L’accord de Paris sur le climat, c’est quoi encore ?

L'Accord de Paris a été signé en 2015, lors de la COP 21
L'Accord de Paris a été signé en 2015, lors de la COP 21

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Jonas Moerman

C’est quoi l’Accord de Paris, signé en 2015 lors de la COP21 ? Définition, objectifs et points clés.

Accord de Paris par-ci. Accord de Paris par-là… Mais c’est quoi encore cet Accord de Paris sur le climat ?

C’est le texte que 195 États, ainsi que l’Union européenne, ont signé lors de la COP21 [1], en 2015. Objectif : limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. Si possible, le maintenir même à 1,5°C maximum. Il s’agit du premier accord universel sur le climat qui est juridiquement contraignant.

> Voir aussi notre campagne Climat : arrête d'en faire des tonnes !

Sommaire :

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2°C ? Un petit chiffre mais un sacré défi !

2°C, cela semble peu et pourtant cette augmentation entraînerait des modifications majeures dans le monde.

> Voir à quoi ressembleraient Londres, New-York ou Sydney suite à un réchauffement global de 2°C et de 4°C.

Le principal responsable du réchauffement climatique, ce sont les émissions de gaz à effet de serre. Elles ont augmenté à un rythme effréné depuis 1950, comme le montre le graphique ci-dessous. Pour respecter l’Accord de Paris, elles devront passer par un maximum en 2020 et décroître rapidement, jusqu’à être nulles d’ici 2055 (pour limiter le réchauffement à 2°C) ou 2040 (limiter le réchauffement à 1,5°C).

 

Rapport GIEC

Cela constitue un énorme défi car d’ici 2100, la population mondiale aura augmenté de 4 milliards et une grande part de la population actuelle doit augmenter son niveau de vie pour répondre à ses besoins élémentaires. [2]
 

Les autres points clés de l’Accord de Paris

L’Accord de Paris précise donc la nécessité de limiter le réchauffement climatique à 2°C  (et de préférence 1,5°C) et d’atteindre rapidement le niveau « zéro émissions ». Mais il est aussi novateur sur d’autres éléments :

  • Avant et pendant la COP21, les pays ont présenté leurs engagements de réduction de gaz à effet de serre. Ces engagements ne sont cependant pas suffisants pour limiter le réchauffement climatique : même s’ils étaient respectés, la température moyenne augmenterait de 3°C par rapport à l’ère préindustrielle.
  • Tous les 5 ans, les pays doivent se fixer des objectifs encore plus ambitieux pour être en phase avec l’objectif de 1,5 ou 2°C.
  • Il prévoit un important volet de financement, au minimum 100 milliards de dollars par an de 2020 à 2025, pour permettre aux pays les plus vulnérables de s’adapter aux changements climatiques.
  • Un effort de coopération et de communication entre les pays est inscrit dans l’Accord.
     

Où en est-on ?

Malheureusement, la trajectoire actuelle ne va pas dans le bon sens. Un rapport de l'ONU[3] indique que pour respecter l'accord de Paris nous devrions plafonner les émissions mondiales de gaz à effet de serre à 25Gt en 2030, or les engagements actuels nous amènenent à des émissions de 56 Gt, plus du double ! Si on avait commencé les efforts en 2010, on aurait pu se contenter d'un réduction des émissions de 3,3% par an. Si on commence en 2020, la réduction devra être de 7,6% par an et si on attend 2025 la réduction devra être de 15,4% par an. Plus on tarde à agir, plus les efforts à entreprendre sont importants !


Source : UNEP Emission GAP report 2019

 

Or, les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse en 2017 alors qu’elles avaient stagné en 2015 et 2016. De plus, les États-Unis, deuxième émetteur mondial, se sont retirés de l’Accord de Paris en juin 2017.

Le dernier rapport du GIEC indique qu’il est encore possible de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C mais qu’il n’y a plus de temps à perdre.
 

Et en Belgique ?

Pour respecter l’accord de Paris, la Belgique doit diminuer ses émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95% entre 1990 et 2050. [4]

Les émissions ont bien diminué mais c’est largement insuffisant : pour arriver à la neutralité carbone en 2050 (zéro émissions nettes), il faut diviser les émissions par deux entre 2019 et 2030.

Evolution des émissions de gaz à effet de serre Belgique

Évolution des émissions de CO2 (en rouge) et de tous les gaz à effet de serre (en bleu) de la Belgique, entre 1990 et 2017. Projections entre 2017 et 2050. Scénario PNEC (Plan National Énergie Climat) élaboré par la Belgique à la demande de l’UE. Source : « Le défi climatique et comment le relever - Note à l'intention des Informateurs royaux », Professeur Van Ypersele, juin 2019


La Belgique a élaboré son plan d’actions énergie-climat pour la période 2021-2030. La commission européenne a évalué ce plan et indique qu'il manque de coordination entre les entités régionales et fédérale : c'est plus une juxtaposition de plans qu'une vision intégrée. De plus l'Europe vise maintenant une réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, par rapport au niveau de 1990, de sorte que les plans nationaux devront être révisés pour tenir compte de cet objectif beaucoup plus ambitieux que précédemment (réduction de 40% en 2030 par rapport à 1990).

Pour atteindre cet objectif, il faut agir à tous les niveaux et dans tous les secteurs, en combinant changements de comportements et innovations techniques.  

Le gouvernement fédéral a mis à disposition l'outil My2050.be  pour que chacun puisse tester des scénarios qui permettent d'atteindre un diminution de l'émission de gaz à effet de serre d'ici 2050. On joue avec les curseurs dans cinq secteurs : le transport, les bâtiments, l'industrie, la production d'énergie et l'agriculture.

En matière de transport, de bâtiments et d'agriculture, le simulateur inclut un aspect « comportement » et un aspect « technologie ». Quelques exemples concrets ? 

Dans le transport

Les comportements utiles :

  • diminuer le nombre de kilomètres parcourus
  • augmenter le taux d'occupation des véhicules (covoiturage, partage de voiture…) 
  • utiliser davantage les transports publics

Côté technologie :

  • généraliser les véhicules électriques et hybrides pour les véhicules individuels
  • diminuer le transport par camions au profit du rail et de la voie fluviale
  • doter les camions de moteurs plus efficaces

Dans le bâtiment

Les comportements utiles :

  • occuper des logements plus compacts et plus petits (appartements)
  • diminuer la température du chauffage,
  • utiliser de façon rationnelle la climatisation et l'eau chaude

Côté technologie :

Plus d’info

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[1] Les COP (Conferences of Parties) rassemblent les États signataires de la Convention Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), lors du sommet de Rio en 1992.  Elles sont organisées chaque année depuis 1995 et la 21e COP (ou COP 21) s’est déroulée à Paris en décembre 2015.

[2] Les 17 objectifs de développement durable, adoptés par les Nations Unies en 2015 détaillent comment les financements doivent être orientés d’ici 2030 pour éradiquer la pauvreté.

[3]  Rapport 2019 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions

[4]  https://www.climat.be/

 

Voir aussi