienne citoyenne. Voir liste sur coopalacarte.be.
  • Rejoindre ou créer un supermarché coopératif citoyen. En Belgique francophone, il y a a déjà Coopeco à Charleroi, Beescoop à Bruxelles, Vervicoop à Verviers et Oufticoop à Liège.
  • Participer à une initiative citoyenne telle qu’un GAC (groupe d’achats communs) ou un GASAP (groupe d’achat solidaire de l’agriculture paysanne), un Repair Café, un SEL (service d’échange local), un potager collectif… La carte du Réseau des Consommateurs Responsables regroupe plus de 1200 initiatives citoyennes.[9]
  • Rejoindre le groupe Climat - Arrête d’en faire des tonnes d’écoconso sur Facebook.

Montrer ce monde en action, c’était d’ailleurs toute la force du film « Demain ». C’est l’occasion de le visionner pour se donner un bon coup de motivation et se sentir moins seul. Pourquoi pas avec la personne qui prétend « qu’être seul à bouger ça ne sert à rien » ? ;-)

On peut aussi participer à des conférences pour sentir qu’on est loin d’être le seul intéressé par les enjeux écologiques et trouver de nouvelles idées. Et jeter un œil, par exemple, dans l’agenda d’écoconso ou le catalogue de formations du Réseau Idée.
 

5.C'est facile quand on a les moyens !

Avoir les moyens facilite certainement la mise en place de solutions pour émettre moins de CO2, notamment pour faire des travaux dans son habitation : meilleure isolation, nouvelle chaudière, panneaux solaires…

Pourtant, on constate que les « classes supérieures » ont une empreinte écologique plus élevée que la moyenne, malgré leur niveau de vie plus aisé et une sensibilité aux questions environnementales. [10] Elles ont adopté certains comportements (achats en vrac, diminution de la consommation de viande), mais ça ne suffit pas car, dans d'autres domaines, elles consomment beaucoup (voiture et avion par exemple).

Bref, les choix que l’on pose en matière de consommation ont une grande importance. Il ne suffit pas d’avoir les moyens de s’offrir les équipements les plus économes en énergie. Il faut aussi changer certaines habitudes et remettre en cause le modèle consumériste.

D’ailleurs, bonne nouvelle pour les budgets serrés : adopter l’éco-consommation peut même s’avérer très économique. Fabriquer ses produits soi-même, acheter local et de saison, privilégier la seconde main, boire l’eau du robinet, louer au lieu d’acheter, réparer plutôt que remplacer … Autant de choix qui, mis tous ensemble, permettent d’économiser des centaines, voire des milliers d’euros chaque année.

> En savoir plus : Green For Life, éco-consommer pour économiser.

Certes, l’écologie est souvent perçue comme plus chère et c’est en partie vrai : un pull éthique ou un poulet bio coûte plus que sa version low cost. Mais peut-être faut-il redonner de la valeur à ce que l’on mange et ce que l’on porte. Combien de personnes achètent des vêtements en soldes, qu’elles ne porteront finalement jamais ? Et il est d’ailleurs tout à fait possible de manger bio et pas cher.

> Lire : 7 astuces pour manger bio et pas cher.

Mais pour consommer mieux, il faut accepter de consommer autrement et de remettre en question ses habitudes… Et cela quel que soit son niveau de vie.
 

6.C’est bien beau d’aller à la marche climat mais si c’est pour venir en voiture aujourd'hui / pour acheter un nouveau smartphone / pour prendre l'avion pour les prochaines vacances… C'est pas très écologique ça...

Même les activistes les plus engagés et les plus cohérents ont un jour fait un premier pas ! Entre ne rien faire et « être parfait sur tous les plans », il y a une sacrée distance à parcourir. Dans quelle direction avancez-vous ? Et votre interlocuteur ?  

Il y a de nombreuses choses à faire pour préserver le climat, l’environnement, la santé. Et chacun a une situation différente. Certains vivent sans voiture mais prennent souvent l’avion. D’autres font leur potager bio et sont presque zéro déchet mais habitent une ancienne maison qui consomme beaucoup de mazout. D’autres encore ont isolé leur appartement et vont travailler à vélo mais craquent toujours pour le dernier gadget à la mode. Chacun a ses défis et ses faiblesses et on révolutionne rarement sa façon de vivre du jour au lendemain.

On ne se laisse donc pas décourager. Il faut encourager les petits pas qui vont dans la bonne direction.

Ceci dit, on doit garder à l’esprit qu’il faut aussi des grands pas pour atteindre l’objectif ultime : maintenir des conditions vivables pour les êtres humains sur cette planète.

Donc, utiliser une gourde c’est formidable mais ça ne suffit pas. Il faut aussi diminuer le chauffage, les kilomètres en voiture et en avion, le gaspillage alimentaire, l’achat d’électronique… Au début de sa démarche, on ne connaît pas forcément les secteurs prioritaires dans lesquels agir. Avoir une idée globale de ses impacts aide à prioriser ses combats. Et il ne faut, de toutes façons, pas attendre d’être parfait pour faire mieux.

> Découvrir une checklist de 16 actions pour le climat, détaillées tout au long de l’année via notre campagne « Climat : arrête d’en faire des tonnes ».

 

7.Le climat a toujours varié par cycles. Les scientifiques ne sont d'ailleurs pas tous d'accord sur le réchauffement climatique ni sur le rôle de l'Homme là-dedans.

À vrai dire, si, ils sont d’accord : 97% des scientifiques compétents en matière de climat s’accordent sur le fait qu’il y a bien un réchauffement climatique et qu’il est d’origine humaine.[11] C’est aussi la position du GIEC, qui est tout de même l’organisme inter-gouvernemental qui analyse l’évolution du climat.

À côté des rapports documentés des scientifiques, qui font l’objet d’une revue par les pairs, on trouve par contre des sorties de semeurs de doute. Ils défendent une opinion personnelle ou un secteur pour lequel ils font du lobby. Pourtant, quand leur avis personnel – car il ne s’agit que de cela – est relayé sur les réseaux sociaux ou bénéficie d’une carte blanche dans la presse, on leur donne autant de poids qu’aux scientifiques.

On les entend souvent dire qu’il y a toujours eu des variations climatiques, avant même le développement des activités humaines les plus impactantes (exploitation du charbon, du gaz et du pétrole, déforestation). C’est vrai. Cependant, les modèles utilisés par les climatologues ne permettent pas d’expliquer l’ampleur des changements climatiques par les seules causes naturelles : volcans, éruptions solaires, changements dans l’axe de rotation de la terre… Par contre, il y a une bonne corrélation entre les concentrations de CO2 et les variations de température.

Température et concentration de CO2 dans l'atmosphère depuis les 400 000 dernières années

Sur ce graphique, qui remonte à 400 000 années on constate que, même si les concentrations ce CO2 ont varié de manière cyclique, elles n’avaient jamais dépassé 280 ppm. Aujourd’hui, elles dépassent 410 ppm et cette concentration inquiète par son ampleur et par sa rapidité. Source : www.climat.be
 

Le cinquième rapport du GIEC[12] indique qu’il est extrêmement probable que les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines soient la principale cause du réchauffement observé depuis 1950.

On n’a plus le temps de tergiverser, on doit mettre en place des solutions pour juguler les changements climatiques. Parce que les conséquences sont déjà observables et que l’on risque d’atteindre un point de non-retour où le système climatique s’emballe.

> Découvrir les 16 actions à mettre en place pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.
 

8. On fait tout un foin pour 2°C. C'est quand même pas grand chose...

Deux degrés cela peut paraître négligeable, surtout quand on observe facilement un écart de 15°C entre la nuit et la mi-journée à Bruxelles. On pourrait même se réjouir d’avoir 2°C en plus en Belgique ;-)

Sauf qu’on ne parle pas de 2°C de plus au thermomètre belge en hiver… À l’échelle planétaire, 2°C c’est énorme. Lors de la dernière glaciation, la température moyenne était seulement 4 à 5°C plus basse qu’actuellement ! Et cela suffisait à avoir aussi un niveau des mers 120 m plus bas.

Sans compter que le système climatique est le fruit d’un équilibre complexe et donc ces 2°C n’auraient pas les mêmes conséquences partout : il y a des endroits qui se réchaufferaient de 6°C, certaines zones seraient sujettes à des pluies torrentielles ou des ourganas, là où d’autres connaîtraient d’importantes sécheresses.[13]

Le GIEC a publié un rapport pour évaluer les conséquences d’une augmentation de la température de 1,5°C et de 2°C[14] et les conclusions sont sans appel : chaque dixième de degré compte pour limiter les impacts des changements climatiques. Par exemple, entre un réchauffement de 1,5°C et un réchauffement de 2°C, on estime que 10 millions de personnes supplémentaires sont menacées par la hausse du niveau de la mer. Autant de vies menacées dans les zones concernées… et de mouvement de population à organiser dans les régions non concernées par la montée des eaux.

> En savoir plus sur les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C ou de 2°C.
 

9. On parle d’un réchauffement de 2°C en 2100. Ça nous laisse le temps de trouver des solutions, l'homme est ingénieux et les technologies évoluent...

James Bond aussi a toujours un petit gadget qui tombe à pic pour lui permettre de s’en sortir in extremis. Mais au final, ce n’est pas le stylo explosif qui sauve le monde, c’est James Bond par son engagement et sa volonté.

Pour le climat, c’est pareil. Bien sûr que les technologies évoluent et les progrès techniques sont indispensables pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre et sortir progressivement des énergies fossiles. On peut compter sur l’innovation grâce à la recherche et à certaines entreprises. Mais il est essentiel de les combiner à de nouveaux comportements, du bon sens et un encadrement politique.

Un seul exemple : les voitures électriques. Elles offrent une bonne solution aux problèmes de pollution urbaine. Mais si on se contente de remplacer toutes les voitures actuelles par des électriques, on passe à côté de l’objectif. On se retrouverait toujours en Belgique avec six millions de voitures et on n’aurait rien gagné en termes d’occupation de l’espace, de congestion ou d’utilisation de ressources. On doit, en parallèle, réduire le nombre de voitures, le nombre de kilomètres parcourus, le poids des véhicules et augmenter leur taux d’occupation. Alors, la voiture électrique devient une bonne option pour les utilisations et les kilomètres résiduels.On n'a plus le temps : il faut agir maintenant pour éviter l'emballement du climat

Mais c’est difficile de changer de façon radicale la manière de produire et de consommer. Le GIEC indique qu’il faut mettre en place des changements « sans précédent » pour respecter l’Accord de Paris et limiter le réchauffement global à 1,5°C. Alors il est certain qu’il est plus facile et confortable de penser que des solutions vont être développées. D’autant que tous les jours, publicité à l’appui, on entend que consommer apporte du bien-être, de la reconnaissance, qu’il faut voyager pour se détendre… Ce sont des émotions positives qui sont faciles à activer. Par contre, inciter à moins consommer est plutôt vu comme quelque chose de désagréable. Pourtant, en discutant avec ceux qui le font, on s’aperçoit que changer sa façon de consommer peut apporter beaucoup de satisfaction et de bonheur. Surtout quand c’est choisi et non contraint.

Et plus on attend, plus les contraintes seront fortes. L’horizon 2100, c’est demain. Aujourd’hui, on observe déjà les conséquences du réchauffement climatique. Et le phénomène s’accélère :

  • On bat chaque année des records de température. Les sept années les plus chaudes ont été observées entre 2013 et 2018.[15]

Historique des températures de surface de la Terre

Ce graphique montre l’écart de la température de surface de la Terre sur la période 1880-2018. Source du graphique : climate.gov
 

  • La fonte du Groenland s’accélère. Il perdait 47 milliards de tonnes (Gt) de glace par an dans les années 1980-1990. C’est monté à 187 Gt/an dans les années 2000 puis à 286 Gt/an dans les années 2010 ![16]
  • Les concentrations de CO2 atteignent des niveaux inédits en 800 000 ans (au moins). Et ça s’emballe. Ces concentrations se chiffrent en ppm.[17] Quand on était à 320 ppm, il fallait 12 ans pour augmenter la concentration de 10 ppm. À 400 ppm, il ne faut plus que 4 ans pour augmenter la concentration de 10 ppm. Et aujourd’hui, on est à 415 ppm...[18]

On voit donc qu’on n’a plus le luxe d’attendre que la technologie nous sauve peut-être en 2100. D’autant que le CO2 reste environ 100 ans dans l’atmosphère. C’est donc aujourd’hui qu’il faut le réduire avec les solutions que l’on a déjà : si on attend 2100, les effets ne se feront sentir qu’en 2200. Et entre temps, le système continuera à s’emballer…

> À lire : Comment réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50% ?
 

10. Si on arrête le nucléaire, on va exploser nos émissions de CO2 !

On sait que 100% de l’électricité pourrait provenir de sources renouvelables d’ici 2050 en Belgique, 58% dès 2030. Et l’on peut arriver à diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 95% sans le nucléaire.[19] 

Mais pour cela, il faut :

  • Mettre en œuvre la sortie du nucléaire.

Cela peut sembler contradictoire puisque le nucléaire émet peu de CO2. Mais tant que l’on se repose sur le nucléaire et qu’on y consacre un budget conséquent, on n’investit pas massivement dans le renouvelable.[20]

Une loi de 2003 prévoit l’arrêt des sept réacteurs actifs en Belgique, après 40 ans d’activité. C’est la fameuse sortie du nucléaire. Normalement, trois réacteurs auraient dû être fermés en 2015 mais on a dû prolonger leur utilisation de 10 ans car trop peu de mesures ont été mises en place pour développer d’autres moyens de production. Du coup, aujourd’hui on crie à l’incohérence entre respect du climat et arrêt du nucléaire.

Pourtant, d’ici fin 2025, tous les réacteurs devraient fermer (ceux qui arrivent en fin de vie et ceux qui ont été prolongés[21]). Il faut donc profiter de cette opportunité pour réaliser la transition vers le renouvelable.

  • Accepter de passer par une phase où l’on émettra un peu plus ce CO2.

Les énergies renouvelables sont intermittentes (pas de photovoltaïque la nuit, pas d’éolien quand il n’y a pas de vent). Comme elles sont prévisibles, leur intermittence pose moins de soucis à partir d’une certaine couverture du territoire (par exemple parce qu’il y a toujours du vent quelque part). Mais avant le déploiement généralisé du renouvelable, il faut gérer une période pendant laquelle il est nécessaire d’avoir une source d’électricité pilotable (qu’on peut activer à la demande) pour pallier les périodes de moindre production et/ou de forte demande. Ce sont les centrales à gaz qui devront jouer ce rôle de complément aux renouvelables, avec des émissions de CO2 plus importantes que le nucléaire.

Il faut toutefois relativiser : les émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’électricité représentent 10% des émissions totales de CO2 en Belgique. Le nucléaire représente 50% de la production d’électricité (en 2017). Les projections montrent qu’arrêter les centrales en 2025 ne provoquerait finalement un surplus d’émissions pour la Belgique que de 3% entre 2022 et 2025. Ce n’est finalement pas tellement comparé aux conséquences en cas d’accident nucléaire et au problème de la gestion des déchets nucléaires.

  • Diminuer la consommation d’électricité.

On ne doit pas réfléchir à consommation constante, il faut viser une diminution de la consommation d’électricité. C’est l’une des clés pour permettre une meilleure couverture de la demande par les renouvelables.

> Voir: Comment diminuer sa facture d’électricité ?

On devra certainement modifier les comportements d’utilisation de l’électricité : diminuer les pics de consommation en déplaçant l’utilisation des appareils puissants, améliorer l’efficacité des appareils domestiques, etc.

> Lire : Doit-on réapprendre à utiliser l’électricité ?

Bref, plutôt que rester scotché au nucléaire, on peut commencer par réduire les besoins (en particulier en diminuant les gaspillages).
 

11. Le problème du réchauffement, ce n'est pas le CO2, c'est la surpopulation ! 

Une étude indique que le moyen le plus efficace pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre serait de faire un enfant de moins.[22]

La question de l’augmentation de la population est logique : plus il y a de personnes, plus on consomme. Mais il faut voir plus loin que cette explication simpliste. Le plus gros problème c’est la répartition des ressources : quand les 10% les plus riches de la population sont responsables de la moitié des émissions de gaz à effet de serre, on ne peut décemment pas se focaliser sur les 50% de la population les plus pauvres qui ne sont responsables que de 10% des émissions.

Inegalités et émissions de CO2

Mais qui sont ces 10% les plus riches ? On a cette vision de millionnaires qui vivent dans des palaces et voyagent en jet privé. Raté. Gagner plus de 3088€ net par mois et par adulte en Belgique fait déjà entrer dans ce cercle privilégié. On peut faire le test pour voir où l’on se situe dans la répartition des revenus sur la World Inequality Database.

On entend parfois dire que si les 50% les plus pauvres accèdent aux mêmes choix de consommation que nous, ce sera la catastrophe. Voilà une préoccupation assez loin de la réalité : près d’un milliard de personnes à travers le monde n’ont même pas l’électricité. Et il est souhaitable qu’elles aient accès à cette ressource, pas seulement pour une question de confort mais surtout pour pouvoir étudier, se soigner, conserver les aliments… De meilleures conditions de vie améliorent l’accès à l’éducation. Et plus le niveau d’éducation est élevé, plus la natalité baisse.

Enfin, la population ne va pas croître indéfiniment. Une transition démographique est en train de s’effectuer. Beaucoup de pays atteindront leur pic de population en 2030 (quasi tous les pays européens, Brésil, Chine, Tunisie, Thaïlande, Iran…) ou 2065 (États-Unis, Indonésie, Bangladesh, Mexique, Egypte…). Ils représentent actuellement 82% de la population dans le monde. On suppose que la population mondiale se stabilisera autour de 10 milliards en 2100. [23]

Bonne nouvelle : il est tout à fait possible de nourrir 9 ou 10 milliards d’humains – et avec une alimentation bio s’il vous plaît ! – mais cela, à condition de manger moins de viande (on a dit « moins », pas « plus du tout ») et de diminuer le gaspillage alimentaire.[24] Ce qui montre bien que ce sont les excès et les inégalités qui sont le cœur du problème.

Par contre, on ne peut pas espérer que 10 milliards d’êtres humains possèdent 5 milliards de voitures pour se déplacer où bon leur semble (c’est la proportion en Belgique : plus de 5,5 millions de voitures pour 11 millions d’habitants).

En d’autres termes, il est nécessaire que ceux qui consomment le plus diminuent fortement leur consommation et que les plus pauvres puissent améliorer leur niveau de vie pour disposer au minimum des services de base (la nourriture, l’eau, l’énergie, l’éducation…).
 

Références

En savoir plus

 


[1] Source : Global Carbone Project : www.globalcarbonatlas.org/en/CO2-emissions

[2] Voir explication complète détaillée sur climat.be

[3] Source : Expert SPF climat.

[4] The Carbon Majors Database, CDP Carbon Majors Report 2017

[5]  Chiffres clés du climat France, Europe et Monde, Édition 2019

[6] Guide ADEME « La face cachée du numérique », sept. 2017

[9] 564 potagers collectifs, 286 Groupes d’achat en commun (GACs), 144 Repair Cafés, 116 Systèmes d’Echange Locaux (SEL), 70 donneries et 18 Réseaux d’échange de savoirs (RES)

[14] En 2100 par rapport à l’ère préindustrielle.

[15] Source : ncdc.nooa.org

[17] Ppm : part par million. Exprimé en volume il donne la concentration d’un gaz en très faible proportion, ici le CO2 dans l’air. Etant donné que le CO2 représente moins de 0,01% du volume dans l’atmosphère on utilise les ppm.

[20] Le Bureau du Plan a chiffré les mesures proposées par les différents partis dans le cadre des élections de mai 2019. Il conclut qu’une prolongation de deux réacteurs nucléaires profiterait surtout à l’exploitant (Engie Electrabel) alors que le développement de l’éolien et du photovoltaïque profiterait à un grand nombre de producteurs d’électricité renouvelable.

[22] Cette étude de 2017 a été reprise dans une infographie de l’AFP lors de la sortie du rapport du GIEC en octobre 2018, ce qui avait embrouillé les messages et donnait l’impression que c’était une recommandation du GIEC.

[23] Source : Glo.be, un site d'information du Service public fédéral (SPF) belge Affaires étrangères, Commerce extérieur et Coopération au développement

[24] Voir par exemple l’étude “Strategies for feeding the world more sustainably with organic agriculture”, Nature communications, 2017 ou le rapport “Créer un avenir alimentaire durable”, World Resources Institute, 2018

 

Voir aussi