Voitures hybrides rechargeables : vraiment écologiques ou greenwashing ?

2 litres/100 km avec un SUV, c'est possible ça ? Photo: Mariordo sur Wikimedia
2 litres/100 km avec un SUV, c'est possible ça ? Photo: Mariordo sur Wikimedia

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Jonas Moerman

Une voiture hybride rechargeable, qui combine les atouts de l'électrique en ville, l'autonomie sur route et affiche 2 litres/100 km, ça semble le top ! Mais avec un poids dépassant les 2 tonnes pour certains, peut-on pas vraiment parler de véhicule "écologique" ?

Une voiture hybride rechargeable, c'est le meilleur des deux mondes… en théorie.

Comme les hybrides classiques, elle possède un ou plusieurs moteurs électriques ainsi qu'un moteur thermique (le plus souvent essence, parfois diesel). Avec les hybrides rechargeables, l'autonomie des batteries est améliorée, permettant une utilisation étendue du mode électrique :

  • Dans une voiture hybride classique, le moteur électrique assure le démarrage et propulse le véhicule jusqu'à 50 km/h. Ensuite le moteur thermique prend le relais. C'est idéal pour réduire les émissions polluantes en ville, où le conducteur doit effectuer plus de freinages et d'accélérations. La batterie se recharge en récupérant l'énergie au freinage. On peut rouler en mode électrique uniquement sur 2-3 km à 50 km/h maximum.
  • Avec une voiture hybride rechargeable, on peut rouler en mode purement électrique pendant 40 à 50 km et atteindre 130 km/h. Les batteries sont rechargées idéalement sur le secteur (prise domestique, borne de recharge) ou, à défaut, via le moteur en roulant.

Des SUV hybrides rechargeables… pas très éco

Les SUV hybrides rechargeables affichent parfois des chiffres de consommation flatteurs : moins de 2 litres/100 km.

Mais avec un poids dépassant les 2 tonnes pour certains (Volvo XC90, Audi Q7, BMW X5, Porsche Cayenne...), on ne peut pas vraiment considérer qu'un SUV soit "écologique".

Les tests d’homologation sont trompeurs : une partie du test se déroule en mode uniquement électrique (consommation de carburant et émissions = 0) et une partie en mode thermique. D’après la configuration du test, l'autonomie en mode électrique est prépondérante. Et au plus elle est élevée, au plus la consommation normalisée est faible.

En situation réelle, la consommation est influencée par des facteurs tels que le dénivelé, la température extérieure et le style de conduite. À l’usage, l’autonomie en mode électrique s'avère donc plus faible que lors des tests.

Or, une fois la batterie vide, le véhicule repasse sur le moteur thermique. Et la consommation dépasse allégrement les 8 litres/100 km. On se trouve alors bien loin des valeurs avancées par le catalogue. Et qui, pourtant, permettent aux constructeurs de proposer des SUV « premium » en mettant en avant à la fois l’aspect écologique et le côté dynamique de leurs modèles.

Pire : en présentant des hybrides rechargeables à 2 litres/100 km, les constructeurs font baisser artificiellement la consommation moyenne de leur flotte.

Une voiture hybride rechargeable peut-elle être écologique ?

Une voiture hybride rechargeable peut être intéressante d’un point de vue environnemental, à certaines conditions. Sa consommation varie du tout au tout en fonction du choix du véhicule et de son utilisation.

  • Choisir un modèle léger

C'est là un paradoxe des hybrides. Le surpoids du véhicule, dû au moteur électrique et aux batteries, entraîne une surconsommation. On préférera opter pour une voiture pesant 1600 kg plutôt que 2400 kg.

Par exemple, une Audi Q7 e-tron accuse un surpoids de 400 kg par rapport à la version diesel. Pour un modèle comme la VW Golf GTE, le surpoids atteint 450 kg (la GTE pèse 39% de plus que la version à essence 1,4 TSi), dont 125 kg de batteries.

Le tableau ci-dessous indique le poids, la consommation homologuée ainsi que la consommation réelle pour quelques modèles :

 

Poids (kg)

Consommation en mode électrique (kWh/100 km)

Consommation normalisée
(litres/100km)

Émissions de CO2 (g/km)

 

Consommation testée par le Moniteur Automobile
(litres/100 km)

Golf GTE

1524

12.4

1.5

35

5,7

Toyota Prius

1615

5.2

1

22

Pas encore testée

Audi A3 e-tron

1540

12,4

1,5

38

5,1

Volvo XC90

2324

18.2

2.1

49

8 à 9 

BMW X5 xDrive40e

2300

14.4

3.3

78

10,2

Mitsubishi Outlander

1810

13.4

1.9

42

8

Audi Q7 e-tron

2445

19

1.8

48

9,1

BMW 740 Le

2000

12.5

2.5

56

8.9

Mercedes 500e L

2250

13.5

 

2.8

65

8,5

Porsche Panamera

2170

12.5

2.5

56

9

La liste complète des véhicules hybrides rechargeables sur le marché européen est disponible ici

  • Rouler au maximum à l'électricité et recharger les batteries sur le secteur

Il est recommandé de rouler le plus possible à l’électrique et le moins possible au carburant.

Si on roule essentiellement en mode électrique avec les batteries rechargées sur secteur, la consommation de diesel ou d'essence sera très faible. Surtout si les trajets domicile-travail font moins de 30 km et que l'on peut recharger sa voiture pendant la journée.

À l'inverse, en cas de conduite sportive, qui va allier la puissance des deux moteurs, la consommation peut s'envoler. De plus, recharger la batterie en roulant augmente la consommation du moteur thermique qui, lui, émet du CO2 et des polluants. 

Les différents modes de conduite :

Les modes de conduite d'une voiture électrique

E-mode : seul le moteur électrique fait rouler la voiture. Les émissions sont nulles.

Hybrid Auto : on utilise les deux types de moteurs simultanément. La consommation dépend du style de conduite, raisonnable si on pratique l'éco-conduite à démesurée si on exploite la pleine puissance des moteurs.

Battery Hold : on ne sollicite pas les moteurs électriques et la batterie reste chargée au maximum (pour une circulation ultérieure en ville, par exemple).

Battery Charge : on charge la batterie en roulant, ce qui augmente la consommation de carburant (comme jadis la dynamo sur son vélo pour allumer le phare).

  • Se fournir en électricité verte

Dire que rouler à l’électrique est écologique est un peu facile. Une partie de l’impact dépend de la façon dont l’électricité est produite. En Belgique, c’est le nucléaire qui est prédominant. On ne peut pas contrôler l’approvisionnement des bornes de recharge. Mais on peut recharger chez soi et opter pour le renouvelable (panneaux photovoltaïques ou contrat auprès d’un fournisseur d’électricité verte).

  • Covoiturer

Optimiser son trajet en voiture en transportant plusieurs personnes permet une économie directe de consommation… et d’émissions de gaz à effet de serre.

Des conseils pratiques et suggestions de plate-formes sont disponibles sur l’autopartage, l’autostop et le covoiturage ici.

  • Combiner avec des transports doux

Quand on roule à l’électrique, on est plus vite tenté de prendre sa voiture pour effectuer des petits trajets. Or, la marche et le vélo restent toujours les meilleures alternatives. Dès que possible, on privilégiera la mobilité douce.

 

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